mercredi 22 mars 2017

Une jeunesse perdue Jean-Marie Rouart ( Roman France )


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                                                       Une jeunesse perdue
            Muscles en perdition, joues sans éclat, maigreur suspecte, un certain âge et ces décrépitudes inavouables, inacceptables par des hommes aussi bien que par les femmes. L'auteur, le livre est écrit à la première personne, lucide, fait le bilan certains jours. A la tête d'une revue d'art, conférencier, il mène une bonne vie très parisienne, fréquente les restaurants cités en nombre, habite un logement à Saint-Germain des Prés, sous les toits acheté avec son épouse sous-préfète du côté de Vichy très occupée par un jardin qu'elle s'obstine à améliorer. Le couple se rencontre, a ses habitudes. L'homme pense sa femme fidèle, mais certaines lettres trouvées dans un tiroir secret d'un joli bureau le déconcerte. Alors que lui-même rêve d'un nouvel amour malgré sa jeunesse évaporée et un maintien tout à fait acceptable, libre de tout sentiment et sensible à la beauté, il croise, piégé, une flamboyante jeune femme russe. Manipulatrice, fossoyeuse des portefeuilles de ses amants, cela il l'apprendra un peu tard, il trouve toutes les excuses à ses écarts, elle si jeune et lui "..... - Tu es trop vieux..... " lui dit-elle. "........ Quel réconfort j'aurais trouvé auprès de ma femme si je n'avais découvert l'étendue de sa dissimulation ! Je ne pouvais décemment aller pleurer mes peines de coeur dans son giron...... " Amoureux en plein désarroi, veillé par une servante berrichonne conseillère pas écoutée, qui marmonne des mots venus de son Berri pour tenter de sauver ce pauvre maître foudroyé.
"....... L'agressivité que je ne pouvais diriger contre elle, je la retournais contre moi...... " Lorsque sans réponse à ses appels téléphonés, ses bouquets de fleurs, il se rend à son appartement, observateur il nous décrit les couloirs obscurs de l'immeuble Walter. Le désir preuve d'une jeunesse pas disparue, et les conséquences rudes pour tous, sauf pour Valentina, sans doute.


mardi 21 mars 2017

Deux-pièces Eliette Abecassis ( Roman France )

Deux-pièces. Le premier bikini par [Abécassis, Éliette]
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                                                                Deux-pièces

           Paris 1946 aux abords du bois de Boulogne, un jour de juillet, une jeune femme, danseuse nue au Casino de Paris, car aucun mannequin n'avait accepté cette prestation, porte pour la première fois un maillot de bain deux pièces. Elle défile devant le jury, entourée de femmes qui portent des  maillots entiers, sans cette coupure qui laisse à l'air le nombril, plus haut deux petits triangles couvrent à peine les seins, les cuisses sont haut découvertes. L'objet se nomme un " bikini ". Il est sorti de l'imagination d'un ingénieur automobile, Louis Réard. Il attend la réaction de l'assemblée réunie à la piscine Molitor, très courue l'été, transformée en patinoire l'hiver. Des vedettes de l'époque, Madeleine Sologne, Paulette Dubosc sont présentes, également des journalistes de mode. Gabrielle est l'une d'elles, elle est abordée par un homme, Antonin. Ils se reconnaissent, la guerre les a séparés. Et ils se racontent. Antonin "..... Où étais-tu ? - J'étais là? - A Paris ? Mais je t'ai cherchée partout..... " Bien plus tard, vers la fin de ce très court livre qui raconte la triste histoire des déportés, des prisonniers, qui pour certains sont revenus, attendus, on apprend la raison de cette séparation C'est l'histoire d'Antonin venu soutenir Louis Réard présenter ce petit vêtement en tissus qui portera le nom de l'île du Pacifique où " ..... eurent lieu les premiers essais nucléaires américains, en espérant qu'il ferait lui aussi l'effet d'une bombe. " Moins de 100 pages, c'est pourtant un roman, court. Quelques illustrations, notamment celui du mannequin déjà en couverture. De plus des dessins montrant des jeunes femmes dansant vêtues de petits deux pièces,datant de plusieurs siècles, en mosaïques, dans une villa sicilienne.

            

vendredi 17 mars 2017

Correspondance Proust Gallimard 13 ( Lettres France )


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                                                                                                                         3 février 1922

            P.S. à ma lettre

             Mon cher Gaston
             Ma lettre n'ayant pas été mise à la Revue avant-hier ni hier, comme elle aurait dû l'être, j'y ajoute ce P.S. ESSENTIEL.
            Les épreuves ne sont pas venues mercredi ni jeudi, " au plus tard ", pas plus qu'auparavant Samedi " au plus tard ", et avant encore d'autres dates. Hélas je ne suis pas une machine que je puisse graisser indéfiniment pour qu'elle donne son plein de travail ; et il faut maintenant que j'interrompe mes médicaments. J'aurai donc moins de force pour travailler et en revanche plus d'effort à donner puisque au fur et à mesure que les épreuves tardent, le laps de temps qui m'est concédé pour les ajoutés est forcément plus court.  Je dis plus court, parce que je travaillerai comme si nous devions être en vente le 1er Mai, date que vous trouviez infiniment trop lointaine, que vous vouliez remplacer par une bien plus proche, et que moi, avec un très modeste bon sens, si lointaine qu'elle fût, je jugeais seule pratique et accessible. - . Donc je ferai comme si nous devions être chez les libraires le 1er Mai. Je ne donnerai pas une seconde d'effort de moins. Mais je reste persuadé que nous paraîtrons seulement le 1er Mai 1923. Et comme j'ai tant de livres à vous offrir qui, si je meurs paraîtront jamais ( A la Recherche du temps perdu commence à peine ), comme d'autre part en Mai 1923 on aura plus oublié les personnages qu'en Mai 1922, ce sera désastreux. Et ce désastre, compliqué de beaucoup d'autres, ne sera pas votre faute volontaire mon cher Gaston. Il tiendra ( oh ! je ne voudrais surtout pas vous contrarier, quand je vous contrarie, j'en suis, moi, contrarié un temps infini, demandez à Jacques l'amitié que j'ai pour vous ) uniquement à ceci : que vous n'avez aucune autorité sur votre imprimeur. Il se moque de nous, c'est visible à mille choses, rien qu'à ceci que la 1ère partie ( celle dont j'ai les épreuves ) était couverte de corrections presque à chaque mot, et qu'une fois que vous vous êtes décidé à la lui envoyer, elle a été faite prestissimo. Tandis que la seconde et dernière où il n'y avait presque aucune correction, ne peut pas arriver à revenir. Il vaut du reste mieux ne pas lui dire qu'il se moque de nous, puisque nous voulons désespérément tenter de paraître et n'avons donc pas avantage à le fâcher. En tout cas, en gros, je crois ( avec l'accroissement des ajoutés ) que votre système de 3 volumes au lieu de 2 est peut-être commercialement plus pratique. Donc dîtes-moi si je dois l'adopter. Ce sera volontiers.                                                                      
Résultat de recherche d'images pour "catleyas odette"            2° Prévenez d'avance M. Gabory , de façon que dès que mon travail sera terminé, je ne perde pas une heure pour qu'il commence sa lecture. Où demeure-t-il ?
            3° Ne faites pas de révision avec Jacques, ni sans Jacques. Ce sera autant de temps de gagné. Et les fautes sont si grossières que le lecteur rectifiera. Seulement qu'on mette Sodome et non Sodôme.
            Je suis si, si heureux que votre fils aille bien, que sa mère et vous n'ayez plus de soucis.
            Bien affectueusement votre ami

                                                                         Marcel Proust

Quand je vois le battage qu'on fait autour du livre le plus bête, le moins écrit en f, que j'aie jamais lu, St Magloire, je pense avec tristesse qu'on croira que j'ai mis 2 ans pour faire Sodome II. Si on vend 10 exemplaires de St Magloire, la gloire, sans calembour, peut en revenir à l'éditeur ( j'ignore qui c'est, l'ayant lu en revue ). Si l'éditeur est vous, vous êtes impardonnable de vous donner cette peine pour une pareille ineptie, indigne des belles, émouvantes, sobres et vraies Croix de Bois.


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                                                       A Gaston Gallimard

                                                                                                           Paris le 2 Mars 1922

            Cher Gaston
            Je vous accuse réception et vous remercie infiniment des 3.000 francs reçus hier. J'espérais vous le dire ce soir chez vous. Mais j'ai des douleurs et je ne puis pas faire un mouvement.
            Je n'ai pu vous mettre au courant de beaucoup de choses ne vous ayant pas vu depuis si longtemps, mais je vous préviens, à tout hasard, que Morand m'ayant écrit : " J'ai reçu de Gallimard une lettre indirecte qui est terrible ", je vais probablement et en tous cas si cela vous convient lui écrire que je vous communique cette phrase afin de savoir comment il m'en rend responsable.
 pinterest.com                                                 Cher Gaston, 3 questions
LE JARDIN SECRET DE MARCEL PROUST: MARGERIE, DIANE DE            1°) Comme je ne passe pas mon temps à vous tenir au courant de choses inutiles, je ne crois pas vous avoir dit qu'un éditeur qui s'appelle Mr. Fabre m'a fait différentes propositions que j'ai refusées naturellement lui disant que j'appartiens à la NR.F. : mais depuis, Mr. Fabre m'a récrit au sujet de l'hommage à Paul Valéry auquel il voudrait me voir collaborer. Je ne sais pas si mes forces me le permettront, mais en tous cas, il faut préalablement savoir si cela vous convient ou non.
            2°) Est-ce que vous avez lu l'article de Mr. Curtius sur moi dans un journal de Munich. Je voudrais bien savoir ce qu'il signifie. Peut-être l'un de vos collaborateurs, qui sans me connaître personnellement est en sympathie avec moi, voudra bien me le dire ( par exemple Mr. Schlumberger ou Mr. Crémieux )
            3°) J'ai vu dans le Chicago Tribune qu'on avait traduit Du Côté de chez Swann. Ont-ils le droit ?
            Voulez-vous remercier votre frère qui a pris la peine de m'envoyer ce chèque. Je vous suis reconnaissant d'en avoir élevé le montant, mais j'étais pleinement satisfait du premier système s'il vous convenait mieux, en tous cas la ponctualité de votre frère est ébouriffante ( seulement je ne sais toujours pas à quel mois c'est imputable ).
            Comme cette lettre est absolument personnelle, si cela pouvait vous être agréable que je vous en écrive une autre où je ne mettrais rien que vous ne puissiez montrer, mais où je vous remercierais simplement de la façon scrupuleuse avec laquelle je suis réglé etc, je suis tout disposé à le faire car cette autre lettre vous permettrait de détruire certaines légendes qui me contrarient infiniment. - J'avance dans Sodome III
            Bien affectueusement

                                                                                                      Marcel Proust


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                                                      A Marcel Proust
                                                                              ( extraits )

                                                                                                           26.4.1922

            Mon cher Marcel,
            Vous n'avez pu me toucher par téléphone dimanche car j'étais à Abbeville, ainsi que je vous l'avais dit pour vérifier l'expédition de votre livre.
            Les caisses sont maintenant bien arrivées ; les paquets des libraires préparés ; le camion de la Maison du Livre les distribuera vendredi soir et samedi matin. Ainsi Sodome et Gomorrhe II sera bien en vente le samedi 29 exactement, ainsi que vous le désiriez.
            .............                                                                                          flickr.com
Résultat de recherche d'images pour "catleyas odette"            Voulez-vous marquer d'une croix les noms des personnes auxquelles vous désirez que j'envoie directement les exemplaires de service, et voulez-vous que je vous fasse parvenir les autres pour que vous puissiez les dédicacer. Je suis d'ailleurs à votre disposition pour nous mettre d'accord à ce sujet......
            ..... Je vous envoie par le même courrier l'exemplaire justificatif  de "Sodome II ".
           .......Je suis navré que vous soyez si souffrant en ce moment. Nous voudrions tant, tous ici et moi en particulier, que votre santé s'améliore. Je n'ose vous demander si vous êtes bien soigné.........
           .......Je vous envoie toute mon affection.


                                                                                                Gaston Gallimard


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                                                        A Marcel Proust
                                                                                ( extraits )

            Monsieur Marcel Proust
                44 rue Hamelin
                        Paris
                                                                                       29.4.1922

            Mon cher Marcel,
            J'avais été faire une démarche hier soir  pour avoir une annonce dans " Le Temps - Le Gaulois et Le Figaro " samedi...... vous préférez qu'elle soit reportée à mardi. Je vais essayer de l'obtenir....... je trouve cela préférable. Il n'est pas bon de faire de la publicité le jour même de la mise en vente. Mon avis est même que les annonces sont surtout efficaces dans un journal, à la suite d'un article dans ce journal........
            ......... Un extrait paraît aujourd'hui au Figaro. Et j'ai reçu la promesse d'une série d'échos, de notes que j'ai demandés à l'Eclair, à l'Intransigeant, à Comoedia, etc...
            Bien affectueusement


                                                                                          Gaston Gallimard
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            P.S.............


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                                                              A Marcel Proust 
                                                                                 ( extraits )

Monsieur Marcel Proust
        44 rue Hamelin                                                                1.5.1922
            Paris    

            Mon cher Marcel,
            Je vous apporte 100 exemplaires en édition originale, dont 20 sur pur fil de " Sodome et Gomorrhe 11 "........
            ........... Si toutefois vous ne pouvez pas vous fatiguer à continuer ce service de presse, je vous rappelle que je suis à votre disposition pour faire faire les envois.........
            .......... Je vous rappelle que vous avez envoyé pour les précédents volumes de " A la Recherche du Temps perdu " un "exemplaire sur papier pur fil à chacun des membres de l'Académie Goncourt.........
            Bien affectueusement


                                                                                                    Gaston Gallimard


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                                                            A Marcel Proust

Monsieur Marcel Proust
        44 rue Hamelin                                                                            Paris le 3 Mai 1922
            Paris                                                

            Monsieur,
            D'ordre de Monsieur Gaston Gallimard je vous envoie les différentes pièces établies pour le lancement de Sodome et Gomorrhe 11
            Vous voudrez bien trouver ci-inclus
             Un signet
             une bande
             une prière d'insérer
             une affiche
             Veuillez croire, monsieur, à l'expression de mes sentiments les meilleurs


                                                                                             Simon de Vaulchier


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                                                     A Gaston Gallimard

  midilibre.fr                                                                                                     9 mai 1922
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            Mon cher Gaston
            Avouez que je n'ai pas de chance en dehors de tout ce que j'avais déjà pris pur, avant-hier par hasard, un médicament très dangereux de cette façon, j'ai eu le tube digestif brûlé comme par du vitriol j'ai souffert... pendant trois..un véritable martyre, et quoique les douleurs soient fort émoussées, je ne puis rien prendre et on va être obligé de me plâtrer l'estomac pour me boucher les ulcérations.
            Je n'aime pas beaucoup parler de ma santé, mais j'ai tenu à vous raconter cela, pour que comprenant l'état de faiblesse où je suis vous m'excusiez d'être un peu lent.
            Je vous avais marqué dans le n° d'Eve ci-inclus et contrairement à ce que vous croyez, c'est précisément au-dessous de l'article de Clauzel sur Morand qu'est la phrase " A ne pas laisser lire aux jeunes filles " ou quelque chose d'approchant. Je vais écrire à Mr Martin du Gard, tout en relevant .. que vous me dites. Je me règle sur vous au lieu qu'au contraire. Mais ceci est un peu fatigant à vous expliquer par lettre. Je vous expliquerai, dès que je serai un peu moins faible, pour quelles raisons les Boulenger ( surtout Marcel ) me semblent à ne pas choisir pour un article dans le Figaro. Il me semble que quelqu'un comme Schlumberger ferait au contraire cela très bien. Si vous voyez Mr Malexis excusez-moi auprès de lui en lui disant ce qui m'est arrivé. Mon livre pour lui est dédicacé et empaqueté mais depuis avant-hier on ne peut me quitter de sorte que tous mes nouveaux envois restent en panne dans ma chambre. Je pense d'une heure à l'autre pouvoir les faire partir. Est-ce qu'une agence de publicité manuelle, je ne sais pas quoi, a une importance quelconque. Pourquoi est-ce que la carte dont je vous remercie mille fois écrit en gros caractères Swan ( avec une seule " n " )
( ? ) Ce sont des erreurs permises à tout ce qui ne touche pas la N.R.F. Mon cher Gaston je sens, comme Phèdre, que ma force m'abandonne et je ne peux plus que vous dire que toute mon affection.


                                                                                                       Marcel Proust

P.S. Si vous con naissez Mr Robert Kemp pouvez-vous vous charger de lui dire mon état, sans lequel je l'aurais remercié d'un article entre nous ( détestable ) mais très bien intentionné.

                                                                                                           Marcel Proust


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                                                           A Gaston Gallimard

                                                                                                       17 ou 18 mai 1922

            Mon cher Gaston                                                                                      pinterest.com 
For readers of In Search of Lost Time: Cattleya Labiata. The orchid favored by Odette de Crecy.            Je vous retourne ( en y joignant une autre demande du même genre reçue par moi, je ne peux pas mettre la main sur les autres ) la demande d'Hellens. L'entourage ne me paraît pas enchanteur, mais agréable et, puisque votre avis est d'accepter, j'accepte volontiers ( et avec plaisir ). Quant à de l'inédit je me demande s'il ne convient pas de le réserver plutôt pour des revues françaises car ici personne ne saura qu'il a paru de l'inédit au Disque Vert. - . Pour la Neue Rundshau j'ai répondu à M. Benoist-Méchin en lui disant votre généreuse autorisation. Je crains d'avoir répondu un peu tard. Je crois que vous ferez bien de ne pas parler de cette revue à vos autres solliciteurs ( dont les lettres sont ci-incluses ). D'autant même que j'ignore si ma réponse atteindra M. Benoist-Méchain. Dès que j'aurai un mot de lui je vous en informerai. Il est préférable de lui laisser le temps d'arranger cela à sa guise car il me semble fort intelligent et jouissant d'un certain prestige intellectuel là-bas. Je ne le connais pas ; j'ai connu autrefois sa mère, la B.. Benoist-Méchin. Que les générations se ressemblent peu ! - . Avez-vous encore quelques exemplaires sans marque d'édition ( je ne veux pas dire des originales ). Quelques-uns me seraient bien utiles. - . Je crains d'avoir fâché Régnier ( et tiens absolument à ne pas m'en informer ).Je le crains d'abord parce que j'aime beaucoup Régnier, ensuite parce que cela diminuerait mon autorité au Comité Blumenthal. Or je sens que pour diverses raisons ma position y sera momentanément moins forte et il y a besoin de beaucoup de force pour Paulhan. Morand me recommande diverses candidatures, très intéressantes je n'en doute pas mais il n'y a pas un nombre indéfini de prix ! En pensant à Paulhan ( et d'ailleurs ce n'était que dû ) j'ai envoyé une originale à Me Blumenthal, une à Me Muhlfeld, une à Jaloux, une à Bergson etc.
            Je vois que dans votre liste aucun journal de Bruxelles ne figure. Or beaucoup ont été chaque fois charmants pour moi. Je ne sais plus les noms. En tous cas l'Indépendance belge me semble un oubli. De même ce M. Gahier ( journaux réactionnaires d'Ille-et-Vilaine etc ) qui faisait chaque fois des articles remarquables sur Gide et sur moi. Voici que j'ai égaré l'adresse de Me Fitz-Gérald. Mille fois pardon de vous la redemander ( je peux lui envoyer une des " onzième édition " que j'ai fait acheter, n'est-ce pas ? ) Avez-vous tâter Schlumberger et Flers ? A la rigueur je pourrais demander à Jacques Boulenger. ( Est-il vrai que Marcel Boulenger se présente à l'Académie ? ) Un libraire que mon frère connaît lui a dit qu'il vendait malgré le prix 50 Sodome 11 par jour. Je ne sais pas si c'est beaucoup ou peu. Mais il avait l'air de craindre qu'on ne tirât pas assez. Au revoir mon cher Gaston la fatigue seule arrête un bavardage qui vous montre comme nous aurions des choses à nous dire si nous pouvions nous voir souvent. Que j'aimerais la vie N.R.F., un petit couvent lettré où je pourrais chaque jour demander à Frère Jacques ( Jacques Rivière ) non pas dormez-vous mais avez-vous bien dormi. Il sonnerait les Matines et moi plutôt l'Angelus du soir. Quel regret de se connaître quand on ne peut plus se voir ?
            Très affectueusement à vous


                                                                                           Marcel Proust

Une femme que j'ai aimée il y a 30 ans m'écrit une lettre furibonde pour me dire qu'Odette c'est elle, que je suis un monstre. De telles lettres, ( et les réponses ) voilà qui tue tout travail. Je ne parle pas du plaisir. Il y a longtemps que j'y ai renoncé.
 
P.S. Avez-vous lu le réquisitoire prétendu grammaticale de Souday. C'est autant de fautes de français qu'il fait. Et sa défense des gens du monde. Quelle jolie réponse à lui faire si je n'étais bien avec lui.

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jeudi 16 mars 2017

Plateforme Michel Houellebecq - Alain Dual ( B.D. France )


                                               Plateforme

            L'adaptation du roman de Houellebecq en roman graphique permet à tous ceux imperméables au mot livre, récit, roman d'entrer dans l'univers de Houellebecq. Centrée sur la rencontre de Michel avec Valérie lors d'un voyage en Thaïlande il conte leur vie de couple de retour à Paris. Vie parisienne, elle responsable chez Nouvelles Frontières, lui dans un bureau au ministère de la culture. Leur vie sexuelle largement dessinée dans l'ouvrage, le caractère ouvert et heureux de Valérie joint à une certaine placidité, morosité même de Michel, lient le couple. Mais Valérie active, doit assurer une vie professionnelle qui l'envoie à Cuba, avec Michel, puis à nouveau en Thaïlande où la société crée un tourisme sexuel. Ce qui permet à Michel de réfléchir sur l'attrait des voyageurs pour des femmes et des hommes de pays exotiques. Mais Valérie "...... Jamais elle n'eut une de ces crises nerveuses qui rendent parfois le commerce des Femmes si étouffant, si pathétique....... " Et quoique le couple soit sans problème Michel constate lors d'une discussion entre Valérie et son patron "....... Ils étaient de bons professionnels, compétents, travailleurs, prêts à mettre leur intelligence au service de l'entreprise. Pour ma part, je faisais plutôt partie des incompétents et des nuisibles ; cependant maintenu en vie par le système social....... ". Mais la vie sans bride ne plaît pas à tout le monde, et la réplique cruelle. 

dimanche 12 mars 2017

Qatar Christian Chesnot et Georges Malbrunot ( Document France )




                                                    Qatar
                                                              Les secrets du coffre-fort

            Boulimie et carnet de chèques ou comment le plus petit pays du golfe est devenu incontournable dans les négociations politiques et économiques. Il le devient également en matière de sport, coupe du monde de foot en 2022, de culture, musée et achat au plus haut prix des plus belles pièces, Cézanne les joueurs de cartes, 80% de la collection Bergé Saint-Laurent. Ouvert mais fermé.
Les journalistes Chesnot et Malbrunot décrivent l'arrivée de la famille régnante au pouvoir la mise à l'écart du père du cheick par son fils qui lui-même prépare sa succession, notamment au profit de l'un de ses fils. Il eut 7 enfants avec sa 1è épouse, 7 avec la 2è, la préférée et très présente sur la scène internationale, et 9 avec sa troisième épouse. Les jalousies sont vives entre les clans où les conservateurs sont prudents devant les désirs des jeunes générations souvent éduquées dans les universités américaines. Les ressources du pays viennent essentiellement des gisements de gaz qui laissent des revenus de 30 à 50 milliards de dollars, les puits de pétrole étant moins importants que dans d'autres pays du golfe. Construire, hautes tours et routes bitumeés sur des chemins encore ensablées il y a quelques dizaines d'années, assurer l'éducation aux enfants, familles de bédouins. Les sociétés occidentales sont omniprésentes, et pour leur entrée ils durent payer des commissions de 250 à 300 millions de dollars. Le premier ministre fut actif. La concurrence avec les pays voisins est vive, l'Arabie saoudite, le Koweit. Le Qatar très riche rachète des entreprises, des clubs de sport et tout ce qui entoure le sport, partout dans le monde, au Vietnam les champs de riz et autres. Propriétaires immobiliers les qatariens sont exonérés de taxes, une clause non écrite, écrivent les deux journalistes. Mais qatariens, saoudiens, et les pays du golfe en général fournissent argent, armes et logistiques aux
groupes islamistes. En France les banlieues dites difficiles reçoivent du Qatar plusieurs millions pour un résultat pas probant. Le livre parut en 2012. A la lecture même si beaucoup reste à découvrir l'attitude des politiques est un peu plus compréhensible. Politique du donnant-donnant. La chaîne de télévision créée en Arabie saoudite. L'audience médiocre, les Saoudiens la revendirent aux Qatariens.
Chesnot et Malbrunot, deux noms connus en particulier en raison de leur enlèvement et furent otageen Irak. Peuplé de moins de 200 000 habitants, quoique pro-palestinien, le Qatar n'accorde que très difficilement la naturalisation. Le pays est très verrouillé quoique ouvert à une certaine modernité technique.

vendredi 10 mars 2017

Dans le verger Virginia Woolf ( Nouvelle Grande-Bretagne )

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                                                                     Dans le verger

            Miranda dormait dans le verger, étendue sur une chaise longue sous le pommier. Son livre était tombé dans l'herbe et son doigt semblait encore désigner la phrase : " Ce pays est vraiment un des coins du monde où le rire des filles éclate le mieux... " Comme si elle s'était juste endormie à ce moment. Les opales à son doigt viraient au vert, puis au rose et encore à l'orange sous le soleil qui filtrait à travers les pommiers et les emplissait. Puis quand la brise se leva sa robe violette ondula, comme une fleur attachée à une tige. Les brins d'herbe se balancèrent et le papillon blanc voleta, de ci de là, juste au-dessus de son visage.
            A quatre pieds en l'air, au-dessus de sa tête, les pommes pendaient. Il y eut soudain des cris violents, comme si l'on frappait avec violence des gongs de cuivre fêlés, dans un mouvement irrégulier et brutal. Ce n'était que les écoliers récitant à l'unisson la table de multiplication, interrompus par le maître, grondés, puis recommençant la table de multiplication. Mais cette clameur passa quatre pieds au-dessus de la tête de Miranda à travers les branches de pommiers et vint frapper le petit garçon du vacher qui cueillait des mûres dans la haie alors qu'il aurait dû être à l'école et le fit s'écorcher le pouce sur les ronces.
            Ensuite un cri solitaire, un cri d'homme, triste, brutal. Le vieux Parsley était bel et bien ivre mort.                                                                              masmoulin.blog.lemonde.fr in MOMA
Résultat de recherche d'images pour "peintre impressionnistes Moma"            Alors les plus hautes feuilles du    pommier, posées à plat comme des petits poissons sur fond bleu, à trente pieds au-dessus de la terre, carillonnèrent sur une note pensive et lugubre. C'était l'orgue de l'église qui jouait l'un des Cantiques anciens et modernes. Le son flotta puis fut pulvérisé par une compagnie de litomes qui volaient à une vitesse folle, là-bas ou ailleurs. Miranda dormait, étendue trente pieds plus bas.                                                                            
            Puis au-dessus du pommier ou du poirier, à deux cents pieds au-dessus de Miranda qui dormait étendue dans le verger, des cloches sonnèrent sourdement, par intermittence, maussades et didactiques, car c'était les relevailles de six pauvresses de la paroisse et le curé rendait grâce au ciel.
            Au-dessus de tout ça, dans un grincement aigu, la plume doré du clocher tourna du sud à l'est. Le vent changeait, il bourdonnait au-dessus de tout, au-dessus des bois, des prés, des collines, à des lieues au-dessus de Miranda endormie au verger. Irrésistiblement il avançait, aveugle et stupide, sans rencontrer le moindre obstacle, puis fit demi-tour et vira de nouveau au sud. A des lieues plus bas, dans un espace grand comme le chas d'une aiguille, Miranda se dressa et s'écria tout fort :
            - Oh, je vais être en retard pour le thé !
            Miranda dormait au verger, ou peut-être ne dormait-elle pas, car ses lèvres bougeaient très doucement, comme si elles disaient : " Ce pays est le coin du monde... où le rire des filles... éclate... éclate... éclate... " Puis elle sourit et laissa sombrer son corps de tout son poids sur la terre énorme, pensa-t-elle, qui se lève pour me porter sur son dos, comme si j'étais une feuille, ou une reine. A ce moment les enfants récitèrent la table de multiplication. Ou, continua Miranda, comme si étendue en haut d'une falaise j'entendais le cri des mouettes au-dessus de moi. Plus haut elles volent, poursuivit-elle, tandis que le maître grondait les enfants et tapait Jimmy sur les doigts jusqu'à ce qu'ils saignent, et plus elles volent au fond de la mer, répéta-t-elle. Et ses doigts se détendirent, et ses lèvres se refermèrent doucement, comme si elle flottait sur la mer.. Puis quand le hurlement de l'ivrogne résonna au-dessus de sa tête, elle respira profondément, dans une extraordinaire extase, car il lui       semblait avoir entendu la vie même s'exprimer par une langue rude, dans une bouche écarlate, par le   wahooart.com  in MOMA                           vent, par les cloches, par les vertes feuilles incurvées des choux.
Résultat de recherche d'images pour "peintre impressionnistes Moma"           Naturellement elle se mariait à l'église quand l'orgue joua un air des Cantiques anciens et modernes, et quand les cloches sonnèrent après les relevailles des six pauvresses, le bruit sourd, morne et intermittent lui fit penser que la terre elle-même frissonnait sous les sabots du cheval qui galopait vers elle.
            - Ah ! je n'ai qu'à attendre, soupira-t-elle.
            Il lui sembla que tout avait déjà commencé à bouger, à crier, à galoper, à voler autour d'elle, au-travers d'elle, vers elle, dans un ordre préétabli.
            Mary est en train de couper le bois, pensa-t-elle, Pearman mène les vaches, les charrettes remontent des champs, le cavalier, et elle traça les contours que formaient les hommes, les charrettes, les oiseaux et le cavalier sur le paysage, jusqu'à ce que le battement de son propre coeur semblent les repousser tous vers l'extérieur.
            A des lieues en l'air, le vent tourna, la plume dorée du clocher grinça et Miranda se leva d'un bond et s'écria :
            - Oh, je vais être en retard pour le thé !                  toutpourlesfemmes.com
Résultat de recherche d'images pour "chagall"            Miranda dormait au verger, dormait-elle ou ne dormait-elle pas ? Sa robe violette se déploya entre les deux pommiers. Il y avait vingt-quatre pommiers dans le verger, certains penchaient légèrement, d'autres poussaient tout droit avec un élan du tronc qui s'épanouissait en branches et se transformait en rondes gouttes rouges ou jaunes. Chaque pommier avait assez d'espace. Le ciel épousait exactement les feuilles. Quand la brise se levait, la ligne des branches contre le mur s'inclinait légèrement, puis revenait. Un hochequeue fila d'un coin à l'autre en diagonale. Sautillant avec précaution, une grive s'avança vers une pomme tombée. Depuis l'autre mur un moineau voleta juste au-dessus de l'herbe. L'élan des arbres vers le ciel était contrarié par ces mouvements. Les murs du verger renforçaient l'impression de densité, car, à des lieues au-dessous, la terre était contractée, ridée en surface par les vacillations de l'air. Au coin du verger le bleu-vert était fendue d'une strie violette. Comme le vent tournait une grappe de pommes fut projetée si haut qu'elle masqua deux vaches dans le pré.
            - Oh, je vais être en retard pour le thé ! s'écria Miranda.
            Et les pommes revinrent pendre juste en travers du mur.


                                                                                    Virginia Woolf

mardi 7 mars 2017

Anecdotes et Reflexions d'hier pour aujourd'hui 72 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )


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                                                                                                               17 Juin 1662

            Levé et visite de Mr Mallard pour m'emprunter 30 shillings qu'il me remboursera avec l'argent qui qui lui est dû pour son récent voyage sur le James et le Charles
            Au bureau où je passai toute la matinée. Rentrai dîner, ma femme n'étant pas bien a quand même dîné avec moi. Retour au bureau et chez sir William Batten où nous nous sommes retrouvés par hasard et avons causé. Ils ont bu du vin mais je me suis abstenu de répondre à leurs toasts. Je constate que sir John Mennes est une excellente compagnie. Plus tard rentrai et au lit, à la lumière du jour.


                                                                                                                 18 juin
 
            Levé de bonne heure et après avoir lu un peu de Cicéron, je fis ma toilette et allai au bureau, occupé toute la matinée. A midi Mr Creed vint me voir pour affaires, et nous nous rendîmes ensemble à pied jusqu'à Lincoln's Inn. Après un ou deux tours au jardin nous nous sommes quittés et j'allai chez milord Crew avec qui je dînai. J'apprends que l'on parle partout du courage de sir Henry Vane à sa mort comme d'un miracle. De là à Somerset House au cabinet de sir John Winter où j'ai trouvé Mr Pett. Nous avons revu tous deux son dernier contrat avec le roi pour la forêt de Dean. J'ai pris des notes sur le nouveau contrat qu'il est en train de conclure. Cela fait nous allâmes à pied chez Lely le peintre où nous vîmes, entre autres belles choses, la duchesse d'York, grandeur nature, assise en grand apparat dans un fauteuil, vêtue de satin blanc. Et un autre du roi qui n'est pas fini. De bien belles choses. J'ai donné quelque chose au domestique qui nous les montra, et il m'a promis quand je reviendrai de me montrer celui de milady Castlemaine que je ne pus voir car il était sous clef.
            De là chez Wright le peintre. Mais, grands Dieux ! quelle différence entre leurs oeuvres. De la au Temple où j'ai parlé à mon cousin Roger qui ne me donne guère à espérer dans l'affaire entre mon oncle Thomas et nous. Puis avec Mr Pett, qui habitait dans l'appartement de son fils, nous allâmes en voiture à l'ancienne Bourse.  Nous nous quittâmes là et je rentrai, allai au bureau jusqu'au soir. On a nettoyé aujourd'hui les fenêtres de mon bureau et une croisée dans mon cabinet. Puis à la maison, et après quelques joyeux propos dans la cuisine avec ma femme et les servantes, ce que je fais souvent maintenant, car je suis fort satisfait de mes deux servantes, au lit.


                                                                                                           19 juin

            Levé à 5 heures, et tandis que mon domestique Will se préparait pour me trouver, j'ai pris mon luth. J'en ai un peu joué, puis je m'habillai et allai au bureau préparer notre réunion de ce matin.
            Elle a duré longtemps, nous avions à traiter une grosse affaire secrète, un marché avec sir William Rider, Mr Cutler et le capitaine Cocke pour 500 tonnes de chanvre, et c'est moi qui dois rédiger les conditions.
            Rentrai dîner à la maison où je trouve Mr Moore. Lui et moi avons fait nos comptes et les avons réglés. Puis avec le dernier coffre de crusados chez l'échevin Backwell, et sa femme qui allait monter en voiture était dans la boutique et comme elle avait un verre plein de bonbons parfumés que lui avait donné don Duarte de Silva, le négociant portugais venu avec la reine, je manifestai le désir de les goûter. Elle m'en versa un dans la main. C'était bon, mais ils me plurent davantage venant d'une jolie femme.
            A la maison et au bureau à préparer des papiers et des affaires, et en vérité, il y a bien longtemps que je n'ai eu la tête aussi pleine d'affaires, et avec tant de plaisir, car je commence à comprendre le plaisir que cela donne. Dieu m'accorde la santé ! Et au lit.


                                                                                                      20 juin
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Résultat de recherche d'images pour "foret anglaise"            Levé à 4 ou 5 heures et au bureau où je rédigeai la convention entre le roi et John Winter pour la forêt de Dean. Cela fait il arriva. Je ne savais pas auparavant qu'il était le secrétaire de la reine, mais il m'apparût comme un homme de grand talent. Nous l'avons lue et elle nous a satisfait. Cela fait je cherchai la forêt de Dean sur la carte de Speed. Il me montra où elle se trouve, et le Lea Bailey et les gros frais pour transporter le bois jusqu'à Lydney, et bien d'autres choses utiles à savoir. Et je m'aperçois que c'est un gros défaut pour mon travail de ne pas connaître l'aspect géographique de mes affaires.
            Au bureau jusqu'à ce que Mr Moore m'emmène et chez moi nous examinâmes de nouveau nos papiers. Et nos comptes une fois équilibrés nous nous sommes donné réciproquement pleine décharge. En ce qui concerne ses comptes et beaucoup d'autres, je m'aperçois que je pourrai me faire un état véridique de ma fortune dans un jour ou deux, mieux que je ne l'ai pu depuis un an.
            Puis nous nous rendîmes chez l'échevin Backwell et avons fait la même chose. Je donnai un reçu unique pour tout l'argent que j'en ai reçu sur le compte des crusados de milord. Puis j'allai à la Bourse où j'apprends que les négociants ont grand peur d'une rupture avec les Espagnols, car ils pensent qu'ils ne supporteront pas que Tanger, Dunkerque et la Jamaïque soient à nous, et nos négociants commencent à rapatrier leur fortune aussi vite qu'ils le peuvent. Puis à la venelle de la Tête du Pape où je me suis acheté une boîte d'instruments qui m'a coûté 14 shillings. La première fantaisie que je me suis offerte depuis longtemps. Mais je le fais avec quelque scrupule, bien que ma conscience me dise que c'est en escomptant que cela me rendra service au bureau d'avoir un cahier où mettre mes notes et un compas. Mais j'avoue que je le fais d'autant plus volontiers que je m'aperçois par mes comptes que j'aurai 30 livres de plus que je ne m'y attendais. Mais je veux aller au bout de tous mes comptes avant demain soir. Puis rentrai à la maison pour dîner et visite de Mr Moore. Il est parti et j'ai été au bureau terminer de nombreuses affaires. Dans la soirée ma femme, moi et Jane avons passé le fleuve pour nous rendre à la Demi-Etape, belle et agréable promenade, mais grand vent. Retour à la maison, et au lit.


                                                                                                         21 juin

             Levé vers 4 heures du matin et réglé des affaires privées, puis fis ma toilette et allai au bureau
préparer notre réunion d'aujourd'hui.
            Au bout d'un moment notre réunion a commencé et à midi avec sir William Penn à Trinity House où les principaux officiers donnaient un banquet. La chère était excellente et abondante et il y avait beaucoup de monde, mais peu distingué. Le lieutenant de la Tour comme je lui demandais comment Henry Vane était mort, me dit qu'il était mort avec une violente émotion, mais tout le monde reconnaît qu'il est mort le plus courageusement du monde. De là au bureau, arrivèrent sir William Rider, le capitaine Cocke et Mr Cutler, comme convenu pour conférer du marché de 500 tonnes de chanvre à conclure entre eux et nous. Je m'occupai ensuite d'autres affaires et rentrai à la maison. Je trouvai Mr Creed qui resta à causer avec ma femme et moi une heure ou deux, et je mis mon costume de cheval en drap, rien que pour lui montrer comment il est, et je crois qu'il fera très bien. Lui parti et comme ma femme et les servantes se plaignaient du petit laquais je l'appelai avec mon fouet et le fouettai jusqu'à ne plus pouvoir bouger, et je ne pus pourtant lui faire avouer aucun des mensonges dont elles l'accusent. Finalement, ne voulant pas le laisser partir sans vainqueur, je le repris à partie, lui enlevai sa blouse le mettant en chemise et je le fouettai jusqu'à ce qu'il ait avoué qu'il avait bien bu le petit lait, ce qu'il niait. Et arraché un oeillet et surtout posé le chandelier sur le sol dans sa chambre, ce qu'il a nié tout ce trimestre. J'avoue que c'est une des choses les plus étonnantes que j'aie jamais vues, qu'un enfant si jeune puisse se montrer capable d'endurer la moitié de ce qu'il a souffert pour soutenir un mensonge. Mais je crois que je serai bien forcé de le renvoyer. Et au lit, le bras tout fatigué.

   
                                                                                                          22 juin
                                                                                      Jour du Seigneur
            J'ai mis aujourd'hui pour la première fois mon pourpoint à crevés qui me plaît fort. Mr Shipley m'a rendu visite dans la matinée. Il me dit qu'il est revenu de Hinchingbrooke hier soir avec milord. Nous passâmes une heure à vérifier ses comptes et nous nous rendîmes à pied à la Garde-Robe, nous entretenant des affaires de milord. Il me dit, ce qui m'a fort étonné, que Mr Barnwell est mort en devant 500 livres à milord.        t    Positivr.fr
Résultat de recherche d'images pour "foret de dean harry potter"            Au bout d'un moment revenu de l'église et je dînai avec lui et d'autres personnes. Il était très gai et me prit ensuite avec lui pour me parler des affaires publiques et d'autres. Puis je me rendis chez mon frère Tom que j'emmenai vers la maison ( m'arrêtant à la Garde-Robe pour parler avec Mr Moore ) et chez moi. Je lui payai tout ce que je lui devais et portai les 20 livres récemment prêtées à 40 livres pour lesquelles il donnera une reconnaissance à Mr Shipley, car cet argent lui appartient.
            Ma femme et moi fîmes une promenade au jardin où toute notre conversation fut de dire du mal de sir William Penn, contre qui j'ai eu récemment grandement cause d'être prévenu. Au bout d'un moment il sortit avec sa fille se promener, et nous les ignorâmes un grand moment. Nous leur dîmes finalement quelques mots en rentrant, et bonsoir et au lit. Aujourd'hui on m'a parlé d'une dame portugaise, à Hampton Court, qui a déjà donné naissance à un enfant depuis l'arrivée de la reine. Mais le roi n'a pas permis qu'on cherchât à qui il est, de sorte que l'histoire n'est pas encore publique. En rentrant, ce soir, j'ai rencontré Will Swan qui continue comme jamais à faire l'éloge des fanatiques. Il est plein de pitié pour milord Sandwich et pour moi parce que nous nous abandonnons à la méchanceté du monde et que notre chute est imminente. Car il voit que lui et sa bande sont le véritable esprit de la nation, et la majorité de la nation aussi, ceux qui veulent avoir la liberté de conscience en dépit du présent Acte d'uniformité ou bien la mort. Et s'il ne leur est pas permis de prêcher en public, ils prêcheront dans leurs demeures. Il m'a dit qu'il est certain qu'Henry Vane est allé au paradis, car jamais homme ne mourut davantage en martyr et en saint. Et que le roi a davantage perdu par la mort de cet homme qu'il n'y regagnera d'un grand moment. De tout cela je ne sais que penser, mais j'avoue que je crois vraiment que les évêques ne pourront jamais se comporter avec autant d'arrogance qu'eux.


                                                                                                             23 juin 1662

            Levé de bonne heure ce matin, et mes gens déposent les tentures et autres choses chez moi à cause de la grande poussière que fait déjà la démolition de la maison de sir William Batten, et que fera celle de la mienne quand nous en serons là. A mon bureau, et travaillai assidûment toute la matinée. A midi à la Bourse voir le Dr Williams qui m'a dit ce matin qu'il irait demain à la campagne. Je n'ai pas réussi à le trouver mais rencontrant Mr Frank Moore, l'ancien domestique de milord Lambert, et avec deux ou trois de ses amis nous allâmes dans une taverne. Ils burent, mais moi seulement de la petite bière. Dans la pièce voisine quelqu'un jouait excellemment du tympanon qui, quand il est bien joué me plaît bien. Mais l'un de notre groupe, quelqu'un qui aime discourir, parla longuement de la loi contre les marins qui les oblige à rendre des comptes, et qu'elle a été faite expressément pour milord Sandwich qui devait 100 000 livres et auquel Oliver avait dû à maintes reprises faire grâce de ses dettes. Cela me fâcha contre lui mais je ne pensai pas qu'il valût la peine de le contredire, mais je pris congé et rentrai. Après un léger dîner je revins à mon bureau. Dans la soirée sir William Warren vint me trouver pour affaires. Cela fait, comme nous parlions de planches, je lui proposai d'aller avec lui voir ses bateaux porteurs de planches. Il me montra la différence entre Drammen, le Svinsund, le Christiania et d'autres, et il m'apprit bien des choses agréables à savoir sur la manière de scier et de couper les planches en utilisant des moulins à eau, et ce qui les rend plus chères ou meilleures marché, entre autres quand la neige n'est pas assez abondante pour combler les vallées et qu'ils passent de hauteur en hauteur sur la neige. alors le transport est cher. Du bateau il me conduisit sur son chantier où il y a de nombreuses et d'immenses piles de planches, d'espars et de cabrions et de madriers, entre lesquels je ne connaissais pas jusque-là la différence. Et en vérité je suis très fier de cette soirée. Il me fit entrer dans sa maison qui est très jolie, propre et bien meublée. Après un verre, non pas de vin car je ne pouvais pas me laisser tenter, mais un verre de bière allemande, je rentrai sain et sauf par le fleuve. Mais comme il était tard je fus forcé de descendre à la douane et je rentrai et me mis au lit. Quand j'étais au lit arriva une lettre du Duc ordonnant d'armer immédiatement  quatre navires de Portsmouth. Je ne sais pas encore pour quoi. De sorte que je fus forcé de faire écrire des lettres par Will et je les signai dans mon lit et les expédiai par exprès. Puis je m'endormis.


                                                                                                               24 juin
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Résultat de recherche d'images pour "foret"            Levé de bonne heure et à mon bureau pour préparer notre réunion. Arriva mon cousin Harry Alcock venu me demander par une lettre d'un mon père qu'il m'adressait, car il avait passé quelques jours chez lui, de l'aider à obtenir une place. Je lui proposai la mer. Je crois qu'il acceptera et j'espère qu'il réussira.
            En réunion toute la matinée et, j'en bénis Dieu, je m'aperçois que par mon application au travail ces derniers temps je gagne du terrain au bureau de jour en jour.
            A midi à la Bourse où je commence à être aussi connu. Rentrai dîner puis au bureau tout l'après-midi régler des affaires. Le soir on m'apprend que Field, le gredin, m'a fait condamner à l'Hôtel de Ville à 30 livres pour son incarcération, pour laquelle j'ai signé le mandat avec les officiers.  Mais comme c'étaient des parlementaires il a commencé son procès par moi et il menace d'aller plus loin. Mais j'espère que le duc d'York me soutiendra.
            Le soir à la maison, Mr Spong vint me voir. Nous sommes restés chanter sur la terrasse jusqu'à près de 10 heures du soir. Puis il partit. C'est un homme assez inoffensif et intelligent. Et je suis allé me coucher dans un grand contentement d'esprit qui, je l'espère, grâce à mon assiduité dans mon travail, sera durable.


                                                                                                              25 juin

            Levé à 4 heures et mis mes comptes avec milord en très bon ordre, puis à mon bureau, après avoir résolu beaucoup d'affaires j'allai à la Garde-Robe, mais j'apprends que milord est allé à Hampton Court. Après un entretien avec Mr Shipley j'allai dans Thames Street en aval du Pont, m'enquérir dans les boutiques du prix du goudron et de l'huile. Je trouve grand sujet de satisfaction et j'espère par cette pratique épargner l'argent du roi. Dîner à la maison puis à la Bourse, et de nouveau à la maison et au bureau à préparer le travail pour demain après-midi. Le soir promenade avec ma femme sur la terrasse, puis souper et au lit. Ma femme a ces derniers temps une grande douleur à l'oreille. Elle commence ce soir à prendre médecine pour cela. Et j'ai un rhume et ma vieille douleur est fortement revenu.


                                                                                                          26 juin 1662

            Levé et pris une purge, mais de façon à ne pas m'empêcher de sortir, seulement pour me relâcher, car j'ai le ventre serré. Au bureau toute la matinée, en réunion jusqu'à midi, puis je ramenai le commissaire Pett à la maison pour dîner. J'ai eu le coeur soulevé quand on a apporté sur la table mon esturgeon sur lequel j'ai vu ramper quantité de petits vers, sans doute parce que la saumure était vieille.
            Lui parti arrive Mr Nicholson, mon ancien condisciple de Magdalène, et nous jouâmes trois ou quatre morceaux au violon et au violoncelle. Nous nous quittâmes et allai au bureau jusqu'au soir. Puis arrivèrent Mr Shipley et Creed pour régler des comptes de milord, et au lit.


                                                                                                            27 juin

            Levé de bonne heure pas tout à fait débarrassé de ma douleur. Je repris une purge et je me préparai à sortir. J'allai chez milord qui s'est levé dès qu'il a su que j'étais là. En robe de chambre et chemise il est resté à me parler pendant deux heures, je crois bien, sur les plus graves questions concernant son état présent et ses intérêts. Entre autres de son principal dessein : premièrement de se libérer de toutes les dettes qu'il a envers le roi pour l'argent de l'ambassade, et puis une amnistie. Puis de faire confirmer sa terre, et puis s'entretenir et consulter pour savoir ce qu'il peut faire de mieux, conserver ou non sa charge dans la marine. Car il voit bien que le Duc aimerait le chasser et cla grâce à Coventry. Et à ce moment il me dit que les conditions de la paix d'Alger lui étaient entièrement dues, et qu'il avait clairement dit à Lawson que c'était clairement convenu entre eux, qu'il en aurait l'honneur si elles étaient acceptées, et qu'en conséquence elles avaient été envoyées en Angleterre, avec ce titre : " Articles arrêtés par sir John Lawson, conformément aux instructions reçues de son Altesse royale Jacques, duc d'York, etc. et de son Excellence le comte de Sandwich ". Ce qui était plus qu'il ne fallait, mais Lawson écrivit à milord que ce n'était pas lui mais le Conseil de la guerre qui avait exigé que son Altesse Royale figurât dans le titre, bien qu'il n'y eût pas figuré pour un seul mot. Mais le duc d'York les a hier soumis au Conseil pour être imprimés avec ce titre " Arrêtés par sir John Lawson, chevalier " et milord complètement omis. Or je trouve milord fort habile, car il me dit qu'il s'aperçoit bien qu'ils ont le dessein d'élever Lawson autant qu'ils le pourront et que sa contre-ruse est de l'élever encore plus haut. Ils se verront ainsi frustrés de leur dessein et finalement jaloux de Lawson. Il m'a raconté ceci avec grande satisfaction. Et que plusieurs des serviteurs du Duc, milord Berkley, Mr Talbot et d'autres, se sont plaints à milord de Coventry et voudraient le chasser. Milord reconnaît que le plus grand obstacle c'est Coventry. Il a paru insinuer avoir jusqu'ici été soutenu par le r le chancelier contre le Duc, moi etais que se passerait-il s'il arrivait que se fussent le Duc et le chancelier contre le roi ? Ce que, bien qu'il l'ait dit en ces termes clairs, je n'ai pas vraiment compris. Mais je le comprendrai peut-être plus tard.
            Milord m'a dit aussi que le Duc en personne, à Portsmouth, avait remercié milord de sa peine et de ses soins et qu'il voyait bien que c'est aux vieux capitaines de faire le travail, et que les nouveaux gâteraient tout, et que milord avait fort discrètement déclaré au Duc, tout à fait contre son jugement et son inclination, qu'il fallait quand même soutenir et encourager les nouveaux capitaines nommés par le roi. Il fera ainsi de ce parti ses obligés et préviendra autant que possible leur jalousie. Mais il dit qu'à coup sûr les choses iront à vau-l'eau si jamais les vieux capitaines disparaissaient et que seuls les nouveaux aient des commandements.
            Puis nous parlâmes de sir John Mennes dont milord a une bien piètre opinion, et que la première fois il est venu trouver milord fort mécontent et de mauvaise humeur, et qu'il avait étudié et scruté tous ses livres pour voir s'il s'était jamais produit que deux pavillons fussent arborés ensemble à la grande hune, sans en trouver d'exemple. Il avait même convoqué ses commandants à son bord pour les consulter, de sorte qu'en arrivant bord à bord avec milord il rentra son pavillon et ne le hissa plus de toute la journée. Le lendemain milord lui dit qu'il n'était pas convenable d'être au mouillage sans pavillon et de par conséquent de le mettre à la hune de misaine. Car il semble que milord avait eu connaissance de ses instructions, ne pas arborer son pavillon à la grande hune en présence du Duc ou de milord.
            Mais après, milord l'a caressé, et il le croit son ami autant que son intérêt le lui permet.
            Je racontai à milord ma récente dispute entre Swan et moi, et il m'en raconta une récente entre le Dr Dell et lui quand il était à la campagne.                                           klaire.fr 
Résultat de recherche d'images pour "poisson pourri"           Nous décidâmes de finalement régler tous ses comptes aussi rapidement que possible. Je partis donc et j'allai à mon bureau où je trouvai sir William Penn qui me pria de faire un tour de jardin avec lui. Il me dit alors que le jour de son départ pour l'Irlande était fixé et que puisque je lui avais parlé d'un service qu'il pourrait rendre à un parent que j'ai là-bas, Samuel Pepys, il me dit qu'il ferait très volontiers ce que je  lui ordonnerais. Il me dit aussi qu'il fallait absolument que nous prenions un plat ensemble avant son départ et m'invita avec ma femme pour le dimanche suivant. A tout cela j'acquiesçai froidement, car mon coeur ne peut l'aimer ni avoir bonne opinion de lui depuis qu'il m'a joué ce tour pendable. Mais il ne m'a rien manifesté de notre querelle, moi non plus. Nous quittâmes et j'allai par le fleuve à Deptford où je trouvai sir William Batten seul. Il versait trois trimestres de paie à l'arsenal. Puis dîner, extrêmement somptueux, ce qui me contraria fort et me fit regretter d'être là. Après le dîner arrive sir John Mennes et quelques capitaines qui avaient été aujourd'hui à un conseil de guerre. Ils nous racontent qu'ils ont acquitté le commandant Hall accusé de lâcheté pour avoir laissé s'enfuir le vieux Winter, le pirate d'Alger, avec quelques prises. Et acquitté aussi le commandant Diamond de l'assassinat d'un homme qu'il avait frappé, mais qui avait survécu plusieurs moi jusqu'à ce que ivre il soit tombé dans la cale et se soit fracturé la mâchoire et soit mort. Mais ils disent qu'il y a des accusation d'obscénité inouïe contre lui. L'une est qu'il aurait bu à genoux à la santé du roi et de la reine à Lisbonne en souhaitant que le vit du roi entrât dans le con de la reine jusqu'à son coeur pour lui faire encore crier " toc-toc.
            De nouveau à la paie. Je les laissai et allai à pied à Rotherhithe et à la maison. Vinrent Mr Creed et Shipley. Ils restèrent jusqu'au soir pour les comptes de milord que nous entreprîmes de mettre en ordre. Et nous nous quittâmes et j'allai au lit.
            Mr Hollier est venu aujourd'hui voir ma femme et l'a guérie de sa douleur d'oreille en enlevant une quantité prodigieuse de cérumen dur qui s'était durci au fond de l'oreille, ce dont je suis bien content.


                                                                                                             28 juin20

            Levé pour travailler aux comptes de milord et aux miens, puis au bureau où la réunion a duré toute la matinée. A midi, comme convenu, à la Mitre où Mr Shipley nous a offert, à Mr Creed et à mon oncle Wight, un plat de poisson. Puis au bureau jusqu'au soir. Et à la maison et, après avoir causé avec ma femme, au lit. - Aujourd'hui une dame de qualité est venue me voir affirmant être ma parente, ce qu'elle avait déjà fait une fois, et m'a emprunté 10 shillings, promettant de les rendre le soir, mais je n'ai plus entendu parler d'elle. Je ne lui ferai plus confiance. -
            On parle beaucoup d'un risque de guerre avec les Hollandais et nous avons ordre de choisir
20 navires prêt à partir immédiatement. J'espère que ce n'est qu'un épouvantail pour faire peur au monde, en lui montrant que nous saurons les recevoir. Pourtant Dieu sait que le roi n'est pas en état à l'heure actuelle de faire partir cinq navires sans beaucoup de difficultés, car nous n'avons ni argent, ni crédit, ni approvisionnements.
            J'ai maintenant l'esprit dans un merveilleux état de tranquillité et de contentement, plus que jamais de ma vie, depuis que je m'applique au travail de mon bureau, ce que je fais avec une constance extrême. Et je vois que c'est l'effet même de mes serments pour m'abstenir de vin et de comédie, que, s'il plaît à Dieu, j'observerai avec constance. Car maintenant le travail m'est un grand plaisir et m'apporte grand honneur, et ma bourse s'arrondit aussi.


                                                                                                                  29 juin
                                                                                            Jour du Seigneur
            Levé à 4 heures et fis mes comptes personnels, et je trouve d'après le solde mensuel que je me suis engagé à faire chaque mois, que je possède 650 livres. La plus grosse somme dont j'aie jamais disposée. Je prie Dieu de me donner un esprit reconnaissant et de faire que je m'applique à l'améliorer et à l'accroître.
            A l'église avec ma femme vêtue aujourd'hui de sa jupe verte en satin à fleurs avec cinq dentelles de gros fil blanc et noir qu'il a elle-même ajoutées, qui est fort jolie. A la maison avec sir William Penn pour dîner comme convenu et retour à l'église dans l'après-midi. Puis à la maison où vint Mr Shipley pour faire les comptes de milord, et dans la soirée il nous quitta et nous nous allâmes souper chez sir William Penn. Quelle qu'en soit la raison il fait fort le chien couchant avec moi et je vois bien qu'il veut éviter que nous nous querellions. Et sa fille déborde d'attentions pour ma femme. Mais je ne me laisserai jamais prendre par lui, car je le déteste, lui et ses traîtrises, de tout mon coeur. Cette invitation était pour nous faire ses adieux, car il part pour l'Irlande dans peu de jours.
            A la maison pour la prière, et au lit.


                                                                                                                     30 juin 1662

            Levé tôt et au bureau où je trouve la servante de Griffith faisant le ménage et, Dieu me pardonne, comme j'ai envie d'elle, mais je me suis tenu à distance. Elle partie je fis des trous pour voir de mon petit cabinet dans le grand bureau sans avoir à sortir, ce à quoi je prends grand plaisir.
            Puis je me mis au travail et à midi, avec ma femme, à la Garde-Robe où nous avons dîné et sommes rester à causer tout l'après-midi avec milord. Vers 4 heures je pris une voiture et nous revînmes chez moi avec milady, nous arrêtant chez milady Carteret qui se trouvait chez elle par hasard, car elle est complètement installée à Deptford pour quelques moi, et nous restâmes un moment avec elle. Elle raconta entre autres à milady sa querelle avec milady Fanshaw pour avoir seulement pris la défense des Français, ce qui étonne milady, car avant elles étaient comme des soeurs. Mais on voit qu'il n'y a pas d'amitié durable en ce monde.
            Puis chez moi. J'ai été très fier de lui faire traverser la cour en lui donnant la main, car elle est fort élégante, et son page tenait sa traîne.
            Elle resta un moment chez moi, puis traversa le jardin et prit un canot. Elle monta d'abord à bord du bateau de plaisance du roi qui lui plut beaucoup. Puis au parc de Greenwich et réussit à grand peine à monter jusqu'en haut de la colline. Puis elle redescendit et reprit le canot et passant sous le Pont arriva à Blackfriars et chez elle, fort contente de sa promenade, à tous égards. Nous soupâmes avec elle et revînmes à pied, et au lit.

            - Remarques -                                                                                                                                                                                                                                        /anangelinheaven.skyrock.com             
Résultat de recherche d'images pour "fausse amitié"            La situation me paraît la plus mauvaise que j'aie jamais          remarquée. Le roi et sa nouvelle reine se préoccupent de leurs plaisirs à Hampton Court. Tout le monde est mécontent : les uns parce que le roi ne les récompense pas suffisamment, et les autres, des fanatiques de toutes sortes, parce que le roi leur enlève la liberté de conscience. Et l'arrogance des évêques qui, je le crains, perdra tout encore une fois. On loue beaucoup la manière dont Henry Vane est mort, et il le mérite. On crie contre l'impôt du fouage et on dit qu'on ne le paiera que contraint et forcé. Et en attendant nous aurons probablement des guerres à l'étranger, et le Portugal à assister alors que nous n'avons pas d'argent pour les dépenses ordinaires en Angleterre.                            
            Quant à moi je suis dans la saleté à cause des travaux de        surélévation de ma maison et de celle de sir William Batten. En bonne voie, je me soucie de mon travail et économise de l'argent que Dieu veuille accroître. J'y prends grand plaisir et j'en vois les avantages. J'ai un grand désir d'aller voir Brampton, mais je ne puis trouver trois jours pour cela, quoique je fasse.
            En excellente sante ma femme et moi.


                                                                            à suivre.......

                                                                                                               1er juillet

            A bureau.........