jeudi 27 avril 2017

L'Insoumis John Grisham ( Roman EtatsUnis )


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                                                         L'Insoumis 
            Partner conduit le van de son boss. Bureau aménagé à l'arrière il reçoit parfois ceux qu'il défend, accusés dont aucun avocat ne veut assurer la défense. Ses ennemis sont la police, démonstration de cas de fausses dépositions, les assassins qui se sont fait la malle et trouvent leur avocat beaucoup trop payé pour le résultat et, sa femme. Plutôt son ex-épouse et mère de leur petit garçon, partie avec une jeune femme. Lorsqu'il ne travaille pas et ne circule pas Sebastian Rudd habite au quatorzième étage d'une tour, son appartement et son bureau confondus dominent la ville d'un million d'habitants à environ 1 500 km de la Californie et 800 km de Chicago. Rudd est un personnage sympathique, il porte les cheveux longs qu'il range sous sa veste lors des plaidoiries. Il défend un jeune un peu arriéré, et d'autres. En-dehors de son job qui l'oblige souvent à surveiller ses arrières, l'avocat se transforme en manager de boxeurs de free-fight, vêtu de jaune canari, blouson, casquette comme son poulain. Et l'auteur décrit l'ambiance, fureur et plaisir du public assistant au match de deux hommes enfermés dans une cage. Il parie sur l'un ou l'autre des sportifs en cage. Gagne parfois quelques milliers de dollars, peut aussi perdre, mais ce n'est absolument pas un spectacle pour son petit garçon qui a adoré, mais pas du tout ses mères. Sebastion Rudd avance beaucoup d'argent pour poursuivre des enquêtes souvent litigieuses et dangereuses. Des milliers de dollars s'échangent. Les personnages sont des Mexicains, et d'un peu plus au sud. Ecrit à la première personne le livre nous plonge dans l'Amérique profonde. Rudd personnage sympathique, nourri de café et de pizzas, des relations amoureuses presque inexistantes, des femmes disons " vachardes ". Et un livre au rythme soutenu, une réussite de plus de l'auteur d'une trentaine de thrillers.





                                            

mercredi 26 avril 2017

Correspondance Proust Gallimard 17 fin ( Lettres France )

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                                                   A Gaston Gallimard

                                                                                  Entre le 10 et le 18 septembre 1922

           Mon cher Gaston
           ( je ne sais si je vous ai écrit depuis que j'ai recommencé à tomber par terre à chaque pas que je fais et à ne pouvoir prononcer les mots. Mais ayant ce matin un moment de répit j'en profite pour vous écrire. ) Hélas je ne vous écris pas ce que je voudrais car il est atroce qu'une tendre amitié comme la nôtre soit tout le temps traversée d'incidents qui n'en altèrent pas le fond mais en corrompent les joies. Les choses dont je veux vous parler sont au nombre de 2. La 2è est sans importance. Mais vous êtes trop lettré pour ne pas saisir que quelqu'un qui ne vit plus que pour son oeuvre ne peut laisser passer la 2è. Des amis anglais à moi les Schiff - amis de mes livres surtout - m'écrivent une lettre désolée que je n'ai pas sous la main ( elle doit être dans mes draps ). Ils ont vu annoncer mon livre avec un titre qui signifie ( je vous dis à peu près ) au lieu de A la Recherche du Temps perdu, Souvenir des choses passées. Cela détruit le titre. Mais ce qui est plus grave ( et il faut que je retrouve cette lettre pour voir ) Du côté de chez Swann serait traduit en anglais par : A la manière de Swann. Cela je ne peux pas le croire, ni l'admettre. Vous savez ce que signifie le titre " Du côté de chez Swann " dont le sens principal est qu'à Combray, il y avait 2 buts de promenade, un chemin qui menait vers le château de Guermantes et un autre vers la propriété de Swann. Le titre qu'on me dit ( mais il y a sûrement erreur, informez-vous ) serait un non-sens et le premier un titre d'H; Bordeaux. Mes amis m'écrivent qu'il y avait pourtant bien des façons de traduire exactement mes titres ( qu'ils admirent, mais cela c'est leur affaire ). En tous cas un éditeur en donnant le droit de traduire un livre ne donne pas celui de le déformer. Et les titres inquiètent mes amis Schiff sur la traduction de l'ouvrage.                                                                          didiergouxbis.blogspot.fr 
Résultat de recherche d'images pour "marcel proust je suis mort"            La chose pas importante est celle-ci. J'ai un frère, chirurgien qui m'aime bien. Il est venu à son retour et m'a dit Partout j'ai vu le livre de Morand ( ce qui lui a fait plaisir comme à moi ). Dans toutes les gares, et j'ai fait un chemin énorme, j'ai demandé Sodome. Dans aucune on n'a pu me le donner. Tu peux te vanter d'avoir un éditeur qui ne fait pas un sou de publicité pour tes livres. Et avec la triste vie si dispendieuse que tu mènes, je ne te comprends pas de ne pas t'en plaindre.
            Mais encore une fois ceci est très secondaire. Je tiens à mon oeuvre que je ne laisserai pas des Anglais démolir et à votre affection. Car je suis très tendrement à vous


                                                                                Marcel Proust

C'est un gros effort d'écrire après de telles crises que je vous envoie une lettre incomplète. Pardon.                                                                        



                                              De Sydney Schiff à Marcel Proust

                                                                                                  9 Sept. 22

            Mon bien cher Marcel
            Quelques mots seulement. Je viens de voir l'annonce dont je t'envoie ci-incluse la coupure. J'espère que la traduction sera au moins assez bonne pour donner une idée de l'original. L'art de traduction est difficile et peu compris et il n'est pas d'auteur qui demande plus que toi d'un traducteur, il n'y en a pas qui demande autant d'être aimé. Les titres ne me plaisent pas. "Souvenir des choses passées " et " A la manière de Swann " ou " La façon de Swann ". Je pense qu'on aurait pu trouver des titres plus près des tiens qui sont si admirablement choisis. Il y a dans " A la recherche du temps perdu " une nuance mélancolique, un je ne sais quoi de poignant et de suggestif - un double sens dans le mot perdu - est-ce que ce temps était perdu ? Est-ce qu'il est regretté ? Tant d'autres pensées. Et " Du côté de chez Swann " en contenant le double sens du point de vue de Swann et de la localité - un double sens miraculeusement bien trouvé, suggère un autre qui en son tour exprime la psychologie de ce garçon adorable qui vivait de l'autre côté, ses rêves et ses désirs, ses regrets et ses espoirs.
          J'obtiendrai le livre dès qu'il sorte (!) je le lirai et je te dirai ce que j'en pense.
          Mercredi nous partons à Londres. Pourrais-tu m'y écrire deux ou trois lignes ? J'ai été très déprimé ce dernier temps et j'ai besoin de tes nouvelles. Dis-moi surtout comment tu vas.
            Tendresses de nous deux.
            Ton

                                                                                           S


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                 A Gaston Gallimard
                                                                                                                                                       21 septembre 1922

            Cher ami, j'ai eu de terribles crises d'asthme ces jours-ci sans avoir rapport d'ailleurs avec mon état général, que je suis dans l'incapacité de vous écrire aujourd'hui et travailler à ma Prisonnière que je fais pour la quatrième fois. J'ai cru rêver en lisant votre lettre qui avait l'air d'une plaisanterie. En tout cas en attendant que je vous réponde, je vous conseille de ne pas convoquer mon frère, infiniment tendre pour moi, il n'est pas toujours avec les autres d'un très bon caractère et ce n'est pas au moment où nous cherchons vous et moi à consolider notre affection, il serait très heureux de créer des incidents où je ne pourrai pas prendre parti contre lui. Bien affectueusement à vous


                                                                              Marcel Proust


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                                                A Gaston Gallimard

                                                                             Peu après le 26 septembre 1922

            Mon cher Gaston
            je vous accuse réception du chèque de la Nouvelle Revue Française. Je ne suis pas encore en état de vous écrire une lettre lisible et d'autre part ne puis, très affectueusement, vous écrire des choses personnelles à nous deux, en les dictant. Je crois préférable d'attendre comme on dit, mon relèvement. ( Si toutefois je me relève. ) Et si peu que, même malade, j'ai demain ou après-demain une heure de calme, j'en profiterai pour vous écrire. Non, il ne faut pas donner actuellement un autre titre que Sodome et Gomorrhe III à mes prochains volumes. Comme vous l'avez très bien vu, le titre de La Fugitive disparaissant la symétrie se trouve bousculée. D'ici quelques jours nous parlerons de cela, qui n'est pas pressé.
            Tout à fait de votre avis j'avais voulu recommander Jacques à Léon Daudet, c'est lui qui n'a pas voulu. Comme je sens que cela me fatigue, et que je recommence à tousser, en dictant, je n'entre pas dans les détails mais j'ai prévenu Jacques que j'étais à son entière disposition pour Léon Daudet, et qu'il n'avait qu'à me faire signe. Vous avez peut'être été étonné de ne pas voir dans les Oeuvres Libres la publication que vous avez eu la gentillesse d'autoriser, mais j'ai été trop souffrant ces temps-ci pour travailler à quoi que ce soit, sauf aux fragments que j'ai envoyés à Jacques.
            Bien affectueusement à vous


                                                                                         Marcel Proust


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                                                    A Gaston Gallimard

                                                                                               3 octobre 1922

            Mon cher Gaston                                                                          pinterest.com 
Image associée            Au lieu de la longue lettre que je vous dois depuis assez longtemps et que je n'ai pu vous écrire ayant été mourant ce que vous ignorez sans doute, et je trouve que tout cela traîne effroyablement, je veux vous transmettre des renseignements qu'on me demande
           1° Le fisc me demande ce que j'ai touché comme droits d'auteur en 1921. Je ne vous aurais jamais transmis cette demande, étant excédé de ces niaiseries de l'état, si des hasards physiologiques combinés ne m'avaient permis d'être assez tonifié pour vous écrire ces choses vaines. Mais du moment que je vous l'écris je vous serais obligé par retour du courrier de me répondre, afin que nous marchions toujours bien ensemble et que l'un de nous deux à son grand regret - je suppose que ce serait un regret pour vous comme pour moi - risque de démentir l'autre.
            2° Des amis m'écrivent n'avoir pu trouver nulle part ni Guermantes I, ni ce qui est plus inouï le tome II de Sodome ( les volumes en caractères clairs ) de Sodome II. Ces deux ouvrages dont le dernier est si récent seraient donc épuisés ? Je vous demande de faire diligence, cette carence m'étant extrêmement défavorable. D'autres que moi et je m'en réjouis, ont la jouissance de l'univers. Je n'ai plus ni le mouvement, ni la parole, ni la pensée, ni le simple bien-être de ne pas souffrir. Aussi, expulsé pour ainsi dire de moi-même, je me réfugie dans les tomes que je palpe à défaut de les lire et j'ai à leur égard les précautions de la guêpe fouisseuse sur laquelle Fabre a écrit les admirables pages citées par Metchnikoff et que vous connaissez certainement. Recroquevillé comme elle et privé de tout, je ne m'occupe plus que de leur fournir à travers tout le monde des esprits l'expansion qui m'est refusée. Donc cher Gaston ( ce qui n'a aucun rapport avec la lettre promise ) j'attends d'urgence 1° mes droits d'auteur de 1921. D'autre part un mot de vous à l'imprimeur pour qu'il tire ( au lieu d'une telle quantité de choses qu'il ferait mieux de " retirer " modeste calembour ) Guermantes I ( il y a à lire encore des Guermantes II, Sodome I ) et Sodome II ( le tome en 3 volumes )
            Bien affectueusement à vous


                                                                                          Marcel Proust

J'ai dit bêtement écrivant mal j'attends mes droits d'auteur de 1921. Or je n'attends nullement ces droits mais bien que vous me disiez le chiffre des droits que j'ai touchés. Si je me sentais moins faible un de ces jours de la semaine dans la soirée, pourrais-je vous demander de venir un instant pour que nous parlions de tout cela. Mais sans attendre répondez-moi


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                                                     A Gaston Gallimard

                                                                                                6 octobre 1922

 ireneetlalitterature.wordpress.com                                                            Mon cher Gaston
Résultat de recherche d'images pour "marcel proust je suis mort"            Les amis qui se plaignaient du manque de mes livres, étant peu de la partie, j'espéraient qu'ils se trompaient. Hélas non. J'ai vu Tronche qui m'a-t-il dit à plusieurs reprises, et il y a 2 jours encore, a fait réclamer Guermantes II et a reçu de la N.R.F. la réponse  : Livre en réimpression. Il a même manqué plusieurs affaires par le manque de Guermantes I. Comment est-il possible qu'on vous laisse dans une pareille ignorance de nos livres. Je suis trop fatigué pour vous en écrire plus long. Du reste un coup de téléphone donné par vous à Tronche, dont vous savez la loyauté, suffira pour vous expliquer non pas tout, mais le plus nécessaire.
            Croyez-moi mon cher Gaston bien affectueusement à vous


                                                                                      Marcel Proust

Que de choses à vous dire si j'allais moins mal. Peut'être la semaine prochaine un jour [?] répit permettra-t-il cette conversation où sans épuiser tout ce que nous avons à dire, nous pourrons causer au hasard des idées qui viendront et qui même quand elles ne seront pas identiques chez les deux, n'empêche pas le sentiment amical d'être le même. - . Je ne vous traduis pas parce qu'il usait d'une polémique trop violente, le sentiment d'un de mes amis quand au moment du prix Goncourt les jeunes filles se trouvèrent épuisées. Mais enfin là il y avait l'excuse de l'imprévu. Tandis que maintenant il   n 'y a nul imprévu, on rentre, on demande Sodome II. Epuisé. Nous jouons de malheur pour deux bons amis dont cela n'altère en rien l'affection


                                                                                       MP


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                        A Gaston Gallimard

                                                                                      30 octobre ou 1er novembre 1922

            Mon cher Gaston je me sers, étant donné mon état ces jours-ci quelle force - dont je me sers aussi pour écrire à Jacques - je vous accuse réception et remercie bien tardivement des 4 000 fr, non   3 000; ( J'aurai à vous parler à ce sujet .) Je crois en ce moment que le plus urgent serait de vous livrer tous mes livres. L'espèce d'acharnement que j'ai mis pour La Prisonnière ( prête mais à faire relire, le mieux serait que vous fassiez faire les 1res épreuves que je corrigerai ) cet acharnement        [.. ? ] dans mon terrible état de ces jours-ci, a écarté de moi les tomes suivants/ Mais 3 jours de repos  peuvent suffire. Je m'arrête adieu cher Gaston


                                                                                 Marcel Proust


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                                           A Marcel Proust

                                                                                                     7.11.1922
Monsieur Marcel Proust
     44 rue Hamelin
           Paris

            Mon cher Marcel,
            J'ai bien reçu votre manuscrit. Je l'envoie de suite à la composition. Je vous enverrai des épreuves dès que je les aurai.
            Dès que vous serez en état de me recevoir, faites-le moi savoir. Il y a si longtemps que je ne vous ai pas vu !
            Je vous envoie toute mon affection.


                                                                             Gaston Gallimard

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                                Marcel Proust est mort quelques jours plus tard,
                                le 18 novembre
                                Son frère le Dr Robert Proust et Jacques Rivière reprirent le manuscrit
                                pour le réviser et il parut en novembre 1923




        

lundi 24 avril 2017

Sonnet de revers Jean Goudezki Gaël'Imar au grand pied Alphonse Daudet et Paul Arène ( Poèmes France )

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                                     Sonnet de revers
                
                                                      ou l'angoisse d'un ministre déchu

            Ma vie à fonds secrets pleure le Ministère,
            Le pouvoir éternel en un moment conçu ;
            Le mal n'est pas mortel et je saurai le taire,
            Car, si je fus monstre, on avait rien su.

            Ainsi j'aurai passé, ministre inaperçu,
            Aussi rampant qu'un ver et non moins solitaire,
            Et je vais retourner à mes pommes de terre,
            Osant tout demander, mais ayant peu reçu.
           
            L'électeur, quoique Dieu l'ait fait naïf et tendre,                           pinterest.fr  
Résultat de recherche d'images pour "elections dessins humour 19- siècle"            Va peut-être à présent m'oublier sans entendre
            Les appels du scrutin placardés sur ses pas.                            

            A l'austère devoir correctement fidèle,
            Demain Périer va dire, en lisant la nouvelle :
            Quel était ce monsieur ? et ne comprendra pas.

                                                                                               
                                                                     Jean Goudezki                  la coccinelle de Gotlib
                                           in Le Chat noir, 15 décembre 1894
            Extrait des Fumisteries
            Ce poème est une parodie d'un texte de Félix Arvers indique   les auteurs de l'anthologie                                                                   coccinelle de gotlib        



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                                        Gaël'Imar au grand pied

            Dans un grand lit sculpté, sur deux larges peaux d'ours,
            L'écuyer Gaël'Imar pres de la reine Edwige
            Repose ; - Ainsi que la loi danoise l'exige,
            Ils ont entre eux, veuf de sa gaine de velours,

            L'acier d'un glaive nu qui les tient à distance.
            Le vieux roi fait la guerre en Chine ; il a chargé
            Gaël'Imar d'épouser sa femme en son absence.
            - ' Oh ! qui m'arrachera du coeur l'ennui que j'ai ?

            Je meurs si je n'obtiens ce soir un baiser d'elle,
            Et le roi me tuera, certes ! si je le prends ! "
            Dit Gaël'Imar, seigneur très sage et très fidèle.
            - " Qu'il est beau, dit Edwige, et qu'il a les pieds grands !

            Comme il sied aux héros qui vont à la bataille,
            Il est couvert de fer forgé..., casqué de fer...,
            Ganté de fer..., chaussé de fer..., et puis l'entaille
            Qui lui trancha la joue est charmante ! " - L'Enfer

            Inspire aux amoureux un désir âpre et sombre...
            Tout sommeille... L'un vers l'autre les beaux enfants
            Se sont tournés. " Je t'aime ! " ont dit deux voix dans l'ombre.
            Mais le grand sabre : " Holà ! moi je vous le défends !"

            Comme un puissant baron qui chasse dans les plaines,              muskiefoundation.org
Résultat de recherche d'images pour "oliphant"            La Luxure en leurs coeurs sonne ses oliphants,
            Ils se cherchent ; déjà se mêlent leurs haleines...
            Mais le grand sabre : " Holà ! moi je vous le défends ! "

            Ce fut toute la nuit des angoisses mortelles,
            Un loup toute la nuit près des portes hurla,
            Et la lune en passant ouït des choses telles
            Qu'elle en pâlit... Mais quand finit cette nuit-là,

            A l'heure où le soleil dans la neige se cabre,
            Où le renard bleu rentre au fond des antres sourds,
            Dans le grand lit sculpté, sur les larges peaux d'ours,
            Ils étaient froids tous trois : Lui, la Femme et le Sabre !


                                                         Alphonse Daudet et Paul Arène

                                             in Le Parnassiculet contemporain 1867

                                                          Extrait des Fumisteries
         

            

samedi 22 avril 2017

Catéchisme laïc Georges Darien ( Nouvelle France )

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                                                 Catéchisme laïc

- Qu'est-ce que c'est que la France ?
- C'est un pays libre.
- Pourquoi est-elle libre ?
- Parce qu'elle est en république.
- Comment savez-vous qu'elle est en république ?
- Parce que c'est écrit sur les feuilles des contributions.
- Qu'est-ce que c'est que le Parlement ?
- C'est l'assemblée des élus de la nation. Par conséquent de l'élite de la nation.
- Quel est le rôle du Parlement ?
- Travailler sans relâche au bonheur du peuple.
- Le Parlement s'acquitte-t-il toujours de sa mission ?
- Toujours.
- En quoi consiste le bonheur du peuple ?
- Il consiste à payer les impôts.
- Pouvez-vous dire pourquoi ?
- Certainement. Le produit des impôts entre dans les caisses de l'Etat ; et comme l'Etat c'est tout le monde, plus il devient riche, plus tout le monde devient riche.
- Quels doivent être les sentiments d'un citoyen à l'égard d'un membre du Parlement ?
- L'admiration et le respect.                                      
Résultat de recherche d'images pour "IMPOTS dessins humour 197 SI7CLE"- Cette règle souffre-t-elle des exceptions ?
- Pas une.
- Qu'est-ce que c'est que l'Etat ?
- C'est la forme agissante de la Patrie.
- Qu'est-ce que c'est qu'un fonctionnaire ?
- C'est la forme de cette forme.
- Quels sont les devoirs d'un citoyen à l'égard d'un fonctionnaire ?
- L'obéissance et le respect.
- Cette règle est-elle absolue ?
- Oui. Si l'on cessait de respecter les fonctionnaires et de leur obéir, ils disparaîtraient.
- Quelle serait la conséquence de cette disparition ?
- L'anarchie. La barbarie.
- Comment pouvons-nous tenir en échec cette barbarie ?
- Par le libre jeu de nos institutions qui nous mettent au premier rang des peuples civilisés.
- Qui nous a dotés de ces institutions ?
- La Loi ; c'est-à-dire la volonté populaire.
- Comment s'exprime cette volonté ?
- Par la voix des mandataires du peuple.
- Que représentent donc ces mandataires ?
- La Patrie.
- Qu'est-ce que c'est que la Patrie ?
- La portion du globe où un homme s'est donné la peine de naître, et où il peut continuer à vivre tant que l'argent ne lui manque pas, qu'il paie ses impositions et qu'il ne gêne point le gouvernement.
- Jusqu'à quel point un citoyen doit-il aimer sa patrie ?
- Jusqu'à la mort.
- Comment appelle-t-on un citoyen qui remplit ses devoirs ?
- Un contribuable.

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                                                                            Georges Darien

                                         extrait de Naissance de l'humour moderne 1870 - 1914
            


vendredi 21 avril 2017

Correspondance Proust Gallimard 16 ( Lettres France )

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                                                                                                       Samedi 2 septembre 1922

            Mon cher Gaston
            Votre lettre me désole. Elle s'est d'ailleurs croisée avec une où je disais en substance à Jacques : Si Gaston, comme je suppose, dans la réponse détaillée que je vais recevoir de lui, pose la question sur le terrain amitié, je céderai, sans doute quoique je trouve même dans l'intérêt de la N.R.F. que c'est absurde. Mais si je publie dans les Oeuvres libres la Prisonnière que j'ai refusée à diverses revues pour vous plaire, je ne peux pas la déflorer en vous donnant des Extraits.
            Or je reçois une lettre où vous vous intitulez Administrateur délégué de la N.R.F. Pour éviter tout froissement je mets à part mon cher ami Gaston Gallimard pour qui mon affection sera ainsi préservée, et je vais répondre à M. l'Administrateur délégué de la N.R.F.        
            1° Je n'ai jamais traité avec M. Gallimard administrateur de la N.R.F. J'ai traité avec M. Gallimard directeur de la N.R.F. C'est sur ce traité que nous marchons. Or ce traité me demande la moitié de mes droits si je fais reproduire mon livre par un autre éditeur. Pour le faire reproduire, il faudrait qu'il fût paru. C'est ce qu'on appelait autrefois tous droits de traduction et reproduction réservés. En vertu de cette clause vous ne m'avez pas permis de donner une édition de luxe de Swann chez je ne sais plus qui, de morceaux choisis etc. Je me suis, comme toujours, incliné avec la plus grande docilité. Mais ici il s'agit d'une oeuvre inédite. Une telle prétention est insoutenable. Le cas de Morand est différent me dites-vous parce qu'il ne vous a pas consulté. La belle raison ! Alors il n'y a qu'à ne pas vous consulter pour être libre et l'excès de déférence et de soumission envers vous est au contraire puni par vous. Les facilités de paiement que j'ai données à la N.R.F. devraient être une raison de plus de ne pas élever cette prétention. Rien que les intérêts dus depuis les Jeunes filles etc dépassent la somme des Oeuvres libres. Comme je suis un peu fatigué j'arrête une discussion que je reprendrai.
            J'ajoute que tout cela ne veut pas dire que je donnerai La Prisonnière aux Oeuvres libres. J'hésite. Mais la lettre de l'Administrateur délégué me fait fort pencher de ce côté-là. En tous cas à Gaston Gallimard reste acquise la tendre affection de


                                                                                         Marcel Proust


                                                                                                            3 septembre 1922

 Post-Scriptum ou plutôt deuxième lettre

           Mon cher Gaston                                                                        
Résultat de recherche d'images pour "watteau"           Un souvenir d'il y a deux ou trois ans  m'évitera la fatigue de prolonger la discussion et vous expliquera pourquoi depuis hier je suis plus porté vers les Oeuvres Libres, vous me dîtes très gentiment ( ce que je n'aurais d'ailleurs pas accepté ) que quand les Oeuvres libres m'offriraient ainsi une publication fructueuse, vous préfériez que je refuse et me donner la somme qu'elles m'auraient allouée. C'est exactement ce que Robert de Flers m'avait demandé de proposer à Réjane, qui voulait jouer Madame Sans Gêne dans des conditions qui feraient selon lui tort à la pièce et à elle-même. J'étais chargé de lui offrir tant pour toutes les représentations où elle ne jouerait pas. Mais je n'ai de commun avec Réjane que la maladie ( non que je veuille jeter la pierre à une femme dont je crois que les qualités morales étaient très grandes ), et je n'ai jamais accepté cette proposition. Seulement entre être payé pour ne pas écrire dans les Oeuvres Libres, - et verser à N Revue française la moitié de ce que me donneront les oeuvres libres - la différence, la contradiction est trop grande. - . J'ai reçu la N.R.F. et j'ai vu qu'on avait annoncé le Sommeil d'Albertine sans mon autorisation. J'en suis désolé pour Jacques, mais si je donne la Prisonnière aux Oeuvres libres, je ne la déflorerai pas de ses moins mauvais morceaux. - . Au reste ces annonces sont sans importance. Le Figaro avait annoncé jadis ( et pas comme la N.R.F. mais avec toute une tartine sur moi ) un long feuilleton " Odette mariée ". Je me suis ravisé un mois après et cela n'a fait aucune difficulté. Mon cher Gaston vous recevrez mon post-scriptum en même temps que ma lettre, mais comme c'était Samedi et Dimanche, jours où vous êtes absent, je ne me suis pas trop pressé, ayant eu des crises d'asthme affreuses. Du reste j'ai énormément à travailler, car vous ne savez pas le souci que j'ai de ne pas vous donner de livres trop mauvais. Et je recommence pour la 3è fois ma Prisonnière dont je ne suis pas content et ayant un mal infini à déchiffrer les corrections et surcharges que j'ai apportées aux feuilles, sans cela claires, de ma dactylographe.
            Je pense que les raisonnements de ma lettre et de mon post-scriptum vous sembleront irréfutables. J'espère surtout que vous croiriez à ma fidèle et tendre amitié


                                                                                          Marcel Proust

je me tue à écrire des volumes en faveur de Jacques pour le Prix Balzac.
            Malheureusement c'est surtout un prix Grasset de sorte que je n'ose pas former trop d'espoir.


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                                                                                                            4 septembre 1922

 rivagedeboheme.fr                                                       Mon cher Gaston
Résultat de recherche d'images pour "watteau arlequin"            J'écris assez difficilement à cause d'accidents nouveaux que j'ai eus hier. Mais je veux vous remercier de votre solution si généreuse. Pour ma part je vous donnerai les meilleurs extraits ( non pas les plus nombreux ) comme Le sommeil d'Albertine et même ( ce que je n'ai jamais fait de mieux ) certains morceaux de La Fugitive, sans attendre que La Prisonnière ait paru. Pour ces divers extraits je n'accepterai pas un centime de rémunération de la N.R.F. de sorte que je tâcherai de reconnaître ainsi votre gentillesse. Pour les Oeuvres libres désirez-vous un autre titre que La Prisonnière ? Les recommandations d'Aimée que j'ai faites ont eu plus de résultat que je ne pensais. Un autre service, pas pressé puisque vous partez. J'ai acheté en 1913 ( 1913 ) trois actions de mille francs chacune du Vieux Colombier. Je crois que ce serait assez facile à vendre car je désire m'en débarrasser n'ayant pu mettre une fois les pieds au Vieux-Colombier et pour d'autres raisons ( la difficulté de ma vie ), mais peut-être pourriez-vous m'y aider connaissant beaucoup ce milieu. Je ne désire nullement que nous hâtions le règlement de nos comptes. Je l'ai accepté ainsi et il est mieux de nous en tenir ainsi. Où je crois que vous faites erreur c'est en croyant que ce procédé ne s'appliquait pas au seul passé, mais aux tirages nouveaux. Puisque vous me dites que vous avez arrangé cela avec Tronche le mieux sera qu'à votre retour, vous en parliez avec lui. Pour le côté utilité des Oeuvres libres pour la N.R.F. ( et qui, j'ajoute, n'est nullement ma raison, mais l'utilité Marcel Proust argent ) si je crois que c'est très utile rappelez-vous que j'ai "quelquefois " raison. J'ai mis au moins 5 ans à vous faire adopter le système des gros caractères ( d'imprimerie ) et voyez le beau résultat ! - . Je vous en prie quand vous serez revenu faites-le moi dire. La correspondance est d'autant plus difficile que tandis que je croyais que vous alliez chez M. votre frère en Vendée, vous alliez chez vos imprimeurs où mes lettres se perdaient. D'ailleurs vous voyez depuis hier et la nlle crise, la peine que j'ai à écrire. J'ai reçu de Bénerville, car vous n'habitez pas seul Bénerville, bien qu'y possédant le plus beau château, une lettre de Guiche relativement aux articles sur Sodome et Gomorrhe. Je crois que vous la lirez avec plaisir. Elle prouve qu'un homme du monde intelligent a souvent plus de jugement que de savants critiques. A propos de critiques, vous ai-je dit combien j'avais regrettéque vous eussiez omis l'article de Bidou dans l'énumération des articles sur mon livre. Mais au fond cela n'a aucune importance. Croyez à toute ma reconnaissante amitié je n'en dis pas plus car ma main ne peut tracer les lettres
            Affectueusement à vous


                                                                                          Marcel Proust


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                                                 A Gaston Gallimard
                                                                 
                                                                                        Peu après le 7 septembre 1922

            Mon cher Gaston                                                                          pinterest.com    
Résultat de recherche d'images pour "watteau arlequin empereur dans la lune"            J'ai été infiniment touché par votre noble et charmante lettre. Et c'est la raison pour laquelle j'affronte le supplice de vous écrire aujourd'hui. Car j'ai de tels étourdissements qu'écrire ne m'est pas agréable ( d'ailleurs à cause des Oeuvres libres et de mon travail je reprends ma dactylographe, mais cela était trop confidentiel pour lui dicter ). Dès que je mets les pieds hors du lit, je tourne sur moi-même et je tombe. L'explication finale que j'ai trouvée mais qui est peut'être fausse, est que depuis mon dernier feu de cheminée il y a beaucoup de fissures dans la cheminée et comme je fais du feu, peut'être est-ce un peu d'asphyxie. Il faudrait sortir ; mais pour sortir il faudrait aller jusqu'à l'ascenseur. Vivre n'est pas toujours commode. Comme j'ai un peu d'amnésie consécutif à tout cela, je vous redirai peut'être des choses déjà dites. En un mot ce que je donnerai aux Oeuvres libres sera moins long que Jalousie qui vous vous en souvenez n'était qu'un extrait de Sodome II, sur lequel sa publication ( de Jalousie ) a eu la plus heureuse influence, car aucun de mes livres n'a eu autant de succès que Sodome II. Comme pour Jalousie je compte changer le titre. A mon avis il vaut mieux que ce soit votre volume qui s'appelle La Prisonnière, et pour l'Extrait ( qu'ils nomment toujours roman complet, Jalousie aussi, mais tout le monde comprend ) des Oeuvres libres prendre un titre différent, tout à fait différent. J'avais hier pensé, devant votre préférence pour les pures Revues à donner cela à la Revue de France qui me l'avait demandé ou à Chaumeix ( idem ). Mais un des avantages des Oeuvres libres est que comme le public est moins soucieux de littérature, je peux détacher pour la N.R.F.  ( revue ) les morceaux les mieux, ce que je ne pourrais pas pour les 2 autres revues plus " littéraires ". D'ailleurs je doute que la Revue de Paris m'ait donné un prix égal, or la cause est uniquement ces difficultés d'argent ( je vous avais demandé de les supprimer en me donnant des conseils pratiques qui en diminuant mes dépenses m'eussent dispensé d'élever mes recettes. Je sais bien que cela ne fait pas partie des fonctions d'un éditeur. Mais vous êtes aussi un ami, et un grand ami ). J'ai tellement de choses à vous dire que je n'y réussirais pas dans cette lettre, tâchez donc de me dire quand vous comptez revenir. Le jour de votre départ ( mercredi ) j'ai fait téléphoner partout mais sans succès.
            Je ne pense pas que la N.R.F. annonce à nouveau Le Sommeil d'Albertine ( que je lui donnerai selon le désir de Jacques pour le n° de Novembre ). Mais si vous l'annoncez à nouveau annoncez-le non plus comme Le Sommeil d'Albertine, mais ainsi " La regarder dormir ".
            Si vous citez l'article de Bidou dans la Revue de Paris ( c'est d'ailleurs inutile après tant de mois ), vous feriez bien d'ajouter l'article de Jaloux dans l'Eclair d'il y a un jour ou 2. J'avoue que je serais très content que l'Intransigeant ou le Figaro donnent un extrait de la seconde partie de cet article de Jaloux et de la lettre de Vettard. Mon cher Gaston mes forces sont à bout et je vous quitte brusquement et tendrement


                                                                                                         Marcel Proust
                                                                                                                                                                                                   


                                           




            

mardi 18 avril 2017

Karl Marx Une vie dessinée Corinne Maier Anne Simon ( BD France )


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                                                                   Karl Marx
                                                                                   
                                                                                          Une biographie dessinée

            Un jour de 1818 naît à Trêves (..... petite ville de Rhénanie sous domination prussienne..... ) un charmant bébé, troisième d'une lignée de neuf enfants, et de parents d'une famille de rabbins. Le contrôle de l'Etat empêche les enfants juifs de pratiquer certains métiers. Le petit Karl refuse l'ordre paternel, il refuse le baptême protestant pour pratiquer un métier ouvert à tous. Personne ne choisira pour lui. Têtu il demeurera toute sa vie laïc. Et épousera dès que ses finances le lui permettront, Jenny, catholique, fille du baron Westphalen. Les moeurs évoluent, le premier moteur électrique et le premier train. Le petit Karl Marx doit choisir un métier. Inscrit à l'université de Bonn en 1835  il s'amuse beaucoup. Mais il a un choc en lisant un maître de la philosophie allemande qui vient de mourir, Hegel. "..... La raison gouverne le monde. L'Histoire a donc un sens, mais lequel ?..... " Il se sent l'envie de poursuivre des études de philosophie, oui mais lui répondent certains, " ......Mais ça ne sert à rien.... " Très occupé il doit lire, travailler, réfléchir, étudier : " .... Qu'est-ce que l'homme ? La vie est une plaisanterie..... Qui suis-je ? Où vais-je ?..... " Il part à Cologne où il devient rapidement rédacteur en chef de la Revue Rhénane juste créée. Heureux, il est " Révolutionnaire, athée " et la gazette titre " Il nous faut un état laïc......" Changement dans les familles des deux jeunes gens, quelques sous en poche Karl et Jenny se marient et s'envolent vers Paris où le philosophe-journaliste créée Les Annales franco-allemandes, là un jeune homme lui propose un article, Engels. Leur amitié sera longue. Karl Marx souligne la misère ouvrière, mais dépense sans compter, mettant à mal sa petite famille. Craint autant dans son pays qu'en France, il doit s'exiler et terminera ses jours à Londres ayant écrit beaucoup, surtout son grand livre Le Capital. Il se désole d'être si peu lu, et c'est peu après sa mort que ses écrits vont se vendre. Il vécut de Londres "..... Jenny Napoléon III a déclaré  la guerre à la Prusse..... " Sa réflexion " .... Ma théorie n'est pas scientifique. Je n'arrive pas à la traduire en équation. Me voilà encore englué dans les idées..... " Les dessins aussi réjouissants que le texte. Voir par les mêmes auteurs  Einstein une vie dessinée.







lundi 17 avril 2017

Correspondance Proust Gallimard 15 ( Lettres France )

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                                                           A Gaston Gallimard

                                                                                                               Jeudi 20 juillet 1922

            ( à lire jusqu'à la fin )

            Mon cher Gaston
            Votre lettre me touche sans me convaincre. La publicité de Sodome et Gomorrhe II a été faite uniquement grâce à l'amitié que certains écrivains me portent. Quant à M. Havard de la Montagne je ne peux pas parler d'amitié mais j'étais justement hier matin mercredi en correspondance avec lui. Et précisément comme sa lettre, suivant de la rue Laurent Pichat ou du Bd Haussmann, je n'ai pas l'enveloppe là ( mais je ne l'ai pas jetée et pourrai vous montrer par là la rigoureuse exactitude de mon dire ) me remercie d'une amabilité que j'ai à son égard, je souhaite beaucoup qu'il fasse payer comme publicité la note qu'il insérera, s'il en insère une ( il est fort possible qu'il n'en insère aucune, ce ne sera que plus intéressant pour moi à cause du dessous des cartes que je suppose et où vous n'êtes pour rien. Dans ce cas il faudra se garder d'insister, ne pas renouveler la demande et se rabattre sur la publicité de l'Oeuvre qui est excellente ), de façon à ne pas avoir l'humiliation de paraître lui demander dans les 24 heures le remerciement de ma petite amabilité. Robert de Flers m'a dit qu'il se refusait à recevoir un centime de moi, au reste à quoi bon commencer une énumération. La note simili Morand pour Eve : " A ne pas laisser lire aux jeunes filles " n'a jamais paru non plus que " Pour emporter en voyage " qui inondent les journaux mais pas pour moi. Enfin vous allez me trouver bien insupportable mais les Extraits dont vous me parlez pour le n° d'Août de la N.R.F. ne me font pas plaisir.
Du moment qu'on les faisait, j'aurais aimé choisir moi-même 
2° Mais pourquoi les faisait-on ? Les lecteurs de la N.R.F. sont précisémBent mes lecteurs. Vous me parlez même gentiment, de faire envoyer ces extraits à la Librairie Gallimard. Mais ne voyez-vous pas que c'est simplement mirer notre propre reflet ? Ecrire aux lecteurs de la Librairie Gallimard : " La Revue de Paris par la plume de M. H. Bidou a fait un grand éloge de M. M. Proust " n'est-ce pas un peu ce petit jeu qu'on faisait enfant et où on se mettait à la poste pour soi-même des lettres d'amour qu'on avait écrites. Sur un point particulier j'ai à m'excuser, car j'ai eu l'air de ce qu'il vous a semblé trouver que Tronche faisait mieux ses démarches ( Tronche qu'entre parenthèses je n'ai pas vu depuis des mois, j'espère qu'il va bien. Et sa femme ? ) Or je ne voulais nullement dire cela, ne supposant pas que vous auriez la gentillesse de vous déranger vous-même, je voulais dire : " Envoyer non pas tel secrétaire malhabile, mais quelqu'un ayant le tact ferme de Tronche ". Vous n'étiez nullement en cause, comment pourriez-vous le penser !! Je ne voudrais pas davantage que vous crussiez Tronche en cause dans ce que je vais vous dire et que j'ai appris par une toute autre voie. Que des écrivains de la valeur de Gide et semblables soient payés autant ou plus que moi, cela me semble plus que naturel. Mais j'ai été très peiné je l'avoue ( avec contrecoup matériel fort cuisant ) d'apprendre que tel de vos auteurs, homme intelligent, compétent en questions ouvrières, mais que vous-même jugez un écrivain de 3è plan ( en quoi je prenais au contraire sa défense contre vous qui à mon avis attachiez trop d'importance à son français, à son style ) était beaucoup plus payé que moi. Je n'ai nullement insisté l'autre jour sur la question des tirages non réglés. C'est certainement vous qui avez raison. J'avais compris que mes mensualités étaient pour régler le passé mais que les ouvrages nouveaux seraient payés au tirage selon le traité ( sans quoi nous n'arriverons jamais à nous rejoindre ! ). Certainement j'avais mal compris, j'ai même honte de revenir sur mon erreur. Mais que M. P. H. et d'autres aussi me passent devant me semble cruel. Cher Gaston cette éternelle question de gros sous me remonte comme une boue dont je voudrais me laver en une fraternelle poignée de mains avec vous ( le comique d'une métaphore aussi incohérente me console un peu de dire des choses si vulgaires ). Et je suis sûr que si vous me donniez de bons conseils pratiques vous me rendriez plus service qu'en me payant davantage. On s'enrichit autant en diminuant ses dépenses qu'en augmentant ses revenus. Ce n'est peut-être pas d'un très bon homme d'affaires de vous le dire mais c'est l'épanchement d'un ami qui est très à vous                                           artnet.com   
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                                                                         Marcel Proust

Vous me faites beaucoup de peine en me disant que votre vie est niaise. Elle est superbe. Vous avez attaché votre nom au plus marquant des mouvements littéraires de notre temps. A l'étranger ( et j'ai de bonnes raisons - que je ne vous dis pas parce que sur un autre point cela ramènerait des divergences entre nous - pour le savoir ) la N.R.F. est qq chose comme le Parnasse ou le Symbolisme. Je comprends qu'attacher son nom à une oeuvre puisse ne causer aucun plaisir quand c'est gâché comme c'est le cas pour moi, par des souffrances physiques constantes qui empêchent pour moi la production même du plus léger plaisir. Dans ce cas, séparé par le malaise constant du bonheur, on ne peut rien éprouver. Mais ce n'est pas Dieu merci votre cas ; non seulement vous avez une bonne santé, mais vous êtes un sage qui prenez du Vittel. De plus votre nom n'est pas attaché à une seule oeuvre individuelle, mais à un Cycle, la N.R.F. Voyez la vie sous cet angle, et vous serez fier et heureux. Le bonheur est en effet à condition qu'on ne le prenne pas pour but, mais une grande cause. Je connais des gens malheureux parce qu'ils calculent qu'ils ont un an de plus, ou des choses de ce genre. Le bonheur pris comme but se détruit à pleins bords. Il coule à pleins bords chez ceux qui ne cherchent pas la satisfaction et vivent en dehors d'eux pour une idée. Je vous répète qu'on ne peut tabler sur mon cas qui est une pure exception. Quelqu'un qui mène ma vie et souffre sans cesse est presque un monstre ( je ne veux pas dire de méchanceté car je suis le contraire ). Mais il me faut raisonner sur ces exceptions qui sont heureusement si rares. Sans cela à tout on pourrait objecter un exemple absurde. La pauvreté, la médiocrité peuvent favoriser la vie intellectuelle. Cela ne veut pas dire que la misère noire, les jours sans pain, les nuits sans toit, sont féconds. Cher Gaston je m'arrête car dans mon désir de vous persuader ( parce que j'en suis convaincu )que votre vie est très belle, je me suis un peu trop fatigué. Un dernier mot, j'aurais besoin de savoir dans le plus bref délai si la Revue Rhénane a publié en fis une partie de l'article de Curtius. Nombre de mes envois me sont revenus par erreur  d'adresse. C'est navrant. Votre liste était atroce. Avez-vous les Confessions d'un mangeur d'opium de Quincey ? Pour Les Possédés, je crois que Morand va me les prêter. Je n'en peux plus tout à vous


                                                                                      Marcel Proust


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                                             A Gaston Gallimard

                                                                                           Samedi 22 juillet 1922

            Mon cher Gaston                                                                           youtube.com
Résultat de recherche d'images pour "utrillo peintre"            Je suis bien maladroit, je vous ai écrit deux longues lettres moi qui écris si difficilement. La 1ère avait pour but de vous donner, par le récit de cet entretien avec Brach, le sentiment des amitiés que vous excitiez, à défaut de celle que ma santé m'a jusqu'ici empêché de pratiquer avec vous - non de ressentir pour vous. ( Le soir où je suis sorti avec Brach, nous vous aurions fait signe si cela ne s'était trouvé être un Samedi jour où on ne peut vous atteindre, très exactement je crois il y a eu Samedi 15 jours, ou plutôt il y aura aujourd'hui 15 jours. La seconde lettre avait pour but de mettre de la joie dans votre vie en vous montrant qu'au contraire de ce que vous disiez elle était belle et importante. Et si je dis que c'en était le but vous êtes trop fin pour ne pas l'avoir vu sans que je vous le dise. Car vous pensez bien que la question du règlement des tirages n'était pas le but puisque je vous disais moi-même que cela provenait seulement d'une erreur de ma part et que j'approuvais pleinement votre méthode. Et pas davantage des annonces dans la N.R.F. puisque le n° étant fait à cette date vous n'y pouvez plus rien changer. ( A ce propos vous me dites : " Mais c'est vous qui vous plaignez quand la N.R.F. ne parle pas de vous. " Si je n'étais si fourbu ce soir je vous montrerais que la contradiction n'est qu'apparente ). Pour la chose d'Eve et du Gaulois excusez-moi je n'ai pas besoin de vous dire que je vous crois comme parole d'évangile, mais je n'avais jamais reçu ces annonces. J'étais donc excusable de supposer le contraire. Il me serait bien difficile d'être précis pour M. Pierre Hamp ( puisque vous avez deviné son nom ). L'impression qui m'était restée était que M. Hamp avait des droits inférieurs aux miens, mais que se croyant une sorte de Zola actuel, il avait en qq sorte bluffé et tenu le coup en refusant de continuer à écrire sans des droits supérieurs aux miens qui lui avaient été octroyés. J'ajoute que je le dis sans aucun sentiment malveillant pour lui, car tout auteur peut très sincèrement s'imaginer qu'il est supérieur aux autres. Il en est même au fond très peu qui ne vivent dans cette persuasion. Persuasion illusoire sans doute pour nous tous mais qui chez M. Hamp a la justification au moins d'un talent réel, et aussi d'une spécialisation qui le rend en qq sorte incommensurable. Les prix que vous me dites ne m'apprennent pas grand chose car il s'agit de livres de longueur et de densité fort différentes. En tous cas mon erreur puisque vous me dites que j'ai fait une erreur me vaut de votre part la gentille affirmation qu'aucun auteur de la Revue n'est de votre part l'objet d'une sympathie aussi amicale et zélée que moi. Je suis persuadé que vous ne me le diriez pas si ce n'était pas la vérité nue. J'y suis très sensible et je vous en remercie sincèrement. - . Je crois mon Canossa complet. J'ajoute 3 détails d'ordre pratique ou plutôt 4. J'aurais gd intérêt à savoir si la revue Rhénane  qui a annoncé la publication de la pl gde partie de l'article de Curtius sur moi, a effectué cette publication et où je peux trouver le n° - 2° Jacques m'avait dit ( à moins que je n'aie mal compris ) que Paulhan me préciserait comment je devais faire ma réponse à Thibaudet sur Flaubert. Les semaines ayant passé sans recevoir une seule communication à cet égard, je n'ai pas fait la réponse à Thibaudet sur Flaubert. 3° J'ai l'intention de vous envoyer d'ici peu le manuscrit de Sodome et Gomorrhe IV ( La Prisonnière ) afin d'en avoir les 1ères épreuves que je remanierai fort. Le grand intérêt pour moi est de me rendre compte si cette " Prisonnière " sera assez courte pour que je puisse faire paraître en même temps sa suite la Fugitive, car si, matériellement, il est certain que les livres courts se vendent mieux, dans mon cas, comme j'ai réussi jusqu'ici à ne pas dégringoler, il ne faudrait pas, pour avoir un ouvrage moins long, faire dire ! " Il est très en baisse ". Enfin j'espère que je n'ai pas fait à Sodome et Gomorrhe II un tort bien grand en ne donnant pas rendez-vous à M. Level de l'Eclair qui il y a qq temps m'avait demandé de faire suivre d'un " Chez Marcel Proust " son Chez Maurice Barres ". Si cependant vous jugiez que j'ai eu tort je pourrais réparer quand je serai reposé c'est-à-dire entre 8 et 15 jours. Mille affections


                                                                                                 Marcel Proust


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                                          Extrait d'une lettre de Roger Allard à Marcel Proust

                                                                                                          17 août 1922

            Cher monsieur
            J'ai lu avec grand plaisir et profit la lettre de M. Vettard, et je serais au regret d'avoir paru manquer de courtoisie confraternelle aux yeux d'un écrivain qui vous admire avec tant de clairvoyance...........
                    ...........
P.S.
            Quand un heureux hasard me mettra en votre présence j'aurais l'indiscrétion de vous demander où est situé Balbec. J'y ai trouvé des éléments
            - d'Etretat
            - des environs de Dieppe
            - la couleur de paysage du pays de Caux.
            - Et Elstir m'a parfois fait songer à Thaulow
            Je suis Dieppois, c'est-à-dire Cauchois de vieille souche.

                                                                                                        R. A.


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                                                                   A Gaston Gallimard

                                                                                                                       

                                                                                                                      19 août 1922
 
            Cher Gaston                                                                                     emittra.com
Résultat de recherche d'images pour "utrillo peintre"            Je vous écris pour deux raisons. L'une qui sans doute ne soulèvera aucune difficulté car vous désirez vous décharger de cela, est de vous demander de ne pas vous occuper de la vente du manuscrit et des épreuves corrigées, et par conséquent de me renvoyer les épreuves corrigées. Je crois en effet m'être complètement trompé dans les prix que je demandais. Je vous citerai ce seul exemple que je vous demande de garder confidentiel ( c'est-à-dire vous et moi, personne de plus ) mais dont je pourrai en tous cas si vous avez un doute vous faire prouver l'authenticité absolue, un homme que je n'ai vu qu'une seule fois et qui montre un grand jugement dans la direction d'une importante affaire de pétroles, M. Serge André, m'a fait offrir 10 000 fr. ( dix mille fr. ) du manuscrit de  Sodome. J'ai refusé parce que M. Serge André sans me connaître m'a fait mille gentillesses et qu'il me déplaît d'abuser de la gentillesse de quelqu'un. Acheter un manuscrit de moi est une gentillesse pour moi. J'aime mieux la devoir à quelqu'un à qui je suis plutôt en peine d'exprimer ma gratitude ( Pour la même raison je crois vous avoir raconté que je n'avais pas voulu faire faire cette acquisition à des amis à moi qui la désiraient beaucoup ). Je n'ai donc pas donné suite à M. Serge André ( et d'ailleurs ne l'aurais pas pu, tant que vous poursuiviez une négociation différente ) mais elle peut me servir de base et montrer que les manuscrits se vendent plus cher que je ne pensais. - . Comme vous vous étiez occupé de cela par pure obligeance et bonté pour moi, et trouvant assez fastidieux d'être plus ou moins directement en rapport avec des collectionneurs qui ne vous intéressent pas, je pense qu'en vous demandant de me laisser m'en occuper moi-même, je ne ferai que vous délivrer d'un fardeau. D'ailleurs il m'est absolument indifférent que la chose soit faite par vous ou par moi, je sais que votre gentillesse vous guiderait très bien et que la chose serait mieux faite par vous. Le scrupule seul de vous embêter de trop de choses m'inspire. En tous cas si la chose était faite par vous-même je ne voudrais pas davantage que M. S. André fût l'acquéreur. Car cela reviendrait au même, puisque c'est pour moi que vous agiriez.
            J'ai bien peur que la seconde question au lieu de vous débarrasser d'un soin fastidieux, vous contrarie. Et ce serait un chagrin pour moi. Les Oeuvres libres sont toujours restées une pierre d'achoppement entre nous. Et vous savez la docilité avec laquelle je me suis incliné devant un désir qui même au pt de vue de la N.R.F. et de la diffusion de la réputation de ses auteurs, me semblait contestable. Mais j'ai voulu avant tout vous faire plaisir ( vous me direz avec raison que j'exagère et que ne pas vous ennuyer serait plus juste. Mais je suis si mal aujourd'hui que non seulement les termes exacts m'échappent, mais encore comme vous l'avez pu voir, je mets les mots les uns pour les autres et suis forcé de raturer ). - . Mais j'apprends que Morand figure au prochain n° des Oeuvres Libres. Je l'avais moi-même il y a environ un an, quand il n'était pas le gd favori de l'écurie N.R.F., recommandé à Duvernois. Mais c'était resté sans effet et Duvernois ne m'a jamais répondu ( au sujet de Morand ). Maintenant que Morand est votre " as " ( selon l'affreux langage de notre époque ) j'espère que sa collaboration aux Oeuvres libres signifie que vous avez changé d'avis à cet égard. Et je vous avouerai que j'en serais bien heureux. Je serais d'autant plus pressé d'avoir votre sentiment à  cet égard que mon prochain volume : la Prisonnière, est tout à fait romanesque. Devant le désir de Jacques, j'ai renoncé à le donner à Prévost. Mais les Oeuvres libres offrent pour moi un tout autre intérêt. Or Jacques qui voulait pour cette année des extraits de mon prochain livre, les réclame maintenant non seulement pour Novembre comme il faisait encore il y a huit jours, mais pour Octobre et il attend ma réponse à Pontigny. Or si nous plaçant au sens large de la chose, je n'entends pas par là de mon droit auquel cela me ferait du chagrin de sacrifier votre désir, mais de l'intérêt qu'ont les auteurs de la N.R.F. à être lus d'un vaste public, plutôt que relus 2 fois de suite dans la N.R.F. Revue, et dans la N.R.F. Edition, vous conformez votre désir au mien et me dites : " Donnez cela aux Oeuvres libres ", il faudrait que je prévienne Jacques auquel j'offrirais d'ailleurs d'autres compensations. Mais hélas votre point de vue n'a-t-il pas changé depuis le temps, et la collaboration de Morand ne doit-elle être pas considérée comme un signe. ( Remarquez qu'en tout état de cause je serais navré si nous n'étions pas d'accord que Morand en pâtit. Je sais qu'il apprécie beaucoup les Oeuvres libres, et je ne voudrais pour rien au monde si son traité est plus étroit que le mien, que ma demande vous fût une raison de le priver d'un plaisir et d'un gros profit ). Vous serez bien gentil mon cher Gaston de me répondre sur ces deux points. Le second n'est urgent qu'à cause de Jacques. Cher Gaston trop fatigué je signe cette lettre sans la terminer. Mais autant que je me souvienne elle était presque complète. De toute amitié à vous


                                                                                               Marcel Proust