samedi 7 décembre 2013

Autres Avares Tallemant des Réaux ( Nouvelles extrait de Historiettes France )




                                                            Autres Avares
                                                                                                
            Un vieux garçon, connû à la Cour, nommé Voguet, avoit tant fait qu'il avoit obtenu un logement au-dessus de Mademoiselle, dans le château des Tuileries. Il n'avoit ny valet ny servante, couchoit dans un list à l'indienne, comme les matelots. Le tonneau où il mettoit son vin luy servoit de table. Un cabarettier, tous les deux mois, remplissoit son tonneau, et tous les dimanches lui apportoit un potage avec une volaille dessus. Ce jour-là il mangeoit la soupe, et de la volaille il vivoit tout le reste de la semaine.
            Chevalier, premier président de la Cour des Aydes, oncle de feur Madame de Maisons, et dont le président de Maisons d'aujourd'huy tant eu de bien, sçachant qu'on alloit mettre les quarts d'escus à vingt solz, emprunta une grosse somme en quarts d'escus à seize solz, et la rendit quelques jours après à vintgt solz. Montmor, le riche, père du maistre des Requestes, en fit autant à une de ses bonnes amies, et luy renvoya le mesme sac après en avoir osté ce qu'il y avoit de profit.
            Il y a icy un advocat, banquier en cour de Rome, nommé Cousturier ; c'est le plus grand avare du monde, mais il est habile et en reputation ; de sorte que, quoyqu'il prenne bien plus que les autres, beaucoup de gens pourtant vont à luy. Il espousa sa servante, estant déjà fort riche. Il disoit :
            - Je luy feray porter le damas si je veux.
            Présentement il a quatre cent mille escus de bien, et ne dépense que cinq cent livres tous les ans. Toute son ambition, c'est de vivre assez pour mourir riche de deux millions, et il n'a point d'enfants.
            Boulanger, président des Enquestes , si je ne me trompe qu'on appeloit Boulanger Parenture, car il disoit tousjours paranture, au lieu de par aventure, estoit un illustre avaricieux. Il disoit :
            - J'ay quatre-vingt mille livres de rentes. Je creveray  ou j'en auray cent.
            Il en eut cent, et puis creva.                                                                     
            Le frere de Sarrau le conseiller, qu'on appelloit de Boinet du nom d'une terre, avoit voyagé en Egypte. On dit que voyant la peste s'augmenter fort au Caireoù il estoit, il achepta une biere de bonne heure de peur qu'elles ne fussent trop chères. Quand sa première femme mourur, il mit à part le pareil du drap dont elle fut ensevelie afin qu'on le prist pour luy, pour ne pas despareiller les autres. Au mesme temps il se vouloit jeter par les fenestres. Accordez cela. Sa premiere femme estoit propre, et luy n'estoit curieux qu'en linge sale. Quand il pouvait s'empescher de prendre une chemise blanche il disoit :
            - Bon ! Voylà un soû espargné.                                              
            Il avoit un vieux chapeau qui battoit de l'aisle et avoit les bords une fois trop grands. Pour les luy faire rroigner il fallut envoyer crier devant chez luy : " Raignures de chapeau à vendre. " Aussystost il roigne le bord de son chapeau. Mais quand il voulut appeller l'homme, il n'y estoit plus. Au reste, c'estoit un bel esprit. Il eut trois ans entiers un maistre pour luy montrer le trictrac, et n'en put jamais venir à bout.
                                                                                                                                   
                                                                                                                                      
                                                                                              Tallemant des Réaux
                         
* et ** girault de funes l'avare

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