vendredi 23 juin 2017

Sur les chemins noirs Sylvain Tesson ( Roman France )


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                                  Sur les chemins noirs

            Sur de petits chemins, parti de l'extrême sud-est, Sylvain Tesson caresse le pays de ses semelles d'homme qui a réchappé à un grave accident. Il s'était fait le voeu de la traverser à pied cette France, s'il arrivait à remarcher. Et c'est un peu raide, avec des clous dans le dos qui l'empêche de dormir sur ce dos. Mais avant de remonter vers le nord il veut oublier la modernité et cette arrière-pensée "...... assurer une conformité psychique de ce peuple impossible.... " et " ..... quelle était cette langue étrangère..... le plaisir de s'essuyer la bouche d'un revers de la veste après une goulée de vin de Savoie...... " Les épaules portent le sac et les jambes moins douloureuses il avance sur les routes et à travers les sous-bois de Haute-Provence. La pensée de sa mère morte récemment, et puis celle de son idole, François Villon. Il ne parle guère, achète 300 grammes de tome pour 3 euros à une fermière, boit du bouillon et du sirop, pas d'alcool dangereux mélange avec les médicaments. Le 9 septembre il est dans le Comtat Venaissin "..... Les matins étaient difficiles. Il me fallait secouer les mauvais rêves, chauffer les cartilages...... La combe où je descendis dans l'aube était moussue, ombreuse...... " Il poursuit sa route évitant une campagne en miettes. Plus tard vers Tours un ami le rejoint. Ils parcourent 10, 15 kilomètres dans une journée, tous deux habitués des grandes randonnées, lui a aussi un deuil qui l'enveloppe. " Le 17 septembre dans le bois de Païolive.... " Sylvain Tesson poursuit ".... me frayer le plus possible un chemin noir..... j'avais réussi à me tenir sur le réseau des pistes oubliées.... " Il rencontre des Autrichiens, des Anglais installés récemment hors circuit touristique. Plus tard il atteint le Contentin, son but. Sa soeur le rejoint quelques heures. " ..... Je passai la See et allai vers Genêts..... L'âme me montait à la peau, comme disait Théophile Gautier..... " 24 août frontière italienne, deux mois et demi plus tard, jambes raffermies, le 8 novembre ".... Le bord de la carte et la fin du territoire....... "  

jeudi 22 juin 2017

Sélection officielle Thierry Frémaux ( Autobiographie France )



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                                           Sélection officielle

          Vie entre deux films, entre deux villes, de Lyon à Paris voler dans la journée à NewYork, rencontrer Scorcese, le préparer à un hommage à l'institut Lumière, à Lyon où il restera une semaine pour dans le même temps poursuivre le montage de son futur film, puis à Buenos Aires, au festival de Toronto, ainsi Thierry Frémaux parcourt la planète et tient un journal.  Prenant un TGV à 7h 21 à Lyon, arrivé à Paris ( il loge rue de Lyon ) il sillonne la ville allant du 7è arrondissement où se trouvait alors les bureaux du Festival de Cannes, en bicyclette, ailleurs dans la ville. Les fins de semaine sont souvent consacrées à quelque course de vélo. Devenu délégué général du plus couru des festivals, à la suite de Gilles Jacob, il visionne cette année-là, de juin 2015 à mai 2016, 1867 films. L'équipe en repoussera 1800. Ce qui était une passion pour le jeune homme né à Lyon, est devenu un travail parfois harassant. Assez discret, il lui faut convaincre ou repousser. Des noms connus, Sean Penn, Almodovar, Catherine Deneuve, Scorcese, mais aussi beaucoup d'inconnus pour visionner les dizaines de DVD emportés les fins de semaine, mais le courage est compensé par la fréquentation des meilleurs restaurants, des lieux les plus agréables du moment. Le 12 mars à 2 mois de l'ouverture la sélection est à peine ébauchée, certains films en montage, tel celui de Woody Allen prévu pour l'ouverture, hors compétition. L'organisation de 10 jours de festivités cannoises est une ruche. A Cannes le Blue Bar disparu au profit de l'Agora est regretté. Cannes et son important marché du film. Pourtant à Odessa le délégué général du festival cannois est touché par la ferveur du petit festival. A Lyon où il mène une vie familiale assez discrètement évoquée dans le livre, ce grand amateur de cinéma s'occupe de l'Institut Lumière qui ces dernières années a vu passer le gotha des réalisateurs et des comédiens. " ....... Le Festival de Cannes a deux activités principales : la Sélection officielle et le Marché du Film..... " S'il vit cinéma, il fréquente les librairies, dans le Vieux Lyon. Feuilletant le journal de Cocteau " ...... Il y a un moment de fatigue où les films n'entrent plus en nous. Une sorte de sommeil qui ne fait pas dormir ressemble à celui des enfants qui n'écoutent plus le conte mais seulement le murmure de la voix de leur mère. Je suivais et je ne suivais pas..... " Sélection des membres du jury. Différentes sections, Un Certain Regard, Cannes Classic..... Horaires et jours de passage, matin, après-midi, minuit, "..... On n'a pas idée de l'énergie qu'il faut pour réussir un film. Ou le rater. Certains en sont morts de trop de désirs, de désespoir, de solitude..... " Supporter de l'Ol, lors d'une soirée d'après-match il cite Ventura dans un film de Lautner " ..... Je critique pas le côté farce, mais pour le fair-play y aurait quand même à dire..... " Gros bouquin, près de 600 pages,




mardi 20 juin 2017

Les obus jouaient à pigeon vole Raphaël Jerusalmy ( Roman France )





                                         Les obus jouaient à pigeon vole

            24 heures dans la vie d'un poète. 1916 le poète, lui et ses camarades, attendant le passage du zeppelin qui précède les déferlements d'obus des ennemis s'occupent. les fraises Tagada avalées, la faim encore, le poète lit une revue Le Mercure, mécontent car Paul Léautaud lui a refusé un poème pour ce numéro, mais des vers trottent dans sa tête depuis ce matin, s'envolent. Ils les rattrapent juste à ce moment et les note au crayon à papier sur la revue entre les lignes du poème d'un autre choisi pour ce numéro.  Ce jour-là le zeppelin passa à l'heure précise habituelle, 16 h 15. Un éclat d'obus atteignit la tempe du poète. Il ne mourut pas ce 17 mars 1916 au lieu-dit le Bois des Buttes. Gui de Kostrowitzky, Guillaume Apollinaire pour son public, échappa à la mort et la revue tâchée de sang s'envola vers le guetteur allemand. Des milliers moururent dans cette plaine où brillaient les canons. L'auteur qui connaît bien le sujet commence le livre, court, le 16 mars, très exactement 24 heures avant l'impact, 23, 22 heures etc. avant la blessure. Et dans ces chapitres de très peu de pages, il nous conte le quotidien de ce groupe d'hommes. Apollinaire leur a donné des surnoms, Père Ubu, lui Cointreau-whisky, Trouillebleu le meilleur tireur de l'équipe "..... un snaille-peur comme disent les anglais....... - ....... Cette guerre n'apportera rien de nouveau..... - Les hommes n'ont pas attendu Verdun pour avoir des gueules cassées..... Ils ont laissé Picasso leur coller le nez au milieu du front..... narines carrées.... " Cointreau-whisky reçoit des lettres de partout, de Cocteau qui lui propose d'écrire le livret d'une pièce, Parade. Il répond à sa mère, à sa marraine de guerre, lettres sages, et puis à Madeleine, amour d'un temps, Les hommes vivent dans la boue utilisée pour faire un dossier, un accoudoir, cachés tant bien que mal derrière les sacs de sable. Chapitres séparés par quelque vers d'Alcolls et de Calligrammes. Pour qui aime Apollinaire, le livre complète bien les Lettres à Madeleine où le poète décrit aussi ces moments cruels. Un très joli volume dans un format carré. Il se glisse dans la poche. Ecrire des lettres, donner des nouvelles, problèmes pour tous sauf Cointreau-whisky "........ Mentir à ceux qu'ils aiment. Il fait beau...... Cointreau-whisky tartine des pages entières avec de la suie diluée. L'encre manque..... "

lundi 19 juin 2017

Catéchisme laïc Georges Darien ( Nouvelles France )

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                                   Catéchisme laïc

            D - Qu'est-ce que c'est que la France ?
            R - C'est un pays libre.
            D - Pourquoi est-elle libre ?
            R - Parce qu'elle est en république.
            D - Comment savez-vous qu'elle est en république ?
            R - Parce que c'est écrit sur les feuilles des contributions.
            D - Qu'est-ce que c'est que le Parlement ?
            R - Travailler sans relâche au bonheur du peuple.
            D - Le Parlement s'acquitte-t-il toujours de sa mission ?
            R - Toujours.
            D - En quoi consiste le bonheur du peuple ?
            R - Il consiste à payer les impôts.
            D - Pouvez-vous dire pourquoi ?                                                               editionsdelondres.com 
Résultat de recherche d'images pour "georges darien"            R - Certainement. Le produit des impôts entre dans les caisses de l'Etat, et comme l'Etat c'est tout le monde, plus il devient riche, plus tout le monde devient riche.                                                                                      
           D - Quels doivent être les sentiments d'un citoyen à l'égard d'un   * membre du Parlement ?
           R - L'admiration et le respect.
           D - Cette règle souffre-t-elle des exceptions ?
           R - Pas une.
           D - Qu'est-ce que c'est que l'Etat ?
           R - C'est la forme agissante de la Patrie.
           D - Qu'est-ce que c'est qu'un fonctionnaire ?
           R - C'est la forme de cette forme.
           D - Quels sont les devoirs d'un citoyen à l'égard d'un fonctionnaire ?
           R - L'obéissance et le respect.
           D - Cette règle est-elle absolue ?
           R - Oui. Si l'on cessait de respecter les fonctionnaires et de leur obéir, ils disparaîtraient.
           D - Quelle serait la conséquence de cette disparition ?
           R - L'anarchie. La barbarie.
           D - Comment pouvons-nous tenir en échec cette barbarie ?
           R - Par le libre jeu de nos institutions, qui nous mettent au premier rang des peuples civilisés.
           D - Qui nous a dotés de ces institutions ?
           R - La Loi, c'est-à-dire la volonté populaire.
           D - Comment s'exprime cette volonté ?
           R - Par la voix des mandataires du peuple.
           D - Que représentent donc ces mandataires ?
           R - La Patrie.
           D - Qu'est-ce que c'est que la Patrie ?
Image associée           R - La portion du globe où un homme s'est donné la peine de naître, et où il peut continuer à vivre tant que l'argent ne lui manque pas, qu'il paye ses impositions et qu'il ne gêne point le gouvernement.
           D - Jusqu'à quel point un citoyen doit-il aimer sa patrie ?
           R - Jusqu'à la mort.
           D - Comment appelle-t-on un citoyen qui remplit tous ses devoirs ?
           R - Un contribuable.


             

      * editionsdelondres.com                                                           Georges Darien
                                                                                                                 1901
     
                 




samedi 17 juin 2017

Mille vies valent mieux qu'une J.P. Belmondo ( Biographie Cinéma France )

     
De "
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                                         Mille vies valent mieux qu'une            

            Bebel l'Imprévisible... Des mots reviennent en boucle : " père, mère, copains ". Ces derniers les mêmes depuis le Conservatoire. Ils s'appellent Claude Brasseur, le père Pierre déjà ami du père de Jean Paul Belmondo, Vernier à l'affiche à ses côtés depuis les débuts de même que Charles Gérard dit Charlot, Michel Beaune, Rochefort. Enfant pendant la guerre il connait les routes et les maisons cachées mais joue toujours avec son frère Alain. A l'heure sérieuse des études l'écolier puis l'étudiant répugne à suivre les cours. Il n'aime pas qu'on lui impose d'apprendre, mais prêt à toutes les cascades, il se pend, entre autres par les pieds, comme un cochon à l'abattoir, à la balustrade de l'immeuble de la rue Denfert Rochereau où il habite. Le père sculpteur et la maman comprennent son besoin d'activité, mais s'inquiètent pour son avenir. Manuel, commercial. Chacun cherche puis un jour, la future star choisit, il sera comédien. 10 ans de galère avant A bout de souffle, d'échecs à l'entrée et à la sortie du Conservatoire. Un professeur Pierre Dux lui prédit " ..... ne pourra jamais prétendre tenir une femme dans ses bras  avec ce visage  ". Il est vrai, il a le nez cassé, Germanopratin, il quitte son quartier pour le faubourg St Denis, les salles de boxe, et fréquente les bistros et les habitants du quartier tout en poursuivant sa quête du plus petit rôle au théâtre. Les péripéties ne manquent pas et la camaraderie joue son rôle. Blagueur, rieur, acrobate, athlète, il ne sera jamais doublé lors des scènes folles où son rôle lui fait sauter sur le toit d'un métro, d'un hélicoptère sur un bateau ( l'Homme de Rio ) et tant d'autres acrobaties où il avoue se " régaler ". Mais dit-il et il le rappelle lors des derniers César lors d'un hommage avec ses amis "...... Quand je serai découragé d'avoir raté ma première tentative d'être comédien, elle me le rappelle : - De la volonté, mon fils. Avec de la volonté tu y arriveras  il ajoute " .... J'aimais tant ma mère qu'il m'était odieux de la contrarier et de voir disparaître de son visage ce magnifique sourire, limpide et franc, qui la rendait si belle ". Belmondo fut très critiqué, tant pour son jeu que pour son physique, pourtant rien ne pouvait le faire dévier de sa route. A partir de son premier film, Godard, il se sentit à l'aise devant les caméras, plus acteur que comédien. Son goût pour les blagues extravagantes s'amplifia. Chaussures des clients déposées à leurs portes ôtées et clouée sur les dites portes, la boisson aidant, il en est une qui reste obscure pour moi, pourquoi jeter les meubles par les fenêtres des hôtels des villes où ils tournaient. L'un sinon le plus populaire de nos comédiens a été dirigé par les meilleurs metteurs en scène, outre Godard, Melville, Verneuil, dit les dialogues d'Audiard dans 15 films. Les plus jolies femmes ont tourné avec lui, ou vécu, ainsi Ursula Andress. Sa rencontre avec Gabin un peu rugueuse au début : "..... Il me fascine. Quand je ne fais pas le con avec lui je l'observe. Il n'y a aucune différence entre lui et les personnages, qu'il ne joue pas, mais auxquels il fait jouer Gabin.... " L'encore jeune Jean Paul Belmondo fait part de ses incertitudes quant à l'avenir dans leur métier et Gabin répond " Regarde ta fiole ! Quand t'auras les pailles blanches, tu plairas encore aux gonzesses. Te magne pas la devanture et laisse couler l'Orénoque. " Calmé, las de traverser la planète pour tourner des films qui pourtant lui tiennent à coeur, Belmondo d'acteur redevient comédien, et joue Kean, de Dumas adapté par Jean Paul Sartre, puis rachète le théâtre des Variétés, et joue Feydeau. Un drame personnel très douloureux ne l'épargne pas, alors qu'il est en scène, puis un grave accident de santé, mais la volonté et ce besoin de continuer à vivre le poussent à se réparer. Le comédien doublé de l'homme ne déçoit pas et le livre montre l'homme sympathique qui ne comprend pas pourquoi il faut devenir adulte.








mercredi 14 juin 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui Samuel Pepys 77 ( journal Angleterre )

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                                                                                     1er Septembre 1662

            Levé de bonne heure dans mon logement et allai dans mon bureau et au milieu de mes ouvriers. Puis en voiture au palais de St James avec sir William Batten et sir William Penn. C'était la première réunion que nous devions avoir une fois par semaine par ordre du Duc. Mais il partait avec la Duchesse. Il nous dit qu'il s'en allait en compagnie de la reine, à Durdans, paraît-il, pour dîner avec milord Berkley, là où je me suis bien amusé enfant. Nous nous rendîmes donc chez Mr Coventry restâmes un moment dans son cabinet, et j'allai chez milord Sandwich parti présenter ses respects au roi et à la reine. Alors, comme Pr Paget était là, avec Will Howe, lui avons rejoué quelques morceaux de Lucke que nous jouions autrefois en mer. Ce qui nous fit grand plaisir à tous les trois, car c'est la première musique que j'entends depuis bien longtemps, tant mon travail m'a, ces derniers temps, enlevé à mes joies anciennes.
            Au bout d'un moment rentrai chez moi par le fleuve et dînai seul. Ensuite, avec les deux ouvriers de mon frère Tom, je retirai toutes mes affaires de chez sir William Batten pour les déposer dans une seule pièce que j'ai, avec bien des difficultés, préparée dans ma maison. Et je suis heureux de n'avoir plus d'autre obligation envers lui. Puis à mon bureau, mais ne trouvant pas la clef que je tenais à la main l'instant d'avant, je fus très fâché et agité, car ne pas faire attention à ses clefs est une chose que je déteste chez lez autres et plus encore chez moi. Je pense que celui qui laisse traîner ses clefs ne mérite pas qu'on lui fasse confiance. Quelque chose encore me contrarie, ma femme m'écrit de la campagne que son petit laquais se conduit mal là-bas et qu'elle en est excédée, elle se plaint aussi de sa suivante Sarah, ce qui me fâche aussi.
            Etant d'aussi mauvaise humeur je ne pus faire grand-chose au bureau, mais rentrai, mangeai un peu, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                 2 septembre

            Levé de bonne heure et fait ma toilette seul, puis à mon bureau l'esprit très troublé par ma clef perdue hier. J'allai trouver mes ouvriers et leur donnai des instructions, puis à mon bureau en réunion toute la matinée. Dînai chez sir William Batten avec William Penn, puis retour à mon bureau tout l'après-midi. Dans la soirée écrivis une lettre à Mr Cooke pour le compte de mon frère Tom, à sa maîtresse et c'est la première fois que je joue un rôle dans cette affaire. Si elle est comme Tom la représente ce peut être fort bien pour lui. Puis rentrai, mangeai un peu, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                          3 Septembre
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Résultat de recherche d'images pour "presbytériens anglais"            Levé de bonne heure, mais comme les jours commencent à raccourcir, je ne me lève plus avant 5 heures au lieu de 4 heures, car il ne fait pas jour avant. A mon bureau et vers 8 heures allai à Rotherhite et à pied à Deptford où Mr Coventry et sir William Penn commencent le versement de la paie. Car j'ai le désir d'être présent aujourd'hui car c'est la première paie de Mr Coventry, et je souhaite passer pour l'un de ses amis, autant que possible. A midi nous avions fini de payer le désarmement du Breda, et dîner à la taverne où j'ai obtenu que nos repas fussent dorénavant moins abondants, ce que je constate avec plaisir. Allai ensuite par le fleuve au bureau. Nous nous retrouvâmes et vendîmes la carcasse du Weymouth, du Success et du Fellowship. Il est amusant de voir comme les gens hésitent à enchérir, mais quand la bougie est sur le point de s'éteindre, comment ils hurlent et se disputent à qui a le premier le plus enchéri.
            Je remarquai quelqu'un de plus malin que les autres. Il ne manquait jamais d'être le dernier à enchérir et ainsi de l'emporter et comme je lui en demandais la raison, il m'expliqua qu'à l'instant où la flamme s'éteint la fumée redescend, ce que je n'avais pas remarqué, il connaît ainsi l'instant où faire la dernière enchère, ce qui est fort ingénieux. En causant dans le canot Mr Coventry me dit que ceux des fanatiques et des presbytériens qui voulaient se soulever avaient choisi ce jour comme le plus propice à leur lutte contre la monarchie, puisqu'il a été deux fois fatal à leur roi et que c'est le jour de la mort d'Oliver ( cromwwel ). Mais, Dieu soit loué, tout restera calme, je l'espère.
            Après la vente à pied chez mon frère. Rencontrai en chemin le Dr Fairbrother à qui je demandai les nouvelles des affaires ecclésiastiques. Il m'a dit, ce qui a été confirmé depuis, qu'il avait été pleinement décidé par le roi et le Conseil qu'une déclaration d'indulgence serait accordée aux presbytériens, mais que le discours de l'évêque de Londres, dorénavant un des hommes les plus puissants d'Angleterre avec le roi, leur avait fait complètement changer d'avis, et on dit que c'est milord Albemarle qui s'est le plus fortement opposé à lui, mais je pense que ce n'était qu'en apparence. Il me dit aussi que la plupart des ministres presbytériens commencent à regretter de ne pas s'être soumis à la loi, voyant qu'on ne leur accordera pas l'indulgence qu'ils espéraient, et que l'évêque de Londres a soigneusement veillé à ce que les places soient remplies par des hommes très bien et très capables, la seule façon de maintenir le calme.
            Je l'emmenai à la taverne à Puddle Dock, mais nous ne bûmes pas la moindre gorgée du vin commandé, nous l'avons laissé, et après avoir causé nous nous séparâmes. Et Mr Towshend absent je fus chez mon frère où j'appris que ses affaires de coeur avancent, ce qui me plaît. Puis par le fleuve à Whitehall au logis de milord où, comme il part demain matin pour Hinchingbrooke, je restai jouer avec Will Howe quelques airs nouveaux, fort agréables, et puis milord est arrivé et nous avons longuement parlé de façon très amène, et puis au lit avec Mr Moore qui était là, seul, après avoir pris congé de milord. Je résolus de partir tôt sans davantage lui parler.


                                                                                                               4 septembre

            Ce que je fis et fus de bonne heure par le fleuve à la Tour et à la maison. Me changeai devant dîner en ville, et après m'être aussi fait raser, ce qui m'est très rarement arrivé depuis quelque temps, je partis pour le bureau et réunion toute la matinée. A midi à Trinity House où nous avons donné un déjeuner à grands frais aux officiers du bureau de l'artillerie. Il y avait sir William Compton et les autres et le lieutenant de la Tour.
           Nous eûmes beaucoup de musique, et de la bonne, ce qui fut mon principal plaisir. J'écoutai avec une grande satisfaction sir William Compton parler de la différence entre la flotte d'aujourd'hui et celle du temps de la reine Elisabeth qui, en 88, n'avait que 36 voiliers, grands et petits, en tout et pour tout. Et de la poudre pour dix salves, c'était là ce qu'on leur octroyait à cette époque pour guerroyer contre les Espagnols. Après le départ des plus distingués je fus excédé par la compagnie des deux sirs William, d'autant plus que milady Batten et sa bande ( une dizaine ) arrivèrent dans la salle. Je crois bien que cela va nous coûter cher, mais il est fort agréable de la voir en cheveux sous son capuchon et comment elle cherche à devenir élégante, peu à peu. Mais Dieu ! la compagnie qu'elle rassemble autour d'elle lui ressemble et la fait connaître pour ce qu'elle est. Tout à fait excédé je les quittai à pas furtifs pour aller à mon bureau où je travaillai jusqu'à 9 heures du soir. Puis à mon logement, et au lit.  etsy.com
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                                                                                                                                                  5 septembre

            Levé au point du jour, à 5 heures, par le fleuve à Woolwich. Je vis en chemin le yacht construit par mon " virtuosi ", milord Brouncker et d'autres, avec aussi l'aide du commissaire Pett parti de Greenwich avec le petit bateau hollandais pour faire la course, et avant d'arriver à Woolwich le Hollandais les a battus d'un demi-mille, et j'apprends qu'au retour ce fut plus de trois milles. Nous en sommes tous contents.
            Je restai pour faire l'appel du personnel et examiner les magasins, puis j'allai tout seul, à pied, à Greenwich et par le fleuve à Deptford pour inspecter certains magasin et m'occupai un peu de mes propres affaires, pressant le travail que je fais faire, puis à pied à Rotherhite. Passablement fatigué et tout en nage pris un canot pour la Tour, ce qui me causa quelque crainte car la matinée était froide et de grand vent.
           Puis à mon logement où je me suis lavé et frotté tout le corps, et été chez Mr Bland le négociant sur invitation, seul de tous les employés du bureau. Je trouve tous les officiers des douanes, de beaux messieurs très graves, que je suis fort heureux de connaître. On parla de sir Jerome Bowes, ambassadeur de la reine Elisabeth auprès de l'empereur de Russie qui, parce que deux nobles de l'endroit voulaient monter l'escalier pour aller chez l'empereur en le précédant, refusa de monter jusqu'à ce l'empereur ordonnât qu'on traînât ces deux hommes au bas de l'escalier, la tête cognant sur toutes les marches, jusqu'à ce qu'ils en perdissent la vie. Et quand il fut monté on exigea de lui qu'il remette son épée avant de le laisser entrer. Il leur dit que si on voulait son épée on aurait aussi ses bottes, et il fit tirer ses bottes et chercher sa robe de chambre, son bonnet de nuit et ses pantoufles, et fit attendre l'empereur jusqu'à ce qu'il fut en vêtement de nuit, puisqu'on ne lui permettait pas d'entrer en soldat. Quand finalement l'empereur ordonna avec dédain et pour montrer son pouvoir ordonna à quelqu'un de sauter par la fenêtre et que cet homme se rompit le cou sous les yeux de notre ambassadeur, celui-ci répliqua que sa maîtresse attachait davantage de prix au cou de ses sujets et en faisait un meilleur usage. Mais il dit que pour montrer ce que ses sujets étaient prêts à faire pour elle, il jetterait, et il jeta en effet, son gant devant l'empereur, pour mettre toute la noblesse de l'endroit au défi de le relever pour défendre l'empereur contre sa reine. Pour ces actions le nom de sir Jerome Bowes est célèbre et honoré là-bas.
            Rentrai et apprends que sir John Mennes est arrivé aujourd'hui. J'allai le voir chez sir William Batten. Je fus content de voir combien les deux sirs William se méfient de moi parce que je vais à Woolwich, et fais ce que j'ai à faire désormais, et dîne avec les fermiers des Douanes.
            Puis à mon bureau jusqu'à 9 heures du soir, puis coucher à mon logement. J'ai appris aujourd'hui que le roi a fait chevalier Mr Martin Noell, ce qui m'étonne fort. Mais il est certain que c'est un homme très utile.


                                                                                                       6 septembre 1662
                                                                               historyextra.com
Résultat de recherche d'images pour "sir jerome bowes"            Fait la grasse matinée, jusqu'à 6 heures du matin, et plus, pour me lever et guérir en transpirant du rhume que je craignais d'avoir pris hier, mais Dieu merci ! je vais bien. Puis levé et allai à mon bureau. Réunion jusqu'à midi, très affairés. Puis avec sir John Mennes et les deux sirs William à Trinity House où nous dînâmes de deux pâtés de chevreuil. Je mangeai très peu, écoeuré d'avoir mangé cinq pâtés en trois jours. Rentrai et au bureau tout l'après-midi à travailler jusqu'à 9 heures. Et à mon logement et me couchai.
            Cet après-midi j'ai fait faire une nouvelle clef et changer la serrure de mon bureau.


                                                                                                            7 septembre
                                                                                             Jour du Seigneur
            Levé de bonne heure et allai en faisant un détour par les rues au bureau où je me promenai dans le jardin, et allai à mon bureau jusqu'à ce que mon domestique Will se fut levé. Je l'envoyai dire à sir John Mennes que j'irais avec lui à Whitehall. Ce que nous fîmes incontinent dans sa voiture, et nous allâmes à la chapelle où j'entendis un bon sermon du doyen d'Ely sur le retour à l'ancienne pratique et un fort excellent motet entremêlé de symphonies, chanté par le capitaine Cooke. Puis chez Mr Fox et sa femme où je dînai et arriva une nombreuse compagnie. Nous nous préoccupâmes surtout de savoir quels pasteurs sont chassés parmi ceux qui ne veulent pas se conformer, et fîmes remarquer avec quel soin l'évêque de Londres veille à ce que nous soyons ici pourvus d'hommes de bien.
            Puis chez milord où il n'y avait personne qu'une femme qui m'a fait entrer et Sarah à l'étage. J'allai la trouver et jouer et causer et, Dieu me pardonne, je l'ai caressée, ce dont j'ai grand honte. mais je n'ai pas été plus loin, bien que j'en eusse tellement envie que je déchargerai dans ma culotte. Au bout d'une ou deux heures je fis une brève visite à Mr Hunt, seul chez lui et je suis rentré à pied. Rencontrai Mr Pearse le chirurgien qui m'emmena à Somerset House et me fit entrer dans la chambre d'audience de la reine mère, notre propre reine assise à sa gauche ( que je n'avais encore jamais vue et bien qu'elle manque un peu de charme elle a une expression de vertu pudique et innocente qui plaît ). J'ai vu également Madame Castlemaine et surtout, ce qui m'a fait plaisir, Mr Crofts, le bâtard du roi, très joli damoiseau d'environ 15 ans. Je vois qu'il admire beaucoup milady Castlemaine et est toujours en sa compagnie. Et j'apprends que les deux reines sont extrêmement attentionnées à son égard. Au bout d'un moment arrivent le roi, et aussitôt le Duc et la Duchesse, de sorte que tous réunis cela faisait un spectacle que je n'aurais jamais pu avoir la chance de voir avec tant de facilité et de loisir. Ils restèrent jusqu'à la nuit tombée et s'en allèrent, le roi, la reine, milady Castlemaine et le jeune Crofts dans un carrosse, et les autres dans d'autres carrosses. Il y avait là abondance de grandes dames, mais bien peu étaient belles.
            Le roi et la reine étaient fort gais, et il voulut faire croire à la reine mère que sa femme était grosse d'enfant. Il dit qu'elle le lui avait dit, et la jeune reine lui répondit : " vous mentez ", ce qui est le premier mot d'anglais que je lui ai entendu dire. Ce qui a bien amusé le roi et il aurait voulu lui apprendre à dire en anglais  "Avouez et allez vous faire pendre ! "
            La compagnie partie je rentrai à pied, aussi content que je puis l'être d'avoir vu ce spectacle des plus rares, mais quelque peu tracassé de l'avoir vu avant le retour de ma femme, puisque je lui avais promis de l'attendre. Mais je ne l'ai pas cherché ni fait exprès, ce n'était que par hasard.
            A mon bureau me préparer à me mettre au service du Duc demain avec mes collègues. Puis à mon logement et au lit.

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Résultat de recherche d'images pour "reine elisabeth angleterre 1662"                                                                                                                                                                       8 septembre

            Levé de bonne heure et allai à mon bureau préparer un rapport pour le Duc sur ce que nous avons fait au bureau ces temps derniers. Vers 7 heures je sortis, pensant y aller avec sir John Mennes et les autres, mais je m'aperçus qu'ils étaient partis, ce qui me contraria. J'allai donc directement à l'ancien Cygne et pris un canot avant eux et allai au logis de sir George Carteret à Whitehall. Bavardai avec lui pendant qu'il terminait sa toilette et nous allâmes à St James où les deux sirs William et sir John Mennes étaient arrivés. Nous montâmes, avec Mr Coventry chez le Duc qui, une fois sorti du lit, nous fit entrer. Et quand il eut tout à fait fini sa toilette il nous emmena dans son cabinet et nous dit qu'il veut rétablir l'ancienne coutume qu'avaient les amiraux de réunir leurs principaux officiers une fois par semaine pour lui rendre compte de ce qu'ils avaient fait cette semaine-là, ce dont je me réjouis. Les autres ont déclaré à Son Altesse Royale que c'était moi qui était le plus à même de faire ce rapport pour le passé, de sorte que je tirai mes notes succinctes et je lui rendis compte de tout ce que nous avions fait ces temps derniers et je lui proposai plusieurs ordres à donner. Il nous les donna et nous congédia. Les autres allèrent à Deptford et moi à l'Echiquier pour trouver Mr Townshend, on me dit là qu'il était allé à la taverne du Soleil. Je l'y trouvai en compagnie de quelques amis, et je déjeunai avec eux. Puis nous avons passé le fleuve ensemble et en marchant je dis les intentions de mariage de mon frère Tom, ce en quoi il est disposé à agir de tout son pouvoir en ma faveur auprès de Mr Young. Nous reprîmes un canot au Faucon et nous séparâmes. Je fus à l'ancien Cygne et puis à la Bourse et rencontrai sir William Warren. Nous entrâmes dans une taverne et parlâmes du prix des mâts et d'autres choses, puis nous partîmes et j'allai à mon bureau pour voir ce qu'il y avait à faire, et nous reprîmes un canot à la Tour.
            Puis je passai à Rotherhite où je le laissai dans le canot et allai à pied à Deptford. Je parcourus l'arsenal dans tous les sens, parlant aux gens. Puis sir William Penn sortant de la paierie me prit à part pour me dire le mécontentement de sir John Mennes de ce que j'enlevais le jour à son escalier, ce qui est en effet très fâcheux, et que j'empêchais l'accès aux lieux d'aisance de la terrasse. Ce qui me tracassa et j'allai à la paierie et eus l'occasion de lui parler seul à seul et de le rassurer, de sorte que je suis content et espère avoir mes chambres sur la terrasse sans autres ennuis, car il n'a pas d'objection à ce que j'aie une porte qui donne sur la terrasse à condition que toute la maisonnée n'en fasse pas un passage, ce qui me satisfait.
            Puis allai à la paie et rentrai dans la soirée par le canot major, et à mon bureau et, après avoir travaillé à mon logement et au lit.


                                                                                                          9 septembre 1662

            A mon bureau de bonne heure et avons tenu notre réunion. A midi avec Mr Coventry, sir John Mennes et Mr Pett par le fleuve à Deptford où nous avons retrouvé sir George Carteret, sir William Batten et sir William Penn occupés au paiement de l'équipage d'un navire. Nous dînâmes ensemble d'un excellent cuissot de chevreuil cuit à l'eau, sommes ensuite retournés au bureau où nous avons trouvé, leur ayant donné rendez-vous, plusieurs marchands pour connaître les prix les plus bas qu'ils demandent pour les diverses provisions. Car je suis résolu à m'informer et à ne pas acheter plus cher, afin que si nous payons plus cher ce sera la faute du trésorier et non la nôtre.
            Cet après-midi avec sir John Mennes et Mr Coventry au logis de sir John où il nous a montré que j'ai aveuglé toutes ses fenêtres et bloqué sa porte sur le jardin, et il est décidé à m'interdire d'autres choses qu'il nous fait remarquer, ce qui me contrarie tellement que de toute la soirée et de la nuit dans mon lit, grand sot et bien peu maître de mes passions que je suis, je n'ai pas dormi à l'idée de perdre mes droits d'user de la terrasse et d'autres choses qui, en elles-mêmes sont insignifiantes et ne méritent pas que je m'en tracasse un tant soit peu. Je suis d'autant plus sot, et je lutte contre, tant j'ai honte, surtout moi qui autrefois prônais la maxime d'Epictète  " ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. "
            Resté tard à mon bureau, l'esprit tracassé et au lit, mais presque sans dormir de la nuit.


                                                                                                            10 septembre

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Résultat de recherche d'images pour "maison angleterre 17è  SIECLE"            Levé et allai dans ma maison, où j'ai trouvé un moyen pour que sir John Mennes ait accès à la terrasse et que je garde quand même une partie de la chambre que j'espérais avoir, et si cela ne lui plaît pas je serais fou de m'en tracasser.
            A mon bureau puis à ma maison au milieu de mes paresseux d'ouvriers toute la journée. Dans l'après-midi à la Garde-Robe pour parler avec Mr Townshend. Il a parlé avec Mr Young de l'affaire de mon frère Tom et a su qu'il a pris des renseignements sur lui et qu'il en entend tellement de bien qu'il ne doute pas que l'affaire ne marche, moyennant quelques efforts. J'allai alors chez mon frère et trouvant le haut et le bas de la porte ouverts, j'entrai et frappai trois ou quatre fois sans que personne vînt, ce qui me tracassa beaucoup. Enfin arriva Margaret qui se plaignit de Peter, qui arriva au bout d'un moment, et je le tançai vertement.
            Je saisis plus tard l'occasion de parler en tête à tête avec Margaret que je vois être femme de bien et d'un très bon jugement et elle me dit que son maître administre sa maison et s'occupe de son métier très bien, mais il a tort de n'avoir point d'autorité sur ses deux domestiques, car ils font ce qui leur chante et ne se soucient pas de ses ordres, en particulier le dimanche ils vont où ils leur plaît et non à l'église, ce qui me contrarie beaucoup et je suis décidé à le réprimander vertement. Cela est si différent de ce que faisait mon père que je ne puis le souffrir, de lui ou de moi.
            Puis rentrai à pied, rencontrai mon oncle Wight à la Bourse. Nous allâmes dans une taverne à bière puis nous partîmes et je rentrai. Et à mon bureau jusqu'à 9 heures et au-delà et à mon logement.
            J'oublie de dire que hier soir Mr Cooke est venu me voir pour faire la paix après avoir récemment invité mon frère à quitter Londres sans ma permission, mais il me fait un tel portrait de la femme qu'il lui a découverte que je m'en réjouis fort, et j'ai, ce soir, écrit à cette femme une lettre qu'il a jointe à une lettre de sa propre main. J'avoue que je suis très content de ce mariage.


                                                                                                           11 septembre

            Levé mais pas aussi tôt que ces derniers temps. Les petits tracas et la brièveté des jours me faisant rester au lit un peu plus longtemps qu'auparavant, mais il faut en revanche que je veille plus longtemps le soir. A mon bureau. Mon frère Tom est venu et je l'ai suffisamment grondé pour l'affaire d'hier. Puis réunion toute la matinée. Quelques-uns d'entre nous à Deptford pour payer la solde de l'effectif ordinaire. A midi sir William Penn m'emmena  à son logis pour dîner. Retournai ensuite à mon bureau et allai de temps en temps voir comment mes travaux avancent. A mon bureau tard puis à mon logement. A ma musique, à jouer de mon luth, au lit. Ce soir Tom est venu me montrer une lettre fort courtoise que lui a envoyée sa maîtresse. Je suis passablement content de cette affaire.


                                                                                                            12 septembre

            Levé de bonne heure et à mon bureau. Je montai voir mes ouvriers, tout avance lentement et me tracasse fort, de plus je le serai encore tant que je ne saurai pas comment John Mennes se comportera avec moi à propos de mon logis, car toute ma crainte c'est qu'il prenne ma meilleure chambre, car quant à la terrasse je m'en soucie comme d'une guigne.
            A mon bureau toute la matinée. Mr Lewes m'apprit à comprendre la manière de faire les comptes des commissaires de la Marine, ce qui m'est bien nécessaire et bien difficile. Dînai à la maison toute sale et moi las d'être ainsi dérangé. J'espère de toutes mes forces que cela passera, mais à l'heure actuelle je suis tout mélancolique, et depuis longtemps.
Image associée            Tout l'après-midi, jusqu'à 9 heures du soir à mon bureau, puis à la maison je mangeai un ou deux oeufs, puis à mon logement et au lit.
            Aujourd'hui une lettre de mon père m'apprend que le capitaine Ferrer, à la campagne avec milord, s'est rendu à Brampton avec Mr Creed pour le voir, et qu'il y a un ou deux jours poussé à frapper un des valets de pied de milord, ce valet tira son épée et manqua lui trancher les doigts d'une main. Ce que je regrette, mais c'est la vanité qu'engendre le pouvoir de donner des ordres et de frapper.


                                                                                                                                                                  13 septembre 1662
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            Levé de bonne heure et au bureau en réunion toute la matinée. Puis à midi dînai seul à la maison, puis au milieu de mes ouvriers à chercher une façon de m'assurer l'accès à la terrasse. Je crains bien qu'il faudra, en fin de compte, que j'apprenne à me passer. J'en ai quand même l'esprit tracassé. L'après-midi nous avons repris notre réunion pour balancer les comptes entre le roi et les capitaines des navires affrétés pour le transport des provision à Lisbonne. Dans la soirée Mr Moore vint me voir et a dormi avec moi dans mon logement. Sa compagnie et sa conversation sont un grand plaisir pour moi. Nous avons aussi parlé de mon procès dont je dois recommencer à m'occuper, la session des tribunaux approchant rapidement. Et au lit.


                                                                                                              14 septembre
                                                                                               Jour du Seigneur
            Levé de très bonne heure et comme Mr Moore me disait au revoir le barbier est venu me raser. J'ai recommencé à le faire venir après m'être longtemps servi d'une pierre ponce, non que cela me déplaise quand je ne puis avoir de barbier. Et par le fleuve à Whitehall. En chemin j'apprends que l'évêque de Londres a donné des ordres stricts interdisant aux canots de sortir le dimanche, et au retour dans un autre canot nous fûmes inspectés par les maîtres de la corporation, mais je leur dis qui j'étais. Comme la porte n'était pas ouverte je dus aller à l'appontement de Westminster et j'entrai à la Jambe où je pris une chope de bière et une rôtie, ce que je n'ai pas fait depuis bien des mois, mais aujourd'hui cela a remplacé mes deux verres de vin. De là à St James voir Mr Coventry, restai à causer une heure dans son cabinet des affaires de notre bureau et je le vois admirablement sérieux et appliqué. Je le crois mon plus fidèle ami en tout ce qui est juste. Il me confie librement ce qu'il pense de tout et de tous.
            De là à la Chapelle de Whitehall. Le sermon était presque achevé et j'ai entendu la nouvelle musique du capitaine Cooke. C'est le premier jour que des violes et d'autres instruments jouent une symphonie entre chaque verset de l'antienne. La musique a plus d'ampleur que dimanche dernier et est fort belle. Mais je m'aperçus que le capitaine Cooke forçait la note en chantant, je ne m'en étais jamais aperçu. Puis à la chambre d'audience et avons revu la reine comme nous l'avons vue dimanche dernier, et quelques belles dames avec elle, mais, sur ma foi, peu nombreuses.
            De là chez sir George Carteret. J'apprends qu'il s'est foulé le pied et qu'il boite, mais qu'il a quand même été à la chapelle et que milady est fort inquiète au sujet d'une de ses filles malade. Je dînai avec eux et une très jolie femme, leur parente. C'est ma joie que j'ai un soutien solide en George et Mr Coventry. Sir George m'a parlé d'une commode donnée à sir William Batten par Hugues le cordier, qu'il a depuis privé de son emploi, et maintenant cet homme réclame son meuble. Rentrai par le fleuve et à l'église. Les deux sirs William et sir John Mennes allèrent au jardin, puis avec sir William Penn parlai de mon logis et de sir John Mennes. Je lui confiai tout ce que j'en pensais et il me dit ce qu'il en savait, et je vois bien que je ne pourrais sans doute pas conserver ma meilleure chambre, ce qui me tracasse. Mais j'ai fait chercher Goodenough, le plâtrier, qui me dit qu'elle a toujours fait partie de mon logis, qu'elle avait été prêtée par Mr Payler au commissaire Smith. Je veux faire mon possible pour ne pas la perdre.
            Puis soupai avec eux chez sir William Batten. Je fais semblant d'être content mais j'ai le coeur troublé et offensé par tous ces gens-là. Puis à mon bureau pour préparer mes notes que je dois lire au Duc demain matin, et à mon logement et au lit. Je suis un peu soulagé parce que j'ai décidé de savoir demain nettement à quoi m'en tenir sur mon logis.
            Sir William Penn m'a parlé d'un de mes domestiques qui regarda par la fenêtre de la chambre de sir John Mennes quand milady Batten y était couchée, ce qui, je le crains, me fera complètement perdre la terrasse. Une autre chose qu'il m'a dite, c'est que mon James coupa les longues moustaches d'un charpentier et que cet homme en pleura et que sa femme n'a pas voulu l'approcher de longtemps croyant qu'il avait été voir certaines de ses catins. Ce qui me fit rire, bien que je voie qu'ils en parlent comme d'un crime commis par cette femme, ce que je ne comprends pas.


                                                                                                                15 septembre

            Levé de bonne heure pour voir le plâtrier et le maçon qui ont au début divisé notre logis. Ils me disent tous deux que la chambre en question a toujours fait partie de notre logis, ce qui me rassure bien.
            Puis par le fleuve avec sir William Penn à Whitehall, et avec bien de la peine je fus contraint de passer le Pont en marchant sur les piles, tandis que sir William Batten et sir John Mennes étaient échoués contre le Pont et durent attendre longtemps pour passer. A Whitehall on nous dit que le duc d'York est à la chasse aujourd'hui de sorte que nous revînmes, eux chez le duc d'Albermale où je les laissai après avoir remarqué quelques excellents tableaux, puis chez moi j'ai pris la décision de ne plus faire d'efforts pour conserver l'accès à la terrasse, et de bien fermer mes portes, de peur que, si elles étaient ouvertes, ils n'eussent des raisons de désirer ma chambre, ce qui est ma plus grande crainte.
            Puis allai à Deptford et emmenai avec moi milady Sandwich et sa fille et Mrs Turner, car elles se rendaient là en passant par le jardin. Puis de mon côté à la paie et vers 3 heures avec sir William Penn dîner, ensuite recommençai les paiements et le soir nous rentrâmes tous ensemble par le canot major. Et à mon logement et au lit, l'esprit plein de tracas à propos de ma maison.


                                                                            à suivre................

                                                                                    16 septembre 1662

            Levé et allai.......

             

mardi 13 juin 2017

La jeune épouse Alessandro Baricco ( Roman Italie )

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                                               La jeune épouse          

              Symbolique et libertin, philosophie et réalisme. Perplexe au début, puis entré dans le jeu de l'auteur chaque scène séduit, déroute. Drôle de famille que celle de ce Fils. Peu après 1900 le Père propriétaire d'une affaire de textiles, en Italie, la Mère, une femme affolante devenue follette, la fille belle mais handicapée, un peu, et Modesto sympathique homme à tout faire dans la grande maison, correspond avec ses interlocuteurs par des toux diverses. Et le Fils absent, en Angleterre puis ailleurs. Ils sont riches et croisent un jour une famille d'éleveurs allemands, le fermier décide de tout vendre pour s'installer en Argentine, avec deux de ses fils et la fille, fiancée alors qu'elle n'a pas encore de poitrine et des jambes sans forme. Mais sa bouche plaît au jeune homme et n'écoutant pas ses parents qui ne trouvent aucun attrait à cette petite adolescente la décision est prise elle est promise et arrive d'Argentine, au jour dit, ses 18 ans, chez le Père, la Mère, l'Oncle, cas particulier car dormeur, tout le temps, en mangeant, en parlant, alors une paupière à demi soulevée. Modesto prend un soin extrême de cette famille. Il a été constaté que beaucoup sont morts la nuit, le Père du Père, etc. alors ils détournent les heures prennent un petit déjeuner tardif, gargantuesque préparé pour une tablée de 25 personnes, clients, hommes d'affaires venus pour le Père. Arrivée d'Argentine La Jeune Épouse est interpellée, au mot tango ".... le notaire Bertini pour qui prononcer le mot tango était déjà de l'ordre du sexuel...... " L'Oncle se réveilla quelques secondes "..... Le tango offre un passé à ceux qui n'en ont pas et un futur à ceux qui n'en espèrent pas..... " Puis il se rendormit...... " De son côté Modesto extrêmement attaché à la bienséance offre ses conseils de vieux serviteur ( 59 ans )  et rappelle la fortune de ses maîtres et pour l'avoir obtenue en 3 générations il fallut "....... talent, courage, méchanceté, erreurs chanceuses..... " Quant à la lecture "..... Tout est déjà dans la vie, si l'on prend la peine de l'écouter, et les livres nous distraient inutilement de cette tâche.... " Un jour l'oncle dit en dormant, alors que tous attendent le retour du Fils " ...... personne ne disparaît pour mourir, mais que certains le font pour tuer.... " La Jeune Épouse édifiée, sur la vie sociale, devenue une jolie jeune fille, admise par la famille la Fille lui fit découvrir les plaisirs du corps, la Mère par ailleurs, accentuant cette découverte lui apprit quelques secrets, et le Père la conduisit au bordel où il avait ses habitudes, deux fois par mois, compléter les secrets à lui dévoiler, ceci auprès d'une femme qui a sa confiance. Compliqué ? Un peu, car par moments l'auteur prend la plume à la place de la Jeune Épouse, mais le fil de l'histoire retrouvé, le livre s'apprécie. Par l'auteur de Soie.

samedi 10 juin 2017

Son nombril Edouard Osmont ( Poèmes France )


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                                           Son Nombril

            Elle avait le nombril en forme de cinq
            Et n'en était d'ailleurs pas plus fière pour ça.
            On la voyait tous les matins
            Tuer le ver avec les copains
            Sur le zinc.
            Ainsi que vous et moi, sans faire d'embarras.
            Et nul, en la voyant, simple, lever son verre,
            N'aurait pu se douter que l'accorte commère
            Avait le nombril en forme de cinq.
                                                                                                                         
Résultat de recherche d'images pour "peintures hommes femmes nus"            Ah ! qui vous chantera, fleurs mystiques, écloses
            Parmi les chairs nacrées aux ivoires troublants ?
            Quel poète dira, nombrils, nénuphars roses,
            Le nonchaloir exquis qui mollement vous pose
           Sur le lac pur des ventres blancs ?
                                                                               
            Elle avait le nombril en forme de cinq.
            Une autre aurait fait des manières,
            Une autre aurait fait des chichis,
            Aurait cherché à s'exhiber aux Folies-Bergère
            Ou bien encore au Casino de Paris.                                            
            Elle, pas du tout. Et quand en souriant
            Un ami lui disait : " Fais donc voir ton nombril ",
            Elle se dégrafait sans se faire de bile
            Et montrait son nombril.
            Ainsi que vous et moi, très simplement !
            Elle était si douce et si simple !

            Quel poète dira l'ironie décevante
            De cet oeil goguenard que Dieu nous mit au ventre,
            Comme les architectes dans les maisons
            Mettent une rosace au plafond ?

            Elle avait le nombril en forme de cinq.
            Une autre aurait affiché la prétention
            D'être le clou tant recherché de l'Exposition.
            Elle, pas du tout. Elle allait à l'Exposition sans pose,
            Avec son petit chapeau de paille noire à rubans roses,
            Son nombril ne lui faisait pas du tout tourner la boule,
            Et si, dans les flots pressés de la foule,                                          
Image associée            Quelque vieux marcher lui pinçait les fesses
            ( Elle est si débauchée au jour d'aujourd'hui la jeunesse ),
            Elle préférait se laisser faire sans rien dire,
            Ainsi que vous et moi, se contentant d'en rire,
            Je dois même ajouter qu'elle y prenait quelque plaisir.
            Elle était si douce et si simple !

            Une autre serait morte d'une façon tragique,
            Aurait cherché quelque suicide dramatique,
            Histoire de défrayer longuement la chronique.
            Elle, pas du tout. Elle mourut dans son lit
            Ainsi que vous et moi, munie,
            Faut-il qu'en fidèle historien je le dise,
            Munie des sacrements de l'Eglise.
                                                                                                                     
            Quel poète dira vos formes tant diverses,
            Nombrils ? Nombrils corrects, nombrils à la renverse,
            Nombrils en long des faméliques,
            Nombrils en large des grosses dames apoplétiques,
            Nombrils en porte cochère
            Comme en ont trop souvent les accortes bouchères,
            Nombrils troublants, des folles filles de l'Espagne,
            Nombrils gras et béats des curés de campagne,
            Nombrils effarés des timides épouses,
            Nombrils des gros rentiers, larges comme des bouses,
            Nombrils rusés, nombrils malins
            Qui avez l'oeil américain,
            Nombrils moulés ainsi que des petites crottes
            Qui parez l'abdomen des vierges Hottentotes,
            Nombrils mi-clos, nombrils entrebâillés
           ( Il faut pourtant qu'une porte soit ouverte ou fermée ),
           Nombrils en rond, nombrils en boule,                                            
           Nombrils gros comme des ampoules                                                 pinterest.com
Résultat de recherche d'images pour "fleurs étoiles peinture"           Et vous, nombrils en cul-de-poule !
           En l'avril d'un babil puéril et subtil,
           Ah ! qui vous chantera, nombrils ?

            Elle avait le nombril en forme de cinq.
            Une autre aurait désiré qu'on la mît en terre,
            Avec le concours d'un de ces messieurs du ministère,
            Qu'il y eût des discours, des musiques.
            Elle, pas du tout. Ce fut simple et banal.
            Il n'y eut même pas un conseil municipal,
            Mais deux ou trois amis, quelques parents et l'ecclésiastique.
            Et quand le tabellion ouvrit son testament,                            
            Il lut ces quelques mots profondément touchants :
            " Je, soussignée, désire et veux que mon nombril
            Serve de numéro à quelque automobile ".


                                                                                          Edouard Osmont
                                                     in Le coeur sur la main et l'estomac dans les talons - 1901
                                                     in Fumisteries 
         

         
           

vendredi 9 juin 2017

Marie Curie Laura Berg-Stéphane Soularue ( BD France )




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                                                Marie Curie

            Née Maria Salomea Sklodowska en 1867 à Varsovie en Pologne alors "..... sous domination russe depuis 60 ans..... " celle qui sera connue sous le nom de Marie Curie passe une enfance entre douceur et tristesse auprès de ses parents tous deux enseignants mais qui perdront travail périodiquement et statut social à la suite des lois rudes. Les enfants sont intelligents ont
quand même une bonne scolarité. Irène et Marie, les deux soeurs s'entraideront toute leur vie. Irène est la première à quitter la Pologne et Marie travaille pour que son aînée suive des études à Paris, Le but atteint Irène est médecin et épouse un docteur avec qui elle fonde un cabinet. Elle fait alors venir Marie qui entreprend des études de médecine à 23 ans. A la fin de ses études cette dernière rencontre Pierre Curie qu'elle épouse. Tous deux scientifiques, ils font des recherches en physique et en chimie qui les amène à la découverte du radium. Pierre obtient le prix Nobel et à sa demande, son épouse partage le prix avec lui. Dans son discours Pierre Curie admet avoir des doutes sur la maturité de ceux qui utiliseront leur découverte. Néanmoins elle permet, pendant la guerre de 1914/18 d'équiper les ambulances de matériel de radiologie. Marie obtient un deuxième prix Nobel et enseigne à la Sorbonne. La jolie bande dessinée est un survol de la vie de Marie Curie, mais joliment crayonnée, elle est agréable à lire ou à feuilleter, dès 10 ans et bien plus.

                                         

mercredi 7 juin 2017

Dieu - Patriotisme et Religion Alphonse Allais ( Nouvelles France )

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                                                                                     Au docteur Antoine Cros *                 
                                                         
                                  Dieu

            Il commence à se faire tard.
            La fête bat son plein.
            Les gais compagnons sont hauts en couleur, bruyants et amoureux.
            Les belles filles, dégrafées, s'abandonnent. Leurs yeux, doucement mi-closent, et leurs
lèvres qui s'entrouvrent laissent apercevoir des trésors humides de pourpre et de nacre.
            Jamais pleines et jamais vides, les coupes !
            Les chansons s'envolent, scandées par le cliquetis des verres et les cascades du rire
perlé des belles filles.
            Et puis, voilà que la très vieille horloge de la salle à manger interrompt son tic-tac
monotone et ronchonneur pour grincer rageusement, comme elle fait toujours quand elle
se dispose à sonner l'heure.
            C'est minuit.
            Les douze coups tombent, lents, graves, solennels, avec cet air de reproche particulier
aux vieilles horloges patrimoniales. Elles semblent vous dire qu'elles en ont sonné bien d'autres
pour vos aïeux disparus et qu'elles en sonneront bien d'autres pour vos petits-fils, quand vous ne
serez plus là.
            Sans s'en douter, les gais compagnons ont mis une sourdine à leur tumulte, et les belles
filles n'ont plus ri.
            Mais Albéric, le plus fou de la bande, a levé sa coupe et, avec une gravité comique :
           - Messieurs, il est minuit. C'est l'heure de nier l'existence de Dieu.                                                          Toc, toc, toc !
           On frappe à la porte.
           - Qui est là ?... On n'attend personne et les domestiques ont été congédiés.
           Toc, toc, toc !
           La porte s'ouvre et on aperçoit la grande barbe d'argent d'un vieillard de haute taille,
vêtu d'une longue robe blanche.
            - Qui êtes-vous, bonhomme ?
            Et le vieillard répondit avec une grande simplicité :
            - Je suis Dieu.
            A cette déclaration, tous les jeunes gens éprouvèrent une certaine gêne ; mais Albéric
qui décidément avait beaucoup de sang-froid, reprit :      
                - Ça ne vous empêchera pas, j'espère, de trinquer avec nous ?                    
            Dans son infinie bonté, Dieu accepta l'offre du jeune homme, et bientôt tout le monde fut à son aise.
            On se remit à boire, à rire, à chanter.
            Le matin bleu faisait pâlir les étoiles quand on songea à se quitter.               Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure grâce du monde, qu'il n'existait pas.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  
                                                                                                                                
* Frère aîné de Charles Cros                                                                                                                                                                                                                                                              

                                                                                                      Alphonse Allais
                                                                                                     1885



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                              Patriotisme et Religion

            Pauvre et noble Espagne, comme te voilà bas, mais combien tu es courageuse et digne dans ton malheur, et si pleine d'espoir en l'avenir.

            J'arrive de ce pays affligé entre tous, et je me déclare plein d'admiration pour le magnifique ressort de l'âme espagnole.
            Nous n'avons plus de colonies, disent les hidalgos, eh bien ! tant mieux, c'est autant de dépenses en moins.
            Un petit air de guitare là-dessus, et Ollé !
            Les femmes, surtout, sont extraordinaires.
            Ce que je vais raconter à ce sujet est à peine croyable, et je m'attends à être, une fois de plus, traité de blagueur.
            Imaginez qu'il s'est fondé une confrérie de jeunes filles.
            Mais, avant de continuer mon récit, j'invite les parents soucieux de la pureté de pensée de leur progéniture de ne point laisser le présent papier sous les yeux de leurs petites demoiselles. Car, sans entrer autant que je le voudrais en de troublantes techniques, je vais traiter un sujet assez scabreux.

            Il y a environ deux mille ans, une jeune Asiatique, fort connue depuis sous le nom de Vierge Marie, manifestait devant qui voulait l'entendre son goût très vif pour le célibat.
            Des voix que j'ai tout lieu de croire autorisées, changèrent sa vocation.
            Faisant miroiter à ses yeux les intérêts supérieurs de l'humanité, des voix suggérèrent à la jeune fille que le monde ne pouvait être sauvé que par un fils issu de ses entrailles.
            Marie se laissa convaincre.
            Elle épousa bientôt un respectueux menuisier du nom de Joseph et, l'année d'après, mettait au monde un fils.
            Un respectueux menuisier, ai-je dit. Oui, respectueux au-delà de toute exagération.
            Marie était devenue mère à la suite de l'Opération généralement désignée sous le nom de l'Opération du Saint-Esprit.
            A la vérité, cette expérience n'était autre chose que ce que nous appelons aujourd'hui la fécondation artificielle, opération parfaitement connue des mages chaldéens de l'époque.
            Ce qu'il advint du bébé, vous le savez aussi bien que moi : très intelligent, fort débrouillard, excessivement calé sur une foule de sciences et, ce qui ne gâte rien, charmeur de tout premier ordre. Jésus-Christ, puisqu'il faut l'appeler par son nom, sauva le monde et fonda une religion, laquelle, à l'heure où nous mettons sous presse, est encore des plus prospères.

            Eh bien ! quelques centaines de jeunes filles espagnoles ont voulu prendre modèle sur la Vierge Marie, et se sont décidées à créer par le même procédé, et sans péché, une foule de Sauveurs pour l'Espagne.
            Un ordre s'est rapidement fondé sous l'invocation de Notre Dame de la Natalité.
            Des couvents se bâtissent qui ressemblent à nos plus modernes maisons de maternité.

            Et les papas, où va-t-on les chercher, dites-vous, lubriques roquentins ?
            Je répondrai aussi brièvement et aussi délicatement que possible. Les pères sont des pères anonymes, auxquels on ne demande qu'à être sains, jeunes et intelligents.
            Ils ne connaîtront jamais leurs épouses et leurs épouses ne les connaîtront jamais.
            Beaucoup de religieux, des Carmes surtout, coopèrent à cette oeuvre de relèvement national avec une abnégation toute virile.
            Chacune de ces jeunes filles est persuadée qu'elle est désignée par le ciel comme mère du futur sauveur, et cela est des plus touchant, n'est-il pas vrai ?
            Il me fut donné d'assister, dimanche dernier, à la grand-messe dans la chapelle d'un de ces couvents.
            Les religieuses sont pour la plupart fort jolies et toutes chantent comme des anges.
            Eh bien ! vous direz tout ce que vous voudrez, mais un pays où se passent de telles choses n'est pas un pays fichu, loin de là.


                                                                             
                                                                               Alphonse Allais
                                                             25 janvier 1899 in
                                                                                       Fumisteries
                                                        
         

dimanche 4 juin 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 76 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

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                                                                                                            17 août 1662
                                                                                                 Jour du Seigneur
            Levé de bonne heure car c'est le dernier dimanche de prêche des presbytériens, à moins qu'ils ne lisent les nouvelles Prières publiques et ne répudient le Covenant, de sorte que j'avais envie d'entendre le sermon d'adieu du Dr Bates, où je me suis rendu à pied, m'arrêtant d'abord chez mon frère, et j'apprends qu'il a été absent une semaine en compagnie du Dr Pepys, personne ne sait où, moi non plus, sauf par hasard qu'il était parti, ce qui me tracasse.. Je ne fis donc que me présenter à sa porte, mais sans le demander. J'allai chez Madame Turner pour savoir si elle allait à l'église et lui dire que je dînerai avec elle. Puis à pied à St Dunstan où, comme il n'était pas encore 7 heures, les portes n'étaient pas ouvertes.. J'allai donc me promener une heure dans le jardin du Temple en relisant mes voeux. Ce m'est un grand contentement de voir comme je suis un autre homme, en tous points meilleur, depuis que je les ai faits. Que le Dieu du ciel me fasse persévérer et m'en rende reconnaissant !
            A 8 j'entrai par une porte de derrière, au milieu d'une foule, l'église était à moitié pleine avant qu'aucune porte fut ouverte au public. C'est la première fois que cela m'arrive depuis bien des années, depuis que j'allais à l'église avec mes parents. J'entrai dans la tribune, à côté de la chaire, et j'entendis très bien. Son texte était " Maintenant le Dieu de paix ", le dernier chapitre des Hébreux verset 20. Très bon sermon avec très peu d'allusions aux événements contemporains. Outre le sermon je pris grand plaisir à regarder une dame élégante que j'ai souvent vue se promener dans le jardin de Gray's Inn. Et j'eus la chance de la rencontrer juste à la porte, comme elle sortait, et c'est une bien jolie, sémillante personne, et je crois que c'est elle que ma femme et moi avons vue il y a quelques semaines à la barrière du Temple et dont nous avons quelquefois parlé. Puis chez Madame Turner et dînai avec elle. Elle avait entendu le Dr Herring faire ses adieux, bien qu'à se servir autant qu'il l'a fait des Prières publiques, il a perdu l'estime des deux partis.
            Après le dîner retournai à Dunstan. L'église était tout à fait bondée à mon arrivée, à une heure exactement. Je montai à nouveau dans la tribune, mais j'étais debout dans la foule et je suai excessivement tout ce temps-là. Il a repris son texte et ce n'est qu'à la conclusion qu'il nous parla ainsi: " Je pense bien que vous êtes nombreux à attendre de moi quelques réflexions qui aient trait à l'actualité, puisque c'est la dernière fois qu'il me sera permis de paraître ici. Vous savez que ce n'est pas mon habitude de rien dire d'étranger à mon texte et à mon propos. Mais je dirai pourtant ceci, que ce n'est pas mon opinion, mon parti ou mon humeur qui m'empêchent de me plier à ce qu'on exige de nous, mais quelque chose qui, après beaucoup de prières, de discussions et d'études, n'est pas élucidé et m'oblige à agir ainsi. C'est pourquoi, si c'est mon malheur de n'avoir pas reçu une illumination qui m'ordonnerait d'agir autrement, je ne vois pas pourquoi les hommes ne me le pardonneraient pas en ce monde, et j'ai bonne confiance que Dieu me le pardonnera dans l'autre. " Et c'est ainsi qu'il conclut.
            Le pasteur Herring lut un psaume et des chapitres avant le sermon. L'un était le chapitre des Actes où se trouve l'histoire d'Ananias et de Saphira. Et quand il eut terminé il dit : "C'est exactement le cas de l'Angleterre d'aujourd'hui. Dieu nous ordonne de ne pas prêcher, et si nous prêchons nous irons en prison et subirons d'autres peines. Tout ce que je puis dire c'est que je demande pour nous vos prières et celles de tous les bons chrétiens. " C'est là tout le commentaire qu'il fit de ce chapitre, ces mots même et pas un de plus.
            Je fus très content de la façon dont le Dr Bates introduisit l'oraison dominicale après sa propre prière, à savoir : " En ces termes exhaustifs se résument tous nos désirs imparfaits - Notre Père etc ".Le culte terminé et comme il pleuvait je pris une voiture de louage et je rentrai tout en sueur et craignant d'attraper froid.                                                                la-croix.com
Résultat de recherche d'images pour "presbytériens anglais"            A mon cabinet. Mr Moore vint et nous nous promenâmes jusqu'à ce qu'il fît tout à fait noir. puis j'écrivis une lettre à milord du Sceau privé de la part de milord, demandant que Mr Moore fût assermenté comme représentant direct de milord, puisqu'il refusait de l'assermenter comme représentant concurremment avec moi. De sorte que je suis maintenant dégagé de cette charge et le profit est devenu si petit que je ne suis pas mécontent de m'en tirer aussi bien.
            Lui parti j'allai lire dans mon cabinet de travail, puis mangeai un peu de pain et de fromage,
 et au lit.                                                                                  
            On me dit que la plupart des pasteurs presbytériens ont fait leurs adieux aujourd'hui. Et la Cité en est fort mécontente. Je prie Dieu de nous garder en paix et de rendre les évêques attentifs à les remplacer par de bons pasteurs, ou alors tout volera en éclats, car de mauvais ne seront pas acceptés par la Cité.


                                                                                                       18 août

            Levé de très bonne heure, montai voir comment mes travaux avancent. Je suis très content. Vers 7 heures, à cheval, allai à Bow. Arrivé là me rendis à la Tête du Roi et pris un déjeuner d'oeufs en attendant Mr Deane, de Woolwich. Puis nous allâmes à cheval dans la forêt de Waltham. Nous vîmes beaucoup d'arbres appartenant au roi qu'on était en train d'équarrir, et il me montra tout l'art du demi-carré qui trompe le roi lorsqu'il achète le bois. Ce que j'aurai grand plaisir à redresser. Après avoir passé un grand moment dans la forêt nous nous rendîmes à Ilford, et là, pendant qu'on préparait le dîner, nous nous exerçâmes à cuber les tables et autres objets, et je finis par très bien comprendre comment on mesure le bois de charpente et les planches. Puis après le dîner arrive Mr Cooper que j'avais envoyé chercher, notre représentant dans la forêt. Il me rend compte de la situation et me dit qu'on est peu empressé dans le pays à venir avec ses charrettes. Au bout d'un moment arrive Mr Marshall qui fournit au roi de nombreuses charrettes pour son bois, et ils restèrent boire avec moi. Sir William Batten passa dans sa voiture, revenant de Cochester où il était allé voir son gendre Leming qui est en train d'y mourir. Mais j'ai fait semblant de rien et l'ai laissé passer. Au bout d'un moment remontai à cheval et allai à Barking. Je vis l'endroit où l'on embarque ce bois pour Woolwich, et Deane et moi sommes rentrés. Nous nous quittâmes à Bow et j'arrivait juste avant une grosse averse, grâce à Dieu.
            Dean me paraît un homme assez capable et capable de servir le roi, mais je crois, plutôt par jalousie des autres officiers de l'arsenal ( dont il dit grand mal ) que par vrai dévouement, plus grand que celui d'autres, au service. Il essaie d'avoir l'air modeste, mais il fait valoir son travail et son talent, et il rivalise avec d'autres, en particulier les Pett. Mais je ne dis rien car je veux entendre tout ce qu'il dira.
            Dans la soirée je trompai le temps au bureau, en essayant de me réciter les règles du cubage apprises aujourd'hui. Puis au lit, fort satisfait de la tâche accomplie ce jour.


                                                                                                       19 août

            Levé de bonne heure pour voir comment avancent mes travaux. Puis visite de Mr Creed. Nous nous promenâmes au jardin une heure ou deux, jusqu'à 8 heures, à parler de nos comptes et des affaires d'Etat. Il me dit, entre autres, que milord m'a mis, avec lui et de nombreux nobles et d'autres, dans une commission pour Tanger. Si c'est le cas, ce n'est pas seulement un grand honneur, mais ce peut être aussi d'un grand profit. Et j'en suis très heureux.
            Puis au bureau pour la réunion. Mr Coventry nous raconta le duel entre Mr Jermyn, neveu de milord St Albans, et le colonel Giles Rawlins. Ce dernier est tué, le premier, croit-on, mortellement blessé. Ils se sont battus contre le capitaine Thomas Howard, frère de milord Carlisle et un inconnu, qui, dit-on, portaient une armure qui rendait toute blessure mortelle impossible, de sorte qu'une des épées glissa contre jusqu'à la garde. Ils avaient des chevaux tout prêts et se sont enfuis. Mais le plus étrange c'est que Howard envoya une provocation, mais la rencontre ne put avoir lieu, il en envoya alors une seconde. Ils se sont rencontrés hier dans le vieux mail de St James, sans vouloir jamais dire à Jermyn la cause de la querelle. Personne ne la connaît. La Cour est fort soucieuse de ce combat, et je me réjouis, espérant que cela donne lieu à quelques bonnes lois contre le duel.
            Après notre réunion,, promenade avec sir George Carteret, dans le jardin. Il me dit que sir William Batten s'était plaint à lui de ce que certains d'entre nous lui veulent du mal. Mais il ne s'en soucie pas. Il lui est plutôt hostile. Il fait profession de m'aimer beaucoup et me dit avoir parlé de moi à milord le chancelier...... J'en suis très heureux, et je ne doute pas que les choses iront de mieux en mieux pour moi.
            Dînai seul à la maison, puis à mon bureau où je travaillai jusque tard le soir. Et à la maison, mangeai un morceau, et au lit.


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Image associée            Levé de bonne heure, et au bureau. Puis allai voir milord Sandwich, au lit quand j'arrive mais me fait entrer. Il me dit, entre autres, qu'il m'a mis dans la commission sur l'affaire de Tanger avec beaucoup de grands personnages, ce qui est un grand honneur et peut-être sera à mon avantage. Au bout d'un moment arrive Mr Coventry, lui aussi nommé dans la commission. Apprenant que j'y suis aussi, il se dit très heureux et que je suis l'âme de notre bureau et bien d'autres éloges, dépassant la mesure. Et que si autrefois il me respectait à cause de lui, il me respecte mieux à cause de moi.....
Ainsi, de toutes parts, par la faveur de Dieu, je me vois homme de grand avenir. Puis arrive milord Peterborough avec qui nous causâmes un grand moment. Il repart demain pour Tanger. Je constate qu'il n'y a guère encore d'espoir de paix avec Guyland, ce qui est très préoccupant pour Tanger. Et j'ai entendu dire bien des choses que je ne comprends pas, et dont je ne peux donc me souvenir.
            Milord Sandwich et milord Peterborough se rendant à chez l'avocat général pour la rédaction de cette commission, j'allai au palais de Westminster avec Mr Moore. Et là, rencontrant Mr Townshend, il voulut absolument m'emmener dans Fleet Street voir " un certain " Mr Barwell, sellier attitré du roi, et là, avec plusieurs personnes de la Garde-Robe, nous dînâmes. On nous servit un pâté de chevreuil et d'autres bons mets simples et élégants. La maîtresse de maison est une jolie femme aux bonnes manières, elle a de belles mains. Sa servante est une jolie brune. Mais je vois que ma nature revient à son ancienne pratique de boire du vin et de m'absenter de mon travail. Et pourtant, j'en remercie Dieu, je n'en éprouvais pas grand contentement et restai mal à l'aise. Après le dîner je me hâtai de rentrer au bureau, par le fleuve, et travaillai jusque tard le soir. Dans la soirée Mr Hayward vint me consulter sur l'affaire de la Caisse, et j'ai maintenant envie de passer à l'action, bien que je sache que cela contrariera sir William Batten, qui est l'un des buts, Dieu me pardonne, que je poursuis.
            Puis rentrai et mangeai un morceau et au lit.


                                                                                                     21 août

            Levé de bonne heure et au bureau. Réunion toute la matinée. A midi, bien que je fusse invité chez mon oncle Fenner pour dîner d'un quartier de chevreuil que je lui envoyai hier, je n'y suis pas allé, ai préféré aller chez Mr Rawlinson où mon oncle Wight, ma tante et quelques couples parmi leurs voisins étaient attablés autour d'un très bon pâté de venaison. Alors que nous étions à table, arriva une très jolie jeune femme, seulement ses mains n'étaient pas blanches ni belles. Ce qui me fit grand plaisir. J'appris que c'était la soeur de Mrs Anne Wight. Nous formions une compagnie agréable et on nous servit un dîner fort élégant. Après, on causa, moi avec ma tante et cette jeune femme sur leur séjour à Epsom, d'où elles sont arrivées aujourd'hui. Puis retour au bureau où je travaillai jusqu'à plus de 9 heures. Et rentrai et au lit. Bien que je n'ai pas pris de vin aujourd'hui, avec quelle facilité ai-je été tout naturellement poussé à inviter ma tante et cette jeune femme, car c'est à cause d'elle que je l'ai invitée, à m'accompagner à Greenwich visiter les bateaux de plaisance. Mais ma tante refusa, ce dont maintenant je suis fort heureux.


                                                                                                    22 août 1662

            Vers 3 heures, ce matin, je fus réveillé par le bruit de la pluie. La plus violente averse que j'aie entendue de ma vie. Et la chatte était enfermée dans la chambre et poussait de grands miaulements, et sautait sur le lit, ce qui m'empêcha de dormir un grand moment. Puis je m'endormis et me levai vers 5 heures et allai à mon bureau. Vers 8 heures me rendis à Deptford, et accompagné de Mr Davies examinai la plupart de ses approvisionnements. Et alors, dans le grand magasin, pendant que le capitaine Badiley parlait avec nous, quelqu'un, par inadvertance, laissa tomber, d'en haut, par une trappe, un rouleau de câble, et ce fut un vrai miracle qu'il ne rompît pas le cou du capitaine Bailey, tant il passa près de lui.
            Je procédai à mon inspection et à mes demandes de renseignements sur les approvisionnements avec un très vif plaisir et, ayant terminé, je rentrai en canot et dînai. Et après je fis appeler quelques-uns de mes ouvriers et les réprimandai, ce qui, je l'espère, hâtera mes travaux.
            Puis, par le fleuve, au palais de Westminster. On me dit, là, que le vieux Mr Hales est mort, récemment, tout d'un coup, en une heure. Rencontrai Will Bowyer qui m'a promis une place dans sa maison d'où voir le spectacle demain. Puis chez milord d'où j'envoyai chercher Mr Creed. Nous nous promenâmes, parlant affaires, puis allai à son logis, chez Clerke le confiseur. Là il me donna une petite collation. J'aurais voulu le prier de me donner un perroquet pour ma femme, mais il m'a donné le moyen d'en avoir un plus beau par Steventon, de Portsmouth. Il m'a confié un plan de Tanger pour copie. Ce qui m'a fait bien plaisir. Puis rentrai par le fleuve et allai à mon bureau, où je suis resté tard, et rentrai et au lit.


                                                                                                         23 août
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James II (1633–1701)            Levé de bonne heure pour m'occuper des travaux de ma maison, voir ce qui est fait et en projeter d'autres, puis à mon bureau. Réunion jusqu'à midi. Ensuite promenade avec Mr Creed, un grand moment au jardin. Il me dit ce qu'il pensait de la si grande autorité sur les finances de sir George Carteret, et qu'il faut la lui ôter. En vérité c'est bien lui le fléau de toutes nos affaires. Il me fit aussi remarquer les efforts de sir William Batten à s'occuper de son travail, c'est un peu vrai mais il n'en sortira rien.Je l'ai aussi pressé d'obtenir du Duc un ordre pour notre enquête sur la Caisse de Chatam. Puis nous nous séparâmes et Mr Creed venu comme convenu,nous sortîmes ensemble et avons dîné à une table d'hôte de Lombard Street, mais sans trouver de canot. Je proposai 8 shillings pour qu'un canot restât à ma disposition cet après-midi, mais ils refusèrent, car c'est le jour d'arrivée de la reine de Hampton Court à Londres. Nous avons donc tranquillement marché jusqu'à Whitehall où nous entrâmes dans le jardin, traversant le logis de milord, puis au jeu de boules et jusqu'en haut du nouveau pavillon d'été au bord de la Tamise, l'endroit le plus agréable qu'on pût trouver. Tout le spectacle était le grand nombre de canots et de barques, et deux tableaux vivants, l'un représentant un roi et l'autre une reine avec ses filles d'honneur très joliment assises à ses pieds. On me dit que la reine est la fille de sir Richard Ford. Bientôt arrivèrent le roi et la reine dans un bateau sous un dais, avec 10 000 barques et canots, je crois, car ils empêchaient de voir l'eau ou le roi et la reine. Ils débarquèrent au pont de Whitehall et les grands canons de l'autre rive tirèrent.
            Mais ce qui m'a fait le plus grand plaisir c'est que milady Castlemaine était en face de nous. Je me suis rassasié de la regarder. Son mari et elle au même endroit, marchant sans se porter attention l'un à l'autre, cela me parut étrange, seulement en arrivant, il ôta son chapeau et elle le salua fort poliment. Mais ensuite ils ne se prêtèrent nulle attention. Mais de temps en temps, l'un ou l'autre prenait leur enfant que la nourrice prenait dans ses bras et le balançait. Encore une chose, il arriva qu'un échafaudage, qui était au-dessous, s'écroula et nous craignîmes qu'il n'y eût des blessés, mais il n'y en eut pas . Mais elle, seule de toutes les grandes dames descendit en courant au milieu du vulgaire pour voir s'il y avait des blessés et s'occuper d'un enfant qui s'était fait un peu mal. Ce qui me sembla vraiment noble.
            Arriva bientôt quelqu'un portant bottes et éperons avec qui elle parla longtemps. Et au bout d'un moment, comme elle était en cheveux elle mit son chapeau à lui, un chapeau ordinaire, pour se protéger du vent. Je pensai que cela lui seyait admirablement, comme tout lui sied.
            Le spectacle terminé je partis, non que je fus lassé de la regarder et j'allai au logis de milord où mon frère Tom et le Dr Tom Pepys voulaient me parler. Je me promenai avec eux dans le jardin et me fâchai fort contre eux de ce qu'ils avaient quitté Londres sans que j'en susse rien. Mais ils me dirent que c'était pour aller voir une dame que Tom pourrait épouser, que Mr Creed avait trouvée. Elle a 500 livres est de bonne éducation. Elle s'appelle Hobbell et habite près de Banbury. Elle exige un douaire de 40 livres par an. Elle plaît à Tom et a été fort bien reçu. Cooke s'est montré très obligeant dans cette affaire. Elle est sous la tutelle de Mr Young père de la Garde-Robe.
            Au bout d'un moment arrive milord, de sorte que nous interrompons notre entretien et entrons avec lui. Après que je les eus renvoyés je m'entretins une demi-heure avec milord, sur les sujets de mécontentement actuels. Nous conclûmes qu'ils n'aboutiraient pas à un conflit, quoique les presbytériens en seraient bien aises. Mais il ne semble pas que la religion puisse de sitôt causer une nouvelle guerre.
            Puis à ses affaires personnelles : il m'a demandé si à mon avis il ferait bien de continuer à acheter des terres en empruntant de l'argent pour les payer, ce qu'il est disposé à faire, car une occasion comme celle de Mr Buggins pour Stukeley ne se trouve pas tous les jours, et Brampton lui est maintenant totalement octroyé par le roi, je veux dire sa reversion après la mort de la reine. Et en attendant il achète à sir Peter Ball le droit que celui-ci possède à présent.
            Puis nous parlâmes des affaires de la marine, et il conclut, comme moi, qu'il est inutile de s'imposer de nouveaux voyages à l'étranger qui sont coûteux, à moins qu'une guerre n'éclate, et qu'en laissant sa famille à la campagne un certain temps il pourra amasser de l'argent.   reposti.com 
Image associée            Il est heureux de l'amitié de Mr Coventry et je l'ai encouragé. Mais, comme Mr Coventry, il peste fort contre la façon dont se font nos paiements et déplore que le trésorier dispose de tout pouvoir pour faire ce qu'il veut. Mais je crois qu'il ne s'en mêlera pas personnellement.
            Il m'a dit aussi que dans la commission de Tanger Mr Coventry lui avait conseillé que Mr Povey, qui veut en être le trésorier, ne fît pas lui-même partie de la commission, C'est en effet une excellente règle que dans aucun service le trésorier ne fasse partie de la commission. Et je lui souhaitai le bonsoir là-dessus. Et avec grande difficulté, en effet à 9 heures du soir les rues étaient bondées de monde qui revenait dans la Cité, car toutes les rives du fleuve étaient remplies de gens de retour après avoir vu passer le roi, ce qui tenait du prodige. J'arrivai à la cour du palais où je pris un canot pour l'ancien Cygne, et rentrai à pied à la maison, et au lit, très fatigué.


                                                                                                                  24 août
                                                                                               Jour du Seigneur, M
            Dormi jusqu'à 7 heures aujourd'hui, ce qui ne m'est pas arrivé depuis très longtemps. Levé et allai à mon bureau jusqu'à l'heure de l'office, à noter mes observations d'hier. Tout seul à l'église, je trouvai Will Griffith et Thomas Hewett installés sur le banc juste derrière le nôtre et où se mettent nos servantes. Mais quand j'arrivai ils sortirent. Certaines gens sont si effrontées qu'elles outrepassent leurs droits. Nous avons eu un sermon languissant et ennuyeux. Rentrai dîner à la maison et visite de mon frère Tom. Nous nous promenâmes tout seuls dans le jardin, à parler de son récent voyage et de sa maîtresse. D'après ce qu'il me dit j'en augure bien. Après son départ je retournai à l'église. Mr Milles dans son prêche a dénigré la confession auriculaire, mais la valoriser par les mauvais arguments qu'il utilisait contre elle et en conseillant aux gens de venir le trouver pour lui confesser leurs péchés, autant que possible quand ils auraient un poids sur la conscience. Sermon qui m'a contrarié. Puis rentrai et après une heure seul dans mon bureau à examiner les cartes et les globes, je fus à pied chez mon oncle Wight. La vérité c'est que j'espérais voir, pour faire sa connaissance, cette jolie femme venue avec eux dîner l'autre jour chez Mr Rawlison, mais elle est repartie. Je suis resté souper et il y avait beaucoup de monde, le Dr Burnet, Mr Cole l'avocat, Mr Rawlison et Mr Sutton frère de mes tantes et que je ne connaissais pas encore. J'appris qu'il y avait eu un tapage dans une église de Friday Street. Un grand nombre de jeunes gens rassemblés et criant " bouillie " dans l'église de façon répétée et séditieuse, et ils ont, me dit-on, emporté le Livre des prières publiques, et quelques-uns l'ont déchiré. C'est un événement qui me paraît lourd de menaces. Je prie Dieu de les écarter. Et après souper rentrai et au lit.


                                                                                                       25 août

            Levé de bonne heure et allai au milieu de mes ouvriers au moment où ils arrivaient. Je leur assignai leur place, chacun à son travail. Bien que cela eut commencé par de la colère, je fus content de voir ensuite les choses bien mises en place. Puis je les quittai et allai à Woolwich par le fleuve, m'arrêtant en chemin à Ham Creed, où je n'ai jamais été. Trouvai deux des navires du roi mouillés, sans âme qui vive à bord, ce qui me tracassa, tout étant volé qui pouvait l'être. Je restai et vis fabriquer un câble de 14 pouces.
            Puis chez Mr Falconer mangeai un morceau de viande rôtie pris sur la broche. Puis à l'arsenal où, entre autres, je fis l'appel du personnel et agis de telle façon que je vois bien qu'on commence à m'estimer et que je saurais me rendre maître de toutes ces questions, ce dont Dieu soit loué. Puis chez  Mr Pett où je mangeai quelques fruits et bus. Puis repris le canot et fus à Deptford, m'arrêtant uniquement pour l'affaire de ma maison et rentrai et trouvai, comme convenu, Mr Coventry et Mr Waith, Nous nous rendîmes chez sir William Batten et nous convînmes d'une façon de répondre à la lettre de milord trésorier. J'apprends alors que Mr Coventry a reçu une lettre du Duc lui demandant de s'enquérir de l'affaire de la Caisse, ce dont je me réjouis. Je rentrai ensuite et montai au milieu de mes ouvriers. Je vois qu'ils ont fait du bon travail aujourd'hui, puis à mon bureau jusque tard à régler plusieurs affaires, et à la maison et au lit, l'esprit, Dieu soit loué, plein de mes affaires, mais très tranquille.


                                                                                                    26 août

            Levé de bonne heure, et au milieu de mes travaux et de mes ouvriers eus grand plaisir à les voir travailler gaiement, et nombreux, ce qui, je le vois, fait bien avancer les choses. Puis au bureau, réunion toute la matinée. A midi dînai avec sir William Batten, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps, mais sa femme absente j'étais mieux disposé. Nous allâmes ensuite à Deptford par le fleuve où nous avons trouvé sir George Carteret et milady en train de dîner, de sorte que nous prîmes place à table pour un second dîner de chevreuil. Puis à la paierie jusqu'à 10 heures du soir, payé la solde de l'équipage du Martin et du Kinsale, petits navires mais qui posent problème pour le paiement
Et c'est dans le noir que nous revînmes par le fleuve jusqu'à la douane où nous prîmes une lanterne pour éclairer notre route jusqu'à la maison, avec Mr Morris le tonnelier, il nous avait rejoint à Deptford pour examiner des tonneaux du roi que nous devons rendre.
            Puis au lit.


                                                                                                       27 août
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Image associée            Levé et au milieu de mes ouvriers. Les travaux avancent très bien. Puis à mon bureau toute la matinée, et dînai à nouveau avec sir William Batten, sa femme étant toujours à la campagne. Il a raconté, entre autres histoires, celle du maire de Bristol qui lisait, en tenant à l'envers, le livre, et celle du barbier qui ne savait pas lire et jeta une lettre dans le caniveau quand quelqu'un s'approcha lui demanda de lire l'adresse, il répondit : " Croyez-vous que je suis là pour lire les lettres ? " De nouveau au milieu de mes ouvriers, passant le temps fort agréablement tout l'après-midi. Puis au bureau, travaillai jusqu'à 9 heures du soir passées. Puis rentrai et au lit. Cet après-midi visite de Mrs Hunt, je lui ai donné un melon musqué. Aujourd'hui j'ai vendu mon fût de Xéres à sir William Batten et je suis content d'avoir cet argent plutôt que du vin.
            Après avoir écrit ceci dans mon bureau, ce que je fais régulièrement depuis quelque temps, depuis que ma femme est à la campagne, je rentrai chez moi et comme Will était à Deptford toute la journée avec d'autres commis à faire des comptes, je ne le pensais par rentré, mais j'étais inquiet car il était tard. Mais en arrivant je le trouvai prenant ses aises dans son cabinet, ce qui me contraria furieusement, parce .qu'il pensa si peu à moi et me laissa tout seul au bureau à l'attendre. Aussi je le frappai et le réprimandai jusqu'à minuit. Je lui dis nettement que je n'entendais pas être servi de cette façon et que je suis décidé à chercher un jeune domestique que je puisse former à mon idée. Et c'est en
effet ce que je veux faire, car je vois bien que depuis qu'il est chez moi il a pris un goût de liberté auquel il ne renoncera pas. M'étant ainsi soulagé, je fus au lit.


                                                                                                  28 août 1662

            Je remarque que Will qu'il me fallait appeler deux ou trois fois le matin, est maintenant capable de s'éveiller et de se lever tout seul, et j'avais beau être fâché, j'en fus content. Je me levai donc et fus au milieu de mes ouvriers, en robe de chambre, sans pourpoint, une ou deux heures ou davantage, jusqu'à ce que j'aie eu peur d'attraper une fièvre. Puis au bureau, réunion toute la matinée. A midi dînai, avec Mr Coventry, chez sir William Batten ( trois jours d'affilée ! ) et l'après-midi à nouveau réunion, ce que nous voulons faire deux après-midi par semaine, outre notre autre réunion.
            Dans la soirée je fus vois comment marchent mes travaux, puis à mon bureau, ai écrit par la poste et m'occupai d'autres affaires. Rentrai et au lit tard.


                                                                                          29 août

            Levé de bonne heure et ai été au milieu de mes ouvriers la plus grande partie de la matinée, ne passant qu'un instant au bureau. Dînai seul chez moi et retournai auprès de mes ouvriers, m'apercevant que ma présence fait que l'ouvrage avance à mon idée et avec plus de célérité. Et Dieu merci j'en suis fort satisfait.
            Le soir, mes ouvriers partis, je fus à mon bureau et j'ai, entre autres ce soir, commencé à examiner les comptes  d'un commissaire de la Marine, avec Mr Lewis, et l'affaire des substances. Il y a là une grande diversité mais je vois que je finirai par m'y entendre et que je pourrai être utile ici aussi. Puis, fatigué, ayant froid et aussi un peu peur d'attraper une fièvre, je rentrai me coucher.


                                                                                           30 août

            De bonne heure au milieu de mes ouvriers, puis au bureau et réunion jusqu'à midi. Nous apprîmes que sir William Penn serait à Londres ce soir, arrivant d'Irlande, ce qui m'étonne fort, étant donné qu'il l'avait si peu annoncé. J'en étais fort ennuyé, ne sachant où me loger et moins encore que faire de toutes mes affaires qui sont chez lui. Mais enfin j'ai décidé de les laisser jusqu'à lundi et j'ai chargé Griffith de me trouver un logement le plus près possible. C'est à quelques pas de la porte de derrière, qui donne sur la colline de la Tour, une chambre où couche John Davis, un de nos commis, mais il logera ailleurs. Puis au bureau tout l'après-midi et la soirée, jusqu'à 10 heures, attendant son arrivée. Comme il n'arrivait pas je fus là-bas où je me trouvai fort bien, ce logement me satisfait. Mon commis, Will, après m'avoir mis au lit, est allé dormir à la maison, et ma servante Jane a couché près de mes affaires chez sir William Penn.


                                                                                           31 août 1662
                                                                             Jour du Seigneur
            Eveillé de bonne heure, mais étant dans une maison inconnue ne me suis levé qu'à près de 7 heures. Relus mes serments et réfléchis à des affaires jusqu'à l'arrivée de Will venu m'habiller. Ma toilette faite je fus à mon bureau et de là à l'église. Après le sermon rentrai et dînai seul. On m'annonce que sir William Penn est arrivé, mais je n'ai rien voulu faire jusqu'après le dîner, je lui fis alors dire que j'irai lui rendre mes devoirs, mais il est allé se coucher. Puis à mon bureau où je fis mes comptes du mois. Je trouve que je possède en argent environ 686 livres 19 shillings 2 pence et demi, ce dont Dieu soit loué.
            Et en vérité c'est de toute mes forces qu'il me faut louer le Dieu tout puissant qui me bénit très manifestement dans les efforts que je fais pour m'acquitter des devoirs de ma charge, car maintenant je mets de l'argent de côté et mes dépenses sont très réduites.
Résultat de recherche d'images pour "presbytériens anglais"  *          Ma femme est encore à la campagne. Ma maison est toute sale, mais mes travaux sont bien avancés et seront à la fin fort à mon goût.
            Dans l'après-midi à l'office, et j'entendis un sermon simplet d'un inconnu sur les paroles de David " Heureux celui qui ne marche point selon le conseil des méchants ", etc., et le meilleur de son sermon c'était comment par degrés, lorsqu'ils marchent, lorsqu'ils sont debout ou qu'ils sont assis, comment par étapes et par degrés les pécheurs progressent dans le mal.
            Après le sermon chez mon frère Tom que je trouvai ayant pris aujourd'hui médecine. Je parlai avec lui de sa maîtresse de province et lus la lettre de Cooke, qui me satisfait pleinement et je favoriserai ouvertement cette affaire. Puis rentrai et fus chez Mr Rawlinson, soupai avec lui, et arrivèrent mon oncle Wight et ma tante. Nous avons parlé du mécontentement qui se répand chez les presbytériens et à cause d'eux. On en a emprisonné quelques-uns aujourd'hui et la milice bourgeoise surveille étroitement la Cité. On a saisi des lettres concernant une conjuration. Dieu nous préserve car tout cela ne présage rien que de très fâcheux. Puis rentrai. Après avoir été féliciter de son retour sir William Penn, qui n'était pas prêt, car il allait se coucher, je restai un petit moment avec lui, puis à mon logis et au lit.

  *     cath.ch    
     

                                                            à suivre......./

                                                                                   1er septembre 1662

              Levé de bonne heure.........