lundi 31 juillet 2017

Premier arrêt après la mort Jacques Attali ( Roman policier France )



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                                                 Premier arrêt après la mort

            2018, 16 juillet 2018. la France épargnée par des attentats terroristes, alors que les pays voisins comptent leurs morts, la France apprend le 1er assassinat, affreusement mutilé, difficilement identifiable, seul maigre indice un vers d'un poète quasi inconnu hors des pays anglo-saxons. Et une course contre la montre débute, le ou les meurtrier donne une date limite à qui doit se reconnaître dans ces quelques mots et avouer un passé sulfureux. Dans le cas contraire le pays sera l'objet de grands drames. Parallèlement, Jacques Attali fait le point chaque jour sur les événements mondiaux, La Chine et la Corée, le Japon qui accepte de ne pas avoir de bombe nucléaire, Poutine et son désintérêt pour la Syrie, et d'autres informations que nous recevons aujourd'hui chaque jour. Car l'enquête semble inquiéter le chef de l'Etat et certains de ses ministres. Efficace l'histoire, car l'enquête est bien conduite, par des policiers en plein déménagement : ils quittent le mythique quai des Orfèvres pour les Batignolles mais il faut avouer que le malaise vient des personnages. Fatima l'enquêtrice principale est tellement préoccupée par ses problèmes sentimentaux et sa vie personnelle, qu'elle semble hors jeu, pourtant elle tient entre les les mains un livre, sur le conseil de son père libraire : " Un roi sans divertissement ", Giono, explicatif peu-être " ...... Il racontait parfaitement combien chaque être humain peut être fasciné par le mal....... " Léo, on ne sait trop. Zemmour, adjoint de la commissaire, semble plus probable, modèle selon l'auteur, de Colombo. L'histoire parce que bien menée se termine dans la nuit du 4 août, 20 jours plus tard.





Clemenceau - Dély Régnault Carloni Garrigues ( Bande dessinée France )

Clemenceau
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                                                             Clémenceau

            Né en 1841 en Vendée il poursuit la pensée de son père républicain, comme Robespierre, contre la peine de mort. Il fait des études de médecine à Nantes puis à Paris où avec un petit groupe d'étudiants il commence à écrire des articles critiques. Il rencontre Auguste Blanqui "..... La République n'a pas besoin de modèles, elle a besoin de vérité, de dignité et d'âme..... " 1870 19 octobre, les Prussiens assiègent Paris depuis un mois, Georges Clémenceau est devenu maire du 18è arrondissement de Paris, il reçoit les représentants des institutions et rappelle aux instituteurs qu'ils n'ont aucun ordre à recevoir de leur paroisse. Homme de gauche, anticlérical. A cette réunion assiste une jeune femme qui outre l'absence de catéchisme réclame de l'aide pour le peuple qui manque de tout, son nom Louise Michel. Clémenceau, médecin du peuple soigne dans les dispensaires de Montmartre. Nuit du 17 au 18 mars 1871, rue Lepic, les Buttes Chaumont le peuple refuse de donner les canons aux soldats "...... La garde nationale c'est le peuple ! Le peuple ne tirera pas sur le peuple !.... " A Montmartre le maire tente de trouver des lits pour les malades trop nombreux. 1880 Dans ses discours Clémenceau en désaccord avec Gambetta qui meurt et le 2 janvier 1883 " ....... J'ai aimé Gambetta j'ai eu de l'estime pour lui. Il ne savait pas très bien où il allait mais il y allait avec flamme..... Nous n'avons plus désormais qu'un adversaire conservateur avant de réussir à instaurer la république radicale........ " Et se poursuit la longue histoire de Georges Clémenceau. L'homme politique qui signa les accords en 1919 de la fin de la guerre de 14 - 18 et qui avait parcouru les tranchées auprès des soldats, est appelé le " petit père du peuple " mais surtout " Le Tigre ". Il aimait les femmes, les arts, et s'il travailla auprès de Jaurès, il fut l'ami de Monet. Il écrivit beaucoup, dans les journaux, des livres, et créa même un hebdomadaire, seul rédacteur. Il mourut, un peu poussé à se retirer de la politique, le 24 novembre 1929. 

vendredi 28 juillet 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 80 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

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                                                                                                               17 octobre 1662

            Ce matin visite de Tom, il me demande de le conseiller sur la façon d'agir avec la mère de sa maîtresse pour ce qui est de lui assigner un douaire. Mais j'entends lui parler sous peu et lui dire mon opinion.. 
            Puis par le fleuve chez milord Sandwich à qui je racontai comme les choses se sont bien passées à la campagne, ce dont il a été très content et il paraît s'intéresser fort à moi. Puis à la Grand-Salle avec Mr Creed et ensuite le capitaine Ferrer que j'avais fait appeler. Nous allâmes tous trois dans la chambre de Creed où nous restâmes un bon moment à boire du chocolat. On me raconte les événements de la Cour : que les jeunes gens ont le dessus et que les vieux seigneurs graves sont mal en cour. Que sir Henry Bennet ayant pris la place de sir Edward Nicholas sir Charles Berkeley est nommé à la Bourse privée. C'est un homme fort vicieux et dont Mr Pearse, le chirurgien ce qui m'amuse, m'a raconté qu'il offrait à son épouse 300 livres par an pour être sa catin. Il m'a dit aussi que personne à la Cour n'avait davantage l'oreille du roi. L'influence de milady est plus grande que jamais. Et que Mrs Haslerigge, célèbre beauté, a été engrossée et est couchée. Il me dit aussi que c'est milord St Albans qui sera le probable trésorier général. Toutes choses qui m'affligent fort.
            Restai à causer un bon moment. Puis par le fleuve chez Mr Moore qui n'est plus alité et est convalescent. Puis à la maison et avec le commissaire Pett par le fleuve voir les mâts que Wood propose de vendre, nous les trouvons mauvais. Puis à Deptford pour certaines affaires et rentrai et allai à mon bureau. Nous n'avons parlé que de la vile conduite que sir John Mennes et sir William Batten ont eue à son égard quand ils furent, il y a peu, à Chatham. Ce que je suis fâché d'apprendre. Mais je ne doute pas que nous terrassions sir William Batten avant longtemps.
            A mon bureau. Apprenant que sir William Penn n'était pas bien je fus le voir et restai avec lui, puis à la maison, et au lit.


                                                                                                    18 octobre
Résultat de recherche d'images pour "samuel PEPYS"            Ce matin, ayant décidé que mon frère recevrait la mère de sa maîtresse demain, j'ai envoyé ma femme coucher chez eux ce soir pour le conseiller en cette affaire. Et moi au bureau toute la matinée et l'après-midi attentif à mes ouvriers, particulièrement mes menuisiers qui vont embellir ma salle à manger. Le soir à mon bureau puis allai voir sir William Penn qui continue à beaucoup souffrir, puis rentrai et, seul, au lit. Mais préoccupé par mes affaires et celles de Tom je ne dormis guère, non parce que j'étais tracassé mais parce qu'une foule de pensées m'obsédait.

                                                                                                     19 octobre
                                                                                 Jour du Seigneur
            Fis ma toilette le matin et mis ma première cravate de dentelle neuve. Et celle-ci est si élégante que je suis résolu à faire ma principale dépense de cravates de dentelle ce qui mettra tout le reste d'autant plus en valeur. Puis à pied chez mon frère où je trouvai Mr Cooke et, en parlant, je m'aperçois que lui et Tom ont promis un douaire de 50 livres à sa maîtresse et disent que j'ai donné mon accord à ce qu'elle reçut un douaire de 30 livres par an sur Stirtloe et le reste pris sur sa dot. Ce qui me rendit fou furieux et très courroucé de ce que cette affaire soit conduite si sottement, contre mon opinion et contre toute raison. Mais je voulus bien me retenir de le manifester et je reçus Mrs Butler sa mère et Mr Lull et sa femme, gens fort polis, très aimablement sans trace de mécontentement. Tom nous fit servir un bon et élégant dîner. Nous parlâmes peu affaires, laissant cela à un certain Mr Smith pour son compte et à moi pour le nôtre. Je pris congé pour aller voir Mr Moore qui se remet bien. Son médecin, un certain Dr Merrett, vient le voir. Il nous entretient fort bien un moment d'anatomie entre autres, très agréablement. Puis allai me promener au jardin avec Mr Townshend. Leur demandai conseil sur l'affaire de Tom. Il me dit qu'il parlera à Smith et dit que mon offre de lui donner un douaire de 30 livres par an et non davantage est raisonnable.
            Puis Tom m'attendant nous prîmes le chemin de ma maison en causant et le grondant de sa sottise et en lui disant clairement à quoi il doit s'attendre s'il continue de cette façon, car jamais il n'aura cette femme aux conditions qu'ils exigent, 50 livres.
            Il me laissa et je fus chez mon oncle Wight où je soupai. Il y avait la jolie Mrs Margaret Wight que je juge très jolie et que j'ai grand plaisir à regarder. Nous fûmes très gais et je plaisantai. Mais je suis fâché d'apprendre que la nouvelle vente de Dunkerque est si généralement mal prise, ce qui, je le vois, est le cas chez les négociants. Et d'autres choses, comme la révocation d'officiers à la Cour, gens de bien mal remplacés, et tout le reste rendu bien pire dans la rumeur publique que dans la réalité. Et ce soir, pour je ne sais quelles raisons, ordre de fermer les portes de la Cité et de doubler la garde partout. Puis rentrai et après avoir préparé ma visite au Duc demain, au lit.
            En vérité je trouve que tout le monde a l'esprit très agité et que ce que font la Cour et le Conseil est très mal pris, ce qui est très fâcheux s'il y a un début de troubles, ce qu'à Dieu ne plaise.


                                                                                                             20 octobre
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Résultat de recherche d'images pour "samuel PEPYS"            Levé et dans le carrosse de sir John Mennes, et avec sir William Batten à Whitehall où le Duc est maintenant revenu loger et dans la nouvelle petite chambre de Mr Coventry. Au bout d'un moment montai voir le Duc qui était à sa toilette. Là, le jeune Killigrew fit un tel éloge du Maraud, nouvelle pièce de Tom Porter jouée seulement samedi chez le Duc qu'on aurait cru que jamais pareille pièce n'avait été vue sur scène. C'est aussi ce que me dit hier le capitaine Ferrer, et plus tard ce matin le Dr Clarke qui l'a vue. A tel point qu'après en avoir terminé avec le Duc puis être allé avec le commissaire Pett chez Mr Lely le grand peintre qui sortit pour nous recevoir, mais s'imaginant que je venais lui commander un tableau prit les devants en nous disant qu'il n'aurait pas le temps durant trois semaines, ce qui me paraît exceptionnel et puis de voir avec quel faste sa table était dressée pour dîner seul. Entre autres tableaux j'ai vu le portrait de milady Castlemaine que je désirais tellement voir, tableau ravissant et dont il me faut une copie. Puis chez mon frère où je mangeai quelque chose et emmenai ma femme au Théâtre du Duc. La salle était pleine de monde mais, soit que nous en ayons trop attendu ou pour une autre raison, je ne sais, je n'ai jamais été moins content d'une pièce de théâtre, bien qu'il y eût des chants et des danses de qualité, mais pas d'invention. Et ce qui la rendait moins satisfaisante, c'était ma conscience qui me disait que je n'aurais pas du venir à cause de mon  voeu, qu'en outre mon travail me réclamait. Mais enfin, quand je rentrai je versai ma pièce d'une couronne dans le tronc des pauvres selon mon voeu. Il n'y a donc pas de mal, que du travail et de l'argent perdus et ma vieille habitude des plaisirs réveillée que je réprimerai plus soigneusement par la suite car, Dieu merci ! ces plaisirs perdent leur charme au moment même où je m'y livre. Retour en voiture après avoir un peu travaillé à mon bureau et avoir vu sir William Penn toujours malade et je fus au lit.
             Dunkerque, me confirme-t-on est définitivement vendu. Ce dont je suis bien fâché.


                                                                                                         21 octobre

            Levé et m'habillai devant mon frère Tom. Je le grondai pour être assez sot pour s'être laissé berner en contractant ce mariage. Je vois qu'il fait tout ce qu'il peut pour obtenir cette femme et qu'elle et les siens auront plus que ne mérite sa dot passée maintenant de 6 ou 700 livres à 450; Je montrai petit à petit à Tom qu'il ne gagnerait pas 100 livres à l'épouser à sa façon de lui constituer un douaire. Ayant terminé avec lui au bureau toute la matinée. Au milieu de notre réunion comme mes ouvriers posaient ma balustrade sur ma terrasse, sir John Mennes les aperçut et se mit à jurer. Je ne fis pas attention mais fus contrarié, et le suis encore au vif par crainte que cela ne le décide à prendre le cabinet et ma chambre, ce dont, je l'affirme, j'ai maintenant peur. Mais c'est mon immense sottise que d'être tant tracassé par ces vétilles plus que par la perte de 100 livres ou par des événements de plus grande conséquence. J'oublie la leçon que je prêche aux autres " ce qui dépend de nous et ce qui  ne dépend pas de nous " ( Epictète ).
            Après dîner à mon bureau la tête et le coeur tout pleins d'affaires difficiles, puis par le fleuve avec Mr Smith voir Mr Lechmere, l'avocat, au Temple pour l'affaire Field. Il me dit nettement que puisqu'il y a verdict du jury contre nous on ne peut empêcher que l'affaire ne vienne en jugement. Il m'en coûtera 30 livres de dommages-intérêts pour avoir, avec les autres, fait emprisonner Field sans que nous soyons juges de paix pour la Cité, bien que nous le soyons pour le Middlesex. Ceci me tracasse, mais j'espère que le roi nous remboursera  .  botterman-empire.blogspot.fr
Image associée            Puis allai à Ludgate Hill voir Mr Smith le notaire à qui Mrs Butler confie son affaire concernant sa fille et mon frère. Il me dit que la dot n'est que de 400 livres, ce qui me tracasse plus que jamais. Ils se plaignent, trouvent que la maison de mon frère est trop petite. Aussi après lui avoir nettement dit mon opinion je partis. Nous devons nous revoir demain, mais je crois que l'affaire sera rompue, ce dont je suis désolé pour Tom, mais cela ne se peut empêcher sans causer sa perte. De là chez Mr Moore assez bien remis. Nous examinâmes l'affaire de Mrs Goldsborough, et le fils de celle-ci arrivant, comme convenu, je lui dis notre décision de lui faire rétrocéder la propriété.
            Mon frère est aussi venu et en présence de Mr Moore je l'ai avisé et conseillé sur son mariage et lui exposai comme nous avons tous été trompés par la sottise de Mr Cooke. Puis à mon bureau, réglai maintes affaires, rentrai et souper et au lit. Sir William Penn toujours très souffrant.


                                                                                                                 22 octobre 1662

            Levé et emmenai ma femme et son frère à Covent Garden près du nouveau logis de son père, en voiture. J'allai chez milord Sandwich qui me reçoit avec de plus en plus de bonté, maintenant qu'il voit que le monde me respecte, et il est mon très noble protecteur.
            Parlons beaucoup avec milord et Mr Povey des affaires de Tanger.
            De là, rencontrai Mr Cooke à qui j'ai parlé de la dot de Mrs Butler. Il persiste à dire qu'elle s'élèvera certainement à 600 livres, alors qu'il sait aussi bien que moi qu'elle n'est que de 400 livres. Mais c'est un sot et il s'est payé notre tête. Puis par le fleuve chez mon frère, de là chez Mr Smith avec qui je m'entretins franchement, et elle avec moi. Je constate qu'elle ne donnera que 400 livres et pas davantage et qu'elle ne veut pas donner cela sans douaire auquel elle s'attend et que je ne veux pas accorder pour cette dot. Je constate que Cooke a fait des promesses tout à fait inconsidérées des deux côtés et nous a donc trompés, mais je ne vois pas ce qu'on peut faire car je constate qu'elle avait une beaucoup plus haute idée de la maison et de la situation de Tom. Enfin nous rompîmes l'affaire complètement, mais avec beaucoup d'amitié et d'amabilité. Nous aurions été contents de savoir à quoi nous en tenir plus tôt, sans être égarés par cet individu, à notre honte et pour notre embarras. Car je la trouve discrète et sérieuse, sa fille, me dit-on et je le crois, est femme de bien, et si leurs fortunes étaient en proportion, bien qu'elle critique la maison de Tom et ses défauts de parole, je crois que nous nous serions mis d'accord sur le reste. Après nous être dit adieu aimablement je fus chez Tom et lui fis un compte rendu complet de cette triste nouvelle. Je vois bien qu'il en est grandement agité, mais paraît disposé à se laisser guider, et qu'agir autrement ne serait pas dans son intérêt. Je le persuade de se remettre à son travail et espère que c'est ce qu'il fera. Mais pour ce qui est du rôle qu'ont joué Cooke et le Dr Pepys je saurai une autre fois que ce sont deux sots.
            Puis, comme il pleuvait à verse, rentrai en voiture après m'être fait raser par Benier qui connaît tous les acteurs et me dit que Betterton n'est pas marié avec Ianthe, comme on le prétend, mais aussi que c'est un homme posé et sérieux, travailleur et modeste et déjà riche de ce qu'il gagne et met de côté. Et jusque tard à mon bureau, réglai de nombreuses affaires et mis de l'ordre dans mes pensées pour mes affaires fort nombreuses en ce moment. Puis rentrai et au lit.
            Ce soir, comme me l'apprend le son des cloches de l'église de Barking, on a enterré ma pauvre Morena dont la maladie sans espoir a tué son pauvre père. Lui mort de chagrin elle dit qu'elle ne saurait guérir ni avoir envie de vivre et, à partir de ce moment, elle fut de plus en plus languissante, et la voilà morte et enterrée.


                                                                                                          23 octobre

            Levé et au milieu de mes ouvriers puis au bureau en réunion toute la matinée. Nous rendîmes tous visite à sir William Batten qui, paraît-il, n'a pas été bien du tout de tout hier, mais on l'a saigné et va maintenant assez bien. Après le bureau j'allai voir sir William Penn, mais il souffre toujours beaucoup de la goutte et est au lit, il ne peut faire aucun mouvement sans beaucoup souffrir. A mon bureau toute la soirée, réglai des affaires publiques et privées. Le soir à la maison, souper et au lit. Depuis que je me suis remis au travail, rempli de contentement. Que Dieu ne m'en prive point !

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Résultat de recherche d'images pour "chocolat boisson 17è siecle"                                                                                                                                                                              24 octobre

            Après être, avec grand plaisir, resté couché avec ma femme à causer et à folâtrer au lit ( cela fait plusieurs années que nous sommes, et maintenant de plus en plus, un couple très heureux, Dieu soit loué ! ) je me levai et allai à mon bureau, puis par le fleuve et à pied à Deptford pour m'entretenir avec Mr Crowley et Davies du dessein que j'ai eu ces temps-ci de tenir des rôles des différents travaux effectués dans les arsenaux, ce contre quoi ils n'ont point d'objection que leur ignorance et leur répugnance à faire ce qui est pénible et qui n'est pas leur routine. Mais cela me plaît et je veux persévérer. Puis à la maison où je dînai avec ma femme d'un excellent plat de tripes selon ma recette, couvert de moutarde, comme je l'ai déjà vu chez milord Crew. Somptueux repas et je me fis apporter un verre de vin. Puis allai voir sir William Penn toujours alité et qui souffre beaucoup. Puis au Trésor voir sir John Mennes qui payait des soldes de marins, et le soir rentrai et dans mon bureau ayant vu sir William Batten toujours malade, je commençai à rédiger mon projet sur les rôles que tiendraient dans les arsenaux les vérificateurs des rôles, selon les différents travaux qui s'y font, projet qui me satisfait tout à fait et je suis sûr qu'il rendra de grands services. A 9 heures du soir rentrai et souper et au lit.
            Ce midi visite de Mr Pearse, le chirurgien. Il me raconte le fâcheux état de la Cour, que le roi fait grise mine à quiconque est acquis à la reine, et en particulier aux Anglais qu'elle a amenés ou qu'elle a depuis ici, de crainte qu'ils n'aillent lui conter comment il se comportement avec Mrs Palmer, de sorte que, bien qu'il ait promesse et qu'il doive sans faute être nommé chirurgien de la reine il ne sait que faire, s'il doit accepter ou non, puisque le roi est si changé. Et elle n'accorde rien à tous ses protégés qu'elle laisse repartir pour le Portugal, bien qu'elle les eût fait venir en les arrachant à leur famille contre leur gré, par des promesses d'avancement, sans rien faire pour eux. Mais il me dit que c'est le propre médecin de la reine qui lui a dit, il y a moins de trois jours, que la reine sait ce que fait le roi et comment il se comporte envers milady Castlemaine et envers d'autres, comme tout un chacun. Mais bien qu'elle ne manque pas de caractère, comme il ne lui servirait de rien d'y prêter attention pour le moment elle se fixe pour règle la patience. Ce dont je suis très heureux. Mais je prie Dieu de nous garder en paix, car ceci et d'autres choses causent un mécontentement général.


                                                                                                                 25 octobre 1662

            Levé et au bureau en réunion avec Mr Coventry, nous deux seulement les autres étant absents ou malades. Dînai à la maison avec ma femme d'un bon plat de pieds de boeuf à la moutarde. Tout l'après-midi seul à mon bureau et au milieu de mes ouvriers qui ont terminé ma salle à manger, tout à fait belle et complètement à mon goût.
            Dans la soirée à mon bureau pour différentes affaires puis à la maison et au lit, l'esprit chaque jour plus serein depuis que je m'applique à mon travail et je serai bien heureux quand les tracas que causent ma maison seront achevés.


                                                                                                                   26 octobre
                                                                                                Jour du Seigneur
            Levé et mis ma nouvelle cravate de dentelle qui est très élégante. A l'église où j'ai vu pour la première fois Mr Milles en surplis. Mais il était ridicule qu'il l'ôtât en le faisant passer pardessus la tête, au pupitre après avoir fini, devant tous les fidèles pour monter dans la chaire prêcher sans surplis.
            A la maison et dînai avec Mr Simpson, mon menuisier et mon frère Tom, d'un excellent cochon bien gras. Tom est fort affecté par sa déception, mais tout cela s'arrangera bientôt. Puis de nouveau à l'église où j'entendis un Écossais peu futé faire un sermon très ennuyeux. Puis rentrai et allai voir sir William Batten à peu près remis, puis chez mon oncle Wight pour montrer ma belle cravate et voir Mrs Margaret Wight, mais elle n'y était pas. Toute la journée des soldats ont parcouru la ville, car il y avait une alerte et de nombreux quakers et d'autres ont été emprisonnés. Mais je crois que c'est sans raison. Seulement on dit que dans le comté de Dorset on a découvert un soulèvement. Rentrai après souper et puis dans mon cabinet de travail et faisant mes comptes du mois je me trouve un peu moins en fonds que le mois dernier, à la suite de mes dépenses de cravates et de vêtements. J'ai encore 679 livres, ce dont Dieu soit loué. Puis rentré et au lit, l'esprit en paix, Dieu soit béni, mais craignant que ma chandelle ne s'éteigne, d'où ce griffonnage.


                                                                                                            27 octobre
                                                                                                                  lasultanemag.com 
Image associée            Levé et après avoir donné ordre au plâtrier de commencer le dernier enduit de ma maison allai par le fleuve présenter mes respects au Duc et, pendant que je déambulais dans la grande galerie arrivent Mr Coventry et sir John Mennes. Nous nous rendons chez le Duc et, après que celui-ci eut fait sa toilette, dans son cabinet, où je lui ai rendu compte de la situation. Ensuite, comme sir John Mennes demandait à avoir quelqu'un qui l'assurât dans sa charge, sir William Penn est désigné pour l'aider et Mr Pett assistant de l'intendant de la Marine. Mr Coventry demanda à en être exempté, de sorte que j'espère, c'est du moins ce qu'il me semble, qu'on ne m'adjoindra personne. Seulement Mr Coventry désire que je trouve du travail pour un de ses commis, ce que je ne lui ai pas refusé. Enfin j'y songerai pour savoir si je puis le faire sans porter tort à mes commis.
            Puis chez milord Sandwich qui, maintenant, m'appelle dans son cabinet et s'est entretenu seul avec moi des craintes de la Cour d'un soulèvement populaire. Il ne lui plaît pas du tout que Mr Monck soit si acharné contre une bande de pauvres hères qu'il harcèle dans les rues. Il voudrait qu'il s'emparât des principaux meneurs et les châtiât, alors que cela ne fait que marquer les hésitations du roi. Quant à Dunkerque, il ne comprend pas que les gens avisés s'en souviennent et ne fait aucun cas de ce qu'on dit, car il déclare que ce n'était pas Dunkerque mais les autres ports qui nous inquiétaient et continueraient de le faire. Tout se passait en effet comme si nous ne l'avions pas. Il m'a aussi parlé des nouveaux ministres d'Etat, sir Henry Bennet et sir Charles Berkeley, de leur nomination et du gros jeu que joue milady Castlemaine à la Cour, que je pris l'occasion de mentionner car on en parle beaucoup.Il me parla ensuite du pauvre Mr Spong qui, interrogé avec d'autres devant le Roi et le Conseil ( ils avaient été arrêtés comme suspects et il me semble que Spong est considéré comme assez coupable pour lui infliger le supplice du chevalet ou autre ), remarque milord Sandwich et dit qu'il était bien connu de Mr Pepys. Mais milord savait que les seules relations qu'il eût avec moi concernaient la musique et la flûte à bec, que je le croyais quelqu'un de tout à fait innocent, et en vérité j'ai grande pitié de lui. A la fin de notre entretien particulier nous sortîmes et avec les commandants Cuttance et Bunn j'examinai leur dessin d'un pont pour Tanger, qu'ils apporteront demain au bureau à ma demande.
            A la Grand-Salle de Westminster où je me promenai longtemps avec Mr Creed puis à la grande table d'hôte à une demi-couronne de la Tête du Roi près de Charing Cross. Fort excellent et élégant dîner et compagnie fort distinguée et très bien servi.
            Après dîner nous allâmes dans une autre pièce causer en buvant une cruche de bière. Il m'a montré notre commision où le duc d'York, le prince Rupert, le duc d'Albermarle, milord Peterborough, milord Sandwich...... moi-même et le commandant Cuttance, sont associés pour assurer le service de Tanger, ce qui, à mes yeux est un grand honneur qu'on me fait.
            Il m'a dit quelle grande faction il y a à la Cour et par-dessus tout on murmure que le jeune Crofts est le fils légitime du roi qui avait épousé sa mère. Ce qu'il y a de vrai là-dedans, Dieu le sait. Mais je crois que le duc d'York ne se laissera pas ainsi escamoter trois couronnes.
            Puis longue promenade à Whitehall dans les galeries jusqu'à ce que, comme ils en ont ordre à l'égard de tous les inconnus, un homme s'approcha pour nous dire que, puisque nous n'étions pas connus et qu'on nous avait vus déambuler quatre ou cinq heures, ce qui était faux à moins de compter le matin, on lui ordonnait de nous demander qui nous étions. Nous le lui dîmes il s'excusa alors de sa question et se trouva satisfait. Ces façons témoignent d'une grande crainte et inquiétude. Pensant assister à toute la pièce qu'on doit jouer devant le roi ce soir nous restâmes, mais comme c'était Le Maraud et que ma femme n'était pas là, je n'en eus pas envie.
            Allâmes donc à la Bourse où nous nous promenâmes longtemps. Remarquai entre autres une jeune et très jolie vendeuse, le visage couvert de mouches, ce qui était étrange à voir. Nous nous séparâmes et j'allai en voiture voir Mr Moore, restai une heure. Je le trouve en assez bonne sante, il veut sortir demain. Comme il pleuvait fort je rentrai en voiture et ayant fait visite aux deux sirs William, tous deux malades, mais qui promettent d'être bientôt guéris, j'allai travailler un peu au bureau et rentrai et au lit.
            Chez sir William Batten rencontrai Mr Milles qui me dit qu'il n'a rien pu tirer de la jeune voisine, qui a pris du poison, avant sa mort, qu'elle lui seulement dit que c'était parce qu'elle ne s'aimait pas, depuis très longtemps, elle ne s'aimait pas ni rien de ce qu'elle faisait. Il paraît qu'elle était assez jolie, mais difforme, et c'est tout ce qu'il put lui faire dire, ce qui est fort étrange.


                                                                                                      28 octobre
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Image associée            Au bureau en réunion toute la matinée, puis dîner à la maison avec ma femme. Nous passâmes ensuite une ou deux heures en conversations innocente et à mon bureau jusqu'à 9 heures du soir, puis rentrai et souper et au lit.
            Il n'y aura bientôt plus de saleté dans ma maison, je l'espère, le plâtrier et le peintre mettent fin à tous mes tracas, je pense, tout à fait d'ici une quinzaine.


                                                                                                           29 octobre
                                                                                          Jour du Seigneur
            Je voulais me faire beau et sur invitation aller dîner avec milord le maire aujourd'hui. Mais allant voir William Batten je trouve sir George Carteret et sir John Mennes, et nous allons tous les quatre examiner les comptes de sir George Carteret pour l'année dernière. Nous avons travaillé toute la journée, sauf une pause pour le dîner que sir George nous offrit. Comptes terminés le soir nous nous séparâmes et allai à mon bureau où je mis de l'ordre dans mes papiers et des affaires pour demain. J'ai reçu une lettre aujourd'hui de mon père qui m'annonce d'autres ennuis à propos de mon oncle Thomas, son affaire et la nôtre. Il revendique Brampton et tout l'héritage de mon oncle, parce qu'il est donné sous condition que nous payions les legs, ce que nous n'avons pas encore fait, mais j'espère que cela ne nous portera pas tort. Dieu nous soit en aide si cela se produit, mais cela m'inquiète. J'ai aussi une lettre de milord Sandwich qui veut pour une question importante que j'aille le trouver de bonne heure demain matin. Je me demande ce que cela peut être. L'esprit occupé par une foule de pensées et quelques tracas, rentrai le soir et au lit.
            Sir George Carteret qui avait été présent à l'interrogatoire de la plupart des gens récemment incarcérés, dit qu'il ne croit pas qu'il y ait grand complot parmi eux, toute bonne envie qu'ils en auraient. Mais ils sont si pauvres, si stupides et de condition si basse qu'il ne les craint pas du tout.


                                                                                                                    30 octobre 1662

            Guère dormi cette nuit à force de penser à mes affaires. Levé à la chandelle et par le fleuve à Whitehall, chez milord Sandwich levé dans sa chambre. En tête à tête m'a appris son affaire, qui est que notre vieille connaissance Mr Wade, d'Axe Yard, lui a révélé que 7 000 livres étaient cachées dans la Tour, dont il devait avoir 2 pour le prix de sa découverte, milord lui-même 2 et le roi les 3 autres quand on les aurait trouvées. Et que l'autorisation du roi est à mon nom pour le compte de milord et au nom d'un certain Mr Leigh pour le compte de sir Henry Bennet pour demander au lieutenant de la Tour l'autorisation de faire des fouilles. Lorsqu'il m'eut exposé toute l'affaire je pris congé et me hâtai de revenir à mon bureau pensant qu'une lettre de milord viendrait me dire de me mettre à cette affaire. Réunion toute la matinée avec les officiers. Quand ce fut fini arrive Mr Wade avec la lettre de milord et il m'expose toute l'affaire. Nous décidâmes que j'irai d'abord trouver sir Henry Bennet actuellement, avec de nombreux membres du Conseil privé, à la Tour occupé à interroger leurs prisonniers pour voir quand commencer.
            J'y fus donc, et la garde de la porte sur le fleuve m'obligeant à laisser mon épée, je fus forcé d'attendre si longtemps dans la taverne voisine que mon petit laquais s'en allât chez moi chercher mon manteau que l'actuel lord-maire, sir John Robinson lieutenant de la Tour, et toute sa compagnie étaient repartis dans leurs voitures pour sa demeure de Minching Lane. Mon manteau arrivé j'y allai à pied. Et là, grâce à sir George Carteret je parlai bientôt à sir Henry Bennet qui me montra et me remit l'autorisation du roi ainsi qu'à Mr Leigh, et une autre à lui de verser 2 000 livres à milord et 2 autres aux inventeurs. Après un moment d'entretien on apporta le dîner et je dînai avec eux, étions nombreux, un beau dîner. Ensuite sir Henry Bennet nous prit à part lord-maire et moi, et il l'informa de notre affaire. Il ne parut pas et n'osa pas paraître le moins du monde hostile et promit d'apporter sur le champ toute l'assistance possible. Mr Leigh et moi à mon bureau où nous attendîmes l'arrivée de Mr Wade et d'un certain Evett qui le guidait dans cette affaire, ainsi que William Griffith et d'un portier avec des pioches, etc. Ils vinrent avec nous à la Tour et sir Henry Bennet et le lord-maire nous donnèrent pleine autorisation pour nous mettre à la tâche. Notre guide demande une chandelle et descend dans les caves en demandant si c'était celles qu'avait toujours eues Barkestead. Nous pénétrâmes dans plusieurs petites caves et ressortîmes à l'air libre. Et puis à Coleharbour, mais rien ne répondait si bien aux repères qui lui avaient été donnés pour le trouver qu'une certaine cave voûtée. Après avoir longuement délibéré si nous allions nous mettre à l'oeuvre maintenant ou attendre de meilleurs renseignements et plus complets, nous commençâmes. Et on creusa jusqu'à près de 8 heures du soir, sans rien trouver. Nos guides ne paraissaient cependant pas du tout découragés car ils sont sûrs que l'argent qu'ils cherchent s'y trouve, mais n'étant jamais entrés dans les caves ils ne pouvaient être certains de l'endroit et, par conséquent, veulent s'informer plus complètement maintenant qu'ils y ont été, auprès de ceux qui les renseignent. Aussi, refermant la porte à clé, nous arrêtâmes le travail pour ce soir, et nous rendîmes chez le sous-gouverneur, milord le maire et tous les autres étaient partis une heure avant, et il s'engagea à garder la clef de la cave de façon que personne n'y pût entrer à son insu. Mais grand Dieu ! de voir quel jeune petit-maître sot et extravagant on a fait sous-gouverneur, c'est à devenir fou. Et comment il réclame sa robe de chambre de soie à seule fin de nous la faire voir. Et pourtant pendant une demi-heure, ne pensant pas que c'était là le sous-gouverneur, je ne lui parlai de rien et attendis qu'un autre vînt. A la fin je lui dis un mot de notre affaire. Il promit d'y veiller et nous partîmes. Avec Mr Leigh à Whitehall où je rendis compte à milord Sandwich de ce que nous avions fait et qu'il y avait quelque raison d'espérer quelque chose, et je lui dis adieu. Et rentrai en voiture à la maison où, à mon grand ennui, je découvre que le peintre n'est pas venu travailler aujourd'hui, ce qui me contrarie beaucoup. Puis à mon bureau pour écrire mon journal et rentrai et au lit.                                                                                        pinterest.com      
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            Ce matin me promenant avec Mr Coventry au jardin, il me raconte que sir George Carteret a réussi à obtenir l'autorisation de payer lui-même la somme due à l'entrepreneur des subsistances contrairement à l'ancienne pratique. Je vois bien qu'il en est irrité, mais je ne crois pas qu'il lui veuille du mal, mais seulement qu'on procède comme il se doit. Il s'attend à ce que sir George se venge en le salissant en privé, non en public, à quoi il est prêt à répondre en le traînant dans la boue, jurant qu'il le fera en remontant aux origines, depuis Jersey jusqu'à maintenant. Pour ce qui est des droits qu'il a lui-même touchés et des gratifications excessives pour des places qu'il a vendues, il a l'intention de prouver qu'il était incité par sir George Carteret, entre autres. Et en même temps il rend justice à George Carteret, disant que c'est un homme qui s'applique et se donne à son travail plus que tout autre à la Cour, et ne cherche aucunement les plaisirs ou les divertissements. Ce qui est tout à fait vrai. Mais ce qui m'a fait un immense plaisir, c'est qu'il m'a dit, en propres termes, qu'il était décidé, quoiqu'il pût lui en coûter, à faire l'expérience, voir si on pouvait se maintenir à la Cour en agissant ouvertement et en marchant la tête haute, sans jouer aucun jeu particulier. En agissant de la sorte, si le sol lui manque il se résignera. Mais il est décidé à ne jamais fermer les yeux sur quoi que ce soit qui fasse tort au roi, où que ce soit, ce qui est une décision bien courageuse. Il fut très confiant avec moi et, par ma foi, je trouve en lui plus de vraie valeur qu'en presque aucun homme que je connaisse.
            Je ne veux pas oublier deux anecdotes qu'a racontées sir John Mennes hier au dîner. L'une, comment il se fait qu'on ne voit pas de verrats à Londres, mais seulement des pourceaux et des truies, à cela on répondit que le lieutenant de police s'en saisit la nuit. L'autre, la façon dont Thomas Killigrew réussissait à voir des pièces de théâtre quand il était enfant. Il allait au Taureau Rouge et quand l'homme criait aux enfants : " - Qui veut faire le diable, et il verra la pièce pour rien ? " alors il allait faire le diable et il voyait la pièce.


                                                                                                                  31 octobre

            Fis assez longtemps la grasse matinée puis levai et allai au milieu de mes ouvriers. Les charpentiers posent aujourd'hui le plancher dans ma salle à mange, et je restai avec eux un bon moment. Puis un peu à mon bureau et je rentrai dîner. Et tout l'après-midi avec mes charpentiers, à leur faire poser toutes mes planches sauf une dans ma salle à manger aujourd'hui, ce qui, j'en suis sûr leur aurait pris deux bonnes journées de travail si je n'avais pas été présent. Et elle sera très agréable. Le soir à mon bureau où je restai tard, et rentrai souper et au lit.
             Ainsi se termine ce mois. Moi et ma famille sommes en bonne santé mais excédés de la saleté, mais nous espérons en être débarrassés en deux ou trois semaines. Je suis tracassé par la quantité d'affaires, mais particulièrement par la crainte que sir John Mennes me réclame ma chambre. Mais j'espère que maintenant ce danger est presque passé, car je vois qu'il prépare son installation pour emménager la semaine prochaine. Puis mon procès au sujet de Brampton me rend presque fou par manque de temps pour m'en occuper. Mais il ne faut absolument pas que je le néglige. Je rends grâce à Dieu de ce que je mets de l'argent de côté, même si ce n'est qu'un peu. Mais j'espère trouver quelque tâche qui me rapportera de quoi assurer ma position.
            Je suis aussi à découvrir pour milord Sandwich et sir Henry Bennet, grâce à Mr Wade, une partie de l'argent que Barkstead a caché dans une des caves de la Tour. Si nous le trouvons cela peut me valoir 10 ou 20 livres.
            Je rends grâce à Dieu de ne pas avoir d'ennuis mais seulement force travail qui me préoccupe. En tout le reste je suis aussi heureux qu'on peut l'être, car le monde entier semble me faire bon visage et, si ma maison était terminée, que je puisse m'appliquer à mon travail, je ne doute pas de bien servir Dieu et le roi et moi-même. Et tout cela je l'attribue presque entièrement à la tempérance que je me suis imposée récemment, depuis que j'ai pris mes résolutions concernant le vin et le théâtre, ce qui me fait, avec beaucoup de bonheur et de contentement, m'appliquer à mon travail. En quoi Dieu me fasse persévérer.
            Les affaires publiques sont causes de mécontentement, avec la vente de Dunkerque et milady Castlemaine et sa faction à la Cour. Mais je ne sais pas ce qu'ils veulent, outre le fait de débaucher le roi, que Dieu l'en préserve. Et puis on parle de la découverte de grands complots et on dit que toutes les prison de la ville sont pleines de gens du commun arrachés à leurs lieux de culte dimanche dernier. Ce qui est certain, c'est qu'il y eût quelque complot, mais qu'il avorta.


                                                                               à suivre.....

                                                                                                      1er novembre 1662

            Levé et après.......
         
            

mercredi 26 juillet 2017

Robespierre Gabella Meli Leuwers ( BD France )

Robespierre
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                                                  Robespierre

            5 dernières années de la vie de l'un des révolutionnaires les plus connus, au côté de Danton et Camille Desmoulins entre autres, ses amis proches. Avril 1789, Maximilien Robespierre né à Arras le 6 mai 1758 devient avocat, comme son père, il fait ses études à Louis le Grand ainsi que ses études de droit à Paris. Il défend des causes célèbres et défend surtout ses idées, pour l'école laïque, contre la peine de mort, cependant il votera la mort de Louis XVI, nommé par les révolutionnaires le tyran, Devenu député d'Artois, fort de ses idées et de sa volonté de tuer la royauté, il est critiqué, on le dit vouloir devenir roi à la place du roi. A l'Assemblée nationale c'est la lutte entre Montagne et Gironde. Il plaide pour que le peuple ait les mêmes droits que les membres du royaume. Mais le peuple a faim. Il se plaît place de Grève, les exécutions sont si nombreuses. La Terreur et ses pendaisons, Danton mort, Robespierre est arrêté, il ne verra pas installée durablement la République, il est guillotiné le 9 thermidor ( 27 juillet 1794 ). Son frère Augustin demanda à l'accompagner. "...... J'aime l'idée de la République, mais parfois je me demande si elle vaut ces sacrifices. Retenez que mon frère disait que la République se mérite. Mais j'ajouterai qu'elle ne se choisit pas. Elle nait d'elle-même....... " Dans la série "Ils ont fait l'histoire ", plein d'intérêt, basique, pour tous. En attendant le prochain présenté ici, Clémenceau, quelques dizaines d'années à peine les séparent.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        
         








                                

mardi 25 juillet 2017

Sonnets 8 - 12 Shakespeare ( Poèmes Angleterre )


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                                                   Sonnet 8

            Musique que tu es, pourquoi écoutes-tu
            Tristement la musique ? La joie cherche la joie,
             Pourquoi aimer ce qui te fait souffrir ?
             Pourquoi prendre plaisir à ce qui t'ennuie ?

            Mais si cette harmonie des sons bien réglés
            Et justement conjoints offense ton oreille,
            C'est que, doucement certes, elle te gronde
            De gâter, en la chantant seule, la partition.

            Ecoute ! Cette corde, épouse d'une autre,
            Vibre quand celle-ci a vibré, lui répond,
            Et pareils sont le père et l'heureuse mère :
           Avec l'enfant, ensemble, une seule note, leur vie !

            Un chant sans mots, de l'Un dans le multiple,
            Qui chante, et c'est pour toi, que le seul n'est personne.


                                           ***************


                                      Sonnet 12                                                           pinterest.com 
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            Quand j'écoute l'horloge égrener le temps
            Et vois sombrer le jour dans l'affreuse nuit,
            Et ces violettes qui se fanent, et ces cheveux
            Blancs, qui argentent ces tresses naguère brunes,

            Et dégarnis de feuilles ces grands arbres
            Qui abritaient des chaleurs les troupeaux,
             Et le vert de l'été ficelé en gerbe, emporté
             Sur des brancards, désordre de barbes blanches,

            Alors, de beauté à toi, je me soucie,
            Qui est promise à la voirie du temps
            Puisque toute beauté doit se renoncer
            Et mourir, aussi vite qu'ailleurs renaître,

            Je m'en soucie car rien, sinon un fils,
            Au jour dit, pour suspendre la faux du temps.

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                                                                                                     Shakespeare



                                 

            


lundi 24 juillet 2017

Les Macron Caroline Derrien Candice Nedelec ( Document France )

Les Macron
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                                                   Les Macron

              Voyage au sein d'une famille bouleversée par l'extrême volonté d'un homme assez exceptionnel pour avoir décidé à dix-sept ans d'épouser celle qui fut son guide sur scène, il n'était pas l'élève de Brigitte Auzière née Trogneux, famille de chocolatiers connue à Amiens où ils sont nés tous deux, professeur de français latin, mais le condisciple de Laurence sa fille. Maman de trois enfants, la lutte fut rude pour la femme catholique et enseignante chez les jésuites, pour faire admettre divorce et départ pour Paris où déjà Emmanuel Macron vit, élève à Henry IV, aidé et protégé par sa grand-mère. Les auteurs détaillent les manques, moyen en mathématiques mais brillant en lettres, son échec à l'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, mais sa réussite à l'ENA, une certaine errance dans ses discours qu'il rattrape grâce pour une part sans doute à son éducation dans une institution religieuse, jésuites. Banquier il réunit les familles à leur mariage au Touquet, où Brigitte devenue Macron possède une propriété. Les auteurs font souvent référence au reportage de Hurel. Pense-t-il dès lors à la politique ?  " ....... Ce risque presque organique chez lui, quitte à embrasser un peu tout, un peu trop vite...... s'approprier les célèbres mots de ce René Char tant admiré !
            " Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s'habitueront...... "
Après seulement 4 ans à la banque Rothschild il entre à l'Elysée. Le pouvoir, la politique toujours avides de nouveaux talents médiatiques, Emmanuel Macron sera ministre de l'Economie aux côtés des ministres socialistes. "....... Son image internationale doit être identifiée, travaillée..... " Un groupe se forme, déjà ses initiales sont le début d'un mouvement EM, En Marche. Le vent soufflait dans le bon sens. Ministre à Bercy les Macron reçurent beaucoup, ceux que l'on appelle les " people "
L'entourage craint les interviews de Brigitte Macron qui ne connaît pas ou ne veut pas s'embarrasser des codes journalistiques "..... On ne badine pas avec la com ..... " Le ministre quitte Bercy "..... sait déjà au kilomètre près la grande " marche " qu'il veut entreprendre hors les murs. Toujours ce coup d'avance des " risk takers ", comme disent ses amis financiers....... " Trop de couvertures de presse, Brigitte épouse Macron est omniprésente, trop disent certains, dans les meetings à Paris, Lille ou Marseille. L'histoire s'arrête avant l'élection à la Présidence de la République, sur ces quelques lignes de Rimbaud : " Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,  
                                   Par la nature, heureux comme avec une femme. "                         

vendredi 21 juillet 2017

Poil de Carotte , tu dr14 Fin La Tempête de feuilles - La Révolte Le mot de la fin Jules Renard ( Roman France )

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julesrenard.fr

 
                                                  La tempête de feuilles

            Il y a longtemps que Poil de Carotte, rêveur, observe la plus haute feuille du grand peuplier.
            Il songe creux et attend qu'elle remue.
            Elle semble détachée de l'arbre, vivre à part, seule, sans queue, libre.
            Chaque jour, elle se dore au premier et au dernier rayon du soleil.
            Depuis midi, elle garde une immobilité de morte, plutôt tâche que feuille, et Poil de Carotte perd patience, mal à son aise, lorsque enfin, elle fait signe.                    voyagerloin.com 
            Au-dessous d'elle, une feuille proche fait le même signe. D'autres feuilles le répètent, le communiquent aux feuilles voisines qui le passent rapidement.
            Et c'est un signe d'alarme, car, à l'horizon, paraît l'ourlet d'une calotte brune.
            Le peuplier déjà frissonne ! Il tente de se mouvoir, de déplacer les pesantes couches d'air qui le gênent.
            Son inquiétude gagne le hêtre, un chêne, des marronniers, et tous les arbres du jardin s'avertissent, par gestes, qu'au ciel, la calotte s'élargit, pousse en avant sa bordure nette et sombre.
Résultat de recherche d'images pour "steinlen poil de carotte" *          D'abord, ils excitent leurs branches minces et font taire les oiseaux, le merle qui lançait une note au hasard, comme un pois cru, la tourterelle que Poil de Carotte  voyait tout à l'heure, verser, par saccades, les roucoulements de sa gorge peinte et la pie insupportable avec sa queue de pie.
            Puis ils mettent leurs grosses tentacules en branle pour effrayer l'ennemi.
            La calotte livide continue son invasion lente.
            Elle voûte peu à peu le ciel. Elle refoule l'azur, bouche les trous qui laisseraient pénétrer l'air, prépare l'étouffement de Poil de Carotte. Parfois, on dirait qu'elle faiblit sous son propre poids et va tomber sur le village : mais elle s'arrête à la pointe du clocher, dans la crainte de s'y déchirer.
            La voilà si près que, sans autre provocation, la panique commence, les clameurs s'élèvent.
            Les arbres mêlent leurs masses confuses et courroucées au fond desquelles Poil de Carotte imagine des nids pleins d'yeux ronds et des becs blancs. Les cimes plongent et se redressent comme des têtes brusquement réveillées. Les feuilles s'envolent par bandes, reviennent aussitôt, peureuses, apprivoisées, et tâchant de se raccrocher. Celles de l'acacia, fines, soupirent ; celles du bouleau écorché se plaignent ; celles du marronnier sifflent, et les aristoloches grimpantes clapotent en se poursuivant sur le mur.
            Plus bas, les pommiers trapus secouent leurs pommes, frappent le sol de coups sourds.
            Plus bas, les groseilliers saignent des gouttes rouges, et les cassis des gouttes d'encre.
           Et plus bas, les choux ivres agitent leurs oreilles d'âne et les oignons montés se cognent entre eux, cassent leurs boules gonflées de graines.
            Pourquoi ? Qu'ont-ils donc ? Et qu'est-ce que cela veut dire ? Il ne tonne pas. Il ne grêle pas. Ni u**n éclair, ni une goutte de pluie. Mais c'est le noir orageux d'en haut, cette nuit silencieuse au milieu du jour qui les affole, qui épouvante Poil de Carotte.
            Maintenant, la calotte s'est toute déployée sous le soleil masqué.
Résultat de recherche d'images pour "aristoloches"  **        Elle bouge, Poil de Carotte le sait ; elle glisse et, faite de nuages mobiles, elle fuira : il reverra le soleil. Pourtant, bien qu'elle plafonne le ciel entier, elle lui serre la tête, au front. Il ferme les yeux et elle lui bande douloureusement les paupières.
            Il fourre aussi ses doigts dans ses oreilles. Mais la tempête entre chez lui, du dehors, avec ses cris, son tourbillon.
            Elle ramasse son coeur comme un papier de rue.
            Elle le froisse, le chiffonne, le roule, le réduit.
            Et Poil de Carotte n'a bientôt plus qu'une boulette de coeur.

*           montmartre-secret.com
**         google.fr


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                                                                                                                    .sculpturepublique.be
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                                                               I

                                                     Madame Lepic
            - Mon petit Poil de Carotte chéri, je t'en prie, tu serais bien mignon d'aller me chercher une livre de beurre au moulin. Cours vite. On t'attendra pour se mettre à table.
                                                     Poil de Carotte
            - Non, maman.
                                                     Madame Lepic
            - Pourquoi réponds-tu : non, maman ? Si, nous t'attendrons.
                                                     Poil de Carotte
            - Non, maman, je n'irai pas au moulin.
                                                      Madame Lepic
            - Comment ! tu n'iras pas au moulin ? Que dis-tu ? Qui te demande ?... Est-ce que tu rêves ?
                                                    Poil de Carotte
            - Non, maman.
                                                     Madame Lepic
            - Voyons, Poil de Carotte, je n'y suis plus. Je t'ordonne d'aller tout de suite chercher une livre de beurre au moulin.
                                                    Poil de Carotte
            - J'ai entendu. Je n'irai pas.
                                                     Madame Lepic
            - C'est donc moi qui rêve ? Que se passe-t-il ? Pour la première fois de ta vie, tu refuses de m'obéir.
                                                     Poil de Carotte
            - Oui, maman.
                                                    Madame Lepic
            - Tu refuses d'obéir à ta mère.
                                                    Poil de Carotte
            -  A ma mère, oui, maman.
                                                    Madame Lepic
            - Par exemple, je voudrais voir ça. Fileras-tu ?
                                                    Poil de Carotte
            - Non, maman.
                                                    Madame Lepic
            - Veux-tu te taire et filer ?
                                                   Poil de Carotte
            - Je me tairai, sans filer.
                                                  Madame Lepic
            - Veux-tu te sauver avec cette assiette ?

                                                              II

            Poil de Carotte se tait, et il ne bouge pas.                                        etsy.com
Résultat de recherche d'images pour "beurre beurrier"            - Voilà une révolution ! s'écrie Mme Lepic sur l'escalier levant les bras.
            C'est, en effet, la première fois que Poil de Carotte lui dit non. Si encore elle le dérangeait ! S'il avait été en train de jouer ! Mais, assis par terre, il tournait ses pouces, le nez au vent, et il fermait les yeux pour les tenir au chaud. Et maintenant il la dévisage, tête haute, Elle n'y comprend rien. Elle appelle comme au secours.
            - Ernestine, Félix, il y a du neuf ! Venez voir avec votre père et Agatha aussi. Personne ne sera de trop.
            Et même, les rares passants de la rue peuvent s'arrêter.
            Poil de Carotte se tient au milieu de la cour, à distance, surpris de s'affermir en face du danger, et plus étonné que Mme Lepic oublie de le battre. L'instant est si grave qu'elle perd ses moyens. Elle renonce à ses gestes habituels d'intimidation, au regard aigu et brûlant comme une pointe rouge. Toutefois, malgré ses efforts, les lèvres se décollent à la pression d'une rage intérieure qui s'échappe avec un sifflement.
            - Mes amis, dit-elle, je priais poliment Poil de Carotte de me rendre un léger service, de pousser, en se promenant, jusqu'au moulin. Devinez ce qu'il m'a répondu ; interrogez-le, vous croirez que j'invente.
            Chacun devine et son attitude dispense Poil de Carotte de répéter.
            La tendre Ernestine s'approche et lui dit bas à l'oreille :
            - Prends garde, il t'arrivera malheur. Obéis, écoute ta soeur qui t'aime.
            Grand frère Félix se croit au spectacle. Il ne céderait sa place à personne. Il  ne réfléchit point que si Poil de Carotte se dérobe désormais, une part des commissions reviendra de droit au frère aîné
il l'encouragerait plutôt. Hier, il le méprisait, le traitait de poule mouillée. Aujourd'hui, il l'observe en égal et le considère. Il gambade et s'amuse beaucoup.
            - Puisque c'est la fin du monde renversé, dit Mme Lepic atterrée, je ne m'en mêle plus. Je me retire. Qu'un autre prenne la parole et se charge de dompter la bête féroce. Je laisse en présence le fils et le père. Qu'ils se débrouillent.
            - Papa, dit Poil de Carotte, en pleine crise et d'une voix étranglée, car il manque encore d'habitude, si tu exiges que j'aille chercher cette livre de beurre au moulin, j'irai pour toi, pour toi seulement. Je refuse d'y aller pour ma mère.
            Il semble que M. Lepic soit plus ennuyé que flatté de cette préférence. Ça le gêne d'exercer ainsi son autorité, parce qu'une galerie l'y invite, à propos d'une livre de beurre.
            Mal à l'aise, il fait quelques pas dans l'herbe, hausse les épaules, tourne le dos et rentre à la maison.
            Provisoirement l'affaire en reste là.

                                                          Le mot de la fin

            Le soir, après le dîner où Mme Lepic, malade et couchée, n'a point paru, où chacun s'est tu, non seulement par habitude, mais encore par gêne, M. Lepic noue sa serviette qu'il jette sur la table et dit :
            - Personne ne vient se promener avec moi jusqu'au baquignon, sur la vieille route ?
            Poil de Carotte comprend que M. Lepic a choisi cette manière de l'inviter. Il se lève aussi, porte sa chaise vers le mur, comme toujours, et il suit docilement son père.
            D'abord ils marchent silencieux. La question inévitable ne vient pas tout de suite. Poil de Carotte, en son esprit, s'exerce à la deviner et à lui répondre. Il est prêt. Fortement ébranlé, il ne regrette rien. Il a eu dans sa journée une telle émotion qu'il n'en craint pas de plus forte. Et le son de voix même de M. Lepic qui se décide le rassure.
                                                        Monsieur Lepic
            - Qu'est-ce que tu attends pour m'expliquer ta dernière conduite qui chagrine ta mère ?
                                                         Poil de Carotte
            - Mon cher papa, j'ai longtemps hésité, mais il faut en finir. Je l'avoue : je n'aime plus maman.                                                          Monsieur Lepic
            - Ah ! A cause de quoi ? Depuis quand ?
                                                         Poil de Carotte
            - A cause de tout. Depuis que je la connais.
                                                        Monsieur Lepic
            - Ah ! c'est malheureux, mon garçon ! Au moins, raconte-moi ce qu'elle t'a fait.
                                                         Poil de Carotte
            - Ce serait long. D'ailleurs, ne t'aperçois-tu de rien ?
                                                         Monsieur Lepic                                 studiomassoba.wordpress.com
Résultat de recherche d'images pour "poulbot triste"            - Si. J'ai remarqué que tu boudais souvent.
                                                          Poil de Carotte                                    
            - Ça m'exaspère qu'on dise que je boude. Naturellement, Poil de Carotte ne peut garder une rancune sérieuse. Il boude. Laissez-le. Quand il aura fini, il sortira de son coin, calmé, déridé. Surtout n'ayez pas l'air de vous occuper de lui. C'est sans importance.
            Je te demande pardon, mon papa, ce n'est important que pour les père et mère et les étrangers. Je boude quelquefois, j'en conviens, pour la forme, mais il arrive aussi, je t'assure, que je rage énergiquement de tout mon coeur, et je n'oublie plus l'offense.
                                                           Monsieur Lepic
            - Mais si, mais si, tu oublieras ces taquineries.
                                                            Poil de Carotte
            - Mais non, mais non. Tu ne sais pas tout, toi, Tu restes si peu à la maison.
                                                            Monsieur Lepic
            - Je suis obligé de voyager.
                                                            Poil de Carotte ( avec suffisance )     
            - Les affaires son les affaires, mon papa. Tes soucis t'absorbent, tandis que maman, c'est le cas de le dire, n'a pas d'autre chien que moi à fouetter. Je me garde de m'en prendre à toi. Certainement je n'aurais qu'à moucharder, tu me protégerais. Peu à peu, puisque tu l'exiges, je te mettrai au courant du passé. Tu verras si j'exagère et si j'ai de la mémoire. Mais déjà, mon papa, je te prie de me conseiller.
            Je voudrais me séparer de ma mère.
            Quel serait à ton avis, le moyen le plus simple ?
                                                             Monsieur Lepic
            - Tu ne la vois que deux mois par an, aux vacances.
                                                              Poil de Carotte
           - Tu devrais me permettre de les passer à la pension. J'y progresserais.
                                                             Monsieur Lepic
            - C'est une faveur réservée aux élèves pauvres. Le monde croirait que je t'abandonne. D'ailleurs, ne pense pas qu'à toi. En ce qui me concerne, ta société me manquerait.
                                                              Poil de Carotte
            - Tu viendrais me voir, papa.
                                                              Monsieur Lepic
            - Les promenades pour le plaisir coûtent cher, Poil de Carotte.
                                                              Poil de Carotte
           - Tu profiterais de tes voyages forcés. Tu ferais un petit détour.
                                                              Monsieur Lepic
           - Non. Je t'ai traité jusqu'ici comme ton frère et ta soeur, avec le soin de ne privilégier personne. Je continuerai.
                                                                Poil de Carotte
            - Alors, laissons mes études. Retire-moi de la pension, sous prétexte que j'y vole ton argent, et je choisirai un métier.
                                                               Monsieur Lepic
            - Lequel ? Veux-tu que je te place comme apprenti chez un cordonnier, par exemple ?
                                                               Poil de Carotte
            - Là ou ailleurs. Je gagnerais ma vie et je serais libre.
                                                               Monsieur Lepic
            - Trop tard, mon pauvre Poil de Carotte. Me suis-je imposé pour ton instruction de grands sacrifices, afin que tu cloues des semelles ?
                                                                Poil de Carotte
            - Si pourtant je te disais, papa, que j'ai essayé de me tuer.
                                                                Monsieur Lepic 
           - Tu charges ! Poil de Carotte.
                                                                                      Poil de Carotte                                                        unifrance.org
Image associée          - Je te jure que pas plus tard qu'hier, je voulais encore me pendre.
                                                                Monsieur Lepic
         - Et te voilà. Donc, tu n'en avais guère envie. Mais au souvenir de ton suicide manqué, tu dresses fièrement la tête. Tu t'imagines que la mort n'a tenté que toi. Poil de Carotte, l'égoïsme te perdra. Tu tires toute la couverture. Tu te crois seul dans l'univers.
                                                                 Poil de Carotte
          - Papa, mon frère est heureux, ma soeur est heureuse, et si maman n'éprouve aucun plaisir à me taquiner, comme tu dis, je donne ma langue au chat. Enfin, pour ta part, tu domines et on te redoute, même ma mère. Elle ne peut rien contre ton bonheur. Ce qui prouve qu'il y a des gens heureux parmi l'espèce humaine.
                                                                 Monsieur Lepic     
           - Petite espèce humaine à tête carrée, tu raisonnes pantoufle. Vois-tu clair au fond des coeurs ? Comprends-tu déjà toutes les choses ?
                                                                Poil de Carotte
          - Mes choses à moi, oui, papa ; du moins je tâche.
                                                                Monsieur Lepic
          - Alors, Poil de Carotte, mon ami, renonce au bonheur. Je te préviens, tu ne seras jamais plus heureux que maintenant, jamais, jamais.
                                                                Poil de Carotte
          - Ça promet.
                                                                Monsieur Lepic
          - Résigne-toi, blinde-toi, jusqu'à ce que majeur et ton maître, tu puisses t'affranchir, nous renier et changer de famille, sinon de caractère et d'humeur. D'ici là, essaie de prendre le dessus, étouffe ta sensibilité et observe les autres, ceux même qui vivent le plus près de toi, tu t'amuseras ; je te garantis des surprises consolantes.
                                                                 Poil de Carotte
           - Sans doute, les autres ont leurs peines. Mais je les plaindrai demain. Je réclame aujourd'hui la justice pour mon compte. Quel sort ne serait préférable au mien ? J'ai une mère. Cette mère ne m'aime pas et je ne l'aime pas.
          - Et moi, crois-tu que je l'aime ? dit avec brusquerie M. Lepic impatienté.
         A ces mots, Poil de Carotte lève les yeux vers son père. Il regarde longuement son visage dur, sa barbe épaisse où la bouche est rentrée comme honteuse d'avoir trop parlé, son front plissé, ses pattes d'oie et ses paupières baissées qui lui donnent l'air de dormir en marche.
          Un instant Poil de Carotte s'empêche de parler. Il a peur que sa joie secrète et cette main qu'il saisit et qu'il garde presque de force, tout ne s'envole.
          Puis il ferme le poing, menace le village qui s'assoupit là-bas dans les ténèbres, et il lui crie avec emphase :
          - Mauvaise femme ! te voilà complète. Je te déteste.
          - Tais-toi, dit M. Lepic, c'est ta mère, après tout.
          - Oh ! répond Poil de Carotte redevenu simple et prudent, je ne dis pas ça parce que c'est ma mère.


                                                                      Fin


                                      de Poil de Carotte paru en 1894        Jules Renard