jeudi 31 août 2017

Poil de Carotte 2 C'est le chien - Le Cauchemar - Sauf votre respect Jules Renard ( roman France )








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                                                    Poil de Carotte

                                                                   " C'est le chien "

            M. Lepic et soeur Ernestine, accoudés sous la lampe, lisent l'un le journal, l'autre son livre de prix ; Mme Lepic tricote, grand frère Félix grille ses jambes au feu et Poil de Carotte par terre se rappelle des choses.
           Tout à coup, Pyrame, qui dort sous le paillasson, pousse une grognement sourd.
           - Chtt ! fait M. Lepic.
           Pyrame grogne plus fort.
           - Imbécile ! dit Mme Lepic.
           Mais Pyrame aboie avec une telle brusquerie que chacun sursaute. Mme Lepic porte la main à son coeur. M. Lepic regarde le chien. Grand frère Félix jure et bientôt on ne s'entend plus.
            - Veux-tu te taire, sale chien ! tais-toi donc, bougre !
            Pyrame redouble, Mme Lepic lui donne des claques. M. Lepic le frappe de son journal, puis du pied. Pyrame hurle à plat ventre, le nez bas, par peur des coups et on dirait que rageur, la geule heurtant le paillasson, il casse sa voix en éclats.
            La colère suffoque les Lepic. Ils s'acharnent, debout, contre le chien couché qui leur tient tête.
            Les vitres crissent, le tuyau du poêle chevrote et soeur Ernestine même jappe.
            Mais Poil de Carotte, sans qu'on le lui ordonne, est allé voir ce qu'il y a. Un chemineau attardé passe dans la rue peut-être et rentre tranquillement chez lui, à moins qu'il n'escalade le mur du jardin pour voler.
            Poil de Carotte, par le long corridor noir, s'avance, les bras tendus vers la porte. Il trouve le verrou et le tire avec fracas, mais il n'ouvre pas la porte.
            Autrefois il s'exposait, sortait dehors, et sifflant, chantant, tapant du pied, il s'efforce d'effrayer l'ennemi.
            Aujourd'hui il triche.
            Tandis que ses parents s'imaginent qu'il fouille hardiment les coins et tourne autour de la maison en gardien fidèle, il les trompe et reste collé derrière la porte.
            Un jour il se fera pincer, mais depuis longtemps sa ruse lui réussit.
Image associée            Il n'a peur que d'éternuer et de tousser. Il retient son souffle et s'il lève les yeux, il aperçoit par une petite fenêtre, au-dessus de la porte, trois ou quatre étoiles dont l'étincelante pureté le glace.
            Mais l'instant est venu de rentrer. Il ne faut pas que le jeu se prolonge trop. Les soupçons s'éveilleraient.
            De nouveau, il secoue avec ses mains frêles le lourd verrou qui grince dans les crampons rouillés et il le pousse bruyamment jusqu'au fond de la gorge. A ce tapage, qu'on juge qu'il revient de loin et s'il a fait son devoir ! Chatouillé au creux du dos, il court vite rassurer sa famille.
            Or, comme la dernière fois, pendant son absence, Pyrame s'est tu, les Lepic calmés ont repris leurs places inammovibles et, quoiqu'on ne lui demande rien, Poil de Carotte dit tout de même par habitude :                          
            - C'est le chien qui rêvait.                                                                                              .moviesunplugged.com    
                 

tournagesbretagne.com                                                      " Le Cauchemar "
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            Poil de Carotte n'aime pas les amis de la maison. Ils le dérangent, lui prennent son lit et l'obligent à coucher avec sa mère. Or, si le jour il possède tous les défauts, la nuit il a principalement celui de ronfler. Il ronfle exprès, sans aucun doute.
            La grande chambre, glaciale même en août, contient deux lits. L'un est celui de M. Lepic, et dans l'autre Poil de Carotte va reposer, à côté de sa mère, au fond.
            Avant de s'endormir, il toussote sous le drap, pour déblayer sa gorge. Mais peut-être ronfle-t-il du nez ? Il fait souffler en douceur ses narines afin de s'assurer qu'elles ne sont pas bouchées. Il s'exerce à ne point respirer trop fort.
            Mais dès qu'il dort, il ronfle. C'est comme une passion.
           Aussitôt, Mme Lepic lui entre deux ongles, jusqu'au sang, dans le plus gras d'une fesse. Elle a fait choix de ce moyen.
            Le cri de Poil de Carotte réveille brusquement M. Lepic, qui demande :
            - Qu'est-ce que tu as ?
            - Il a le cauchemar, dit Mme Lepic.
            Et elle chantonne, à la manière des nourrices, un air berceur qui semble indien.
            Du front, des genoux poussant le mur, comme s'il voulait l'abattre, les mains plaquées sur ses fesses pour parer le pinçon qui va venir au premier appel des vibrations sonores, Poil de Carotte se rendort dans le grand lit où il repose, à côté de sa mère, au fond.


                                                     " Sauf votre respect "

            Peut-on, doit-on le dire ? Poil de Carotte, à l'âge où les autres communient, blancs de coeur et de corps, est resté malpropre. Une nuit, il a trop attendu, n'osant demander.
            Il espérait, au moyen de tortillements gradués, calmer le malaise.
            Quelle prétention !
            Une autre nuit, il s'est rêvé commodément installé contre une borne, à l'écart, puis il a fait dans ses draps, tout innocent, bien endormi. Il s'éveille.
            Pas plus de borne près de lui qu'à son étonnement !
            Mme Lepic se garde de s'emporter. Elle nettoie, calme, indulgente, maternelle. Et même, le lendemain matin, comme un enfant gâté, Poil de Carotte déjeune avant de se lever.
            Oui, on lui apporte sa soupe au lit, une soupe soignée, où Mme Lepic, avec une palette de bois, en a délayé un peu, oh! très peu.
            A son chevet, grand frère Félix et soeur Ernestine observent Poil de Carotte d'un air sournois, prêts à éclater de rire au premier signal. Mme Lepic, petite cuillerée par petite cuillerée, donne la béquée à son enfant. Du coin de l'oeil elle semble dire à grand frère Félix et à soeur Ernestine :
            - Attention ! préparez-vous !
            - Oui, maman.                                                                                montmartre-secret.com
Résultat de recherche d'images pour "famille lepic poil de carotte"            Par avance, ils s'amusent des grimaces futures. On aurait dû inviter quelques voisins. Enfin, Mme Lepic, avec un dernier regard aux aînés comme pour leur demander : " Y êtes-vous ? ", lève lentement, lentement la dernière cuillerée, l'enfonce jusqu'à la gorge, dans la bouche grande ouverte de Poil de Carotte le bourre, le gave, et lui dit, à la fois goguenarde et dégoûtée :
            - Ah ! ma petite salissure, tu en as mangé, tu en as mangé, et de la tienne encore, de celle d'hier.
            - Je m'en doutais, répond simplement Poil de Carotte, sans faire la figure espérée.
            Il s'y habitue, et quand on s'habitue à une chose, elle finit par n'être plus drôle du tout.


                                                                               à suivre.......
                                                               " Le pot "

                                                                        Jules Renard



         


            

mardi 29 août 2017

L'homme est un dieu en ruine Kate Atkinson ( Roman Grande Bretagne )


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                                               L'homme est un dieu en ruine 

            Des cinq enfants Teddy était le dernier et le préféré de Sylvie, sa mort pouvait la tuer. Mais fort habile elle multiplie les couvées et autres cultures maraîchères et défend la propriété pendant les années de disette, alors que le rationnement et les tickets sont le quotidien des citadins. Teddy s'est engagé, attend son ordre de route, et l'auteur raconte dans ce second volume la vie des Anglais qui bombardent l'Allemagne. Les avions descendus en flammes, les sauts en parachute en toute extrémité. Pages de guerre. Revenu à la vie civile Teddy élève son petit-fils, il est journaliste et travaille pour une petite revue du côté de York. Après les destructions de Brême, Berlin et ailleurs, de jolies lignes décrivent la flore. Beaucoup de jacinthes, des bois et des jardins. Deux femmes obtiennent un succès facile en littérature enfantine, Izzie, soeur de Hugh dans Une vie après l'autre et la maman de Sunny qu'elle abandonne sans sentiment à son grand-père, le père Dominic, fils de famille, punk, drogué dangereux, ne subvient pas aux besoins de l'enfant, il peint de grandes toiles inabouties. Ursula apparaît, mais le principal du livre sont la guerre et les séquences bucoliques.
" L'alouette est connue pour son chant, dit-il, il est très beau...... Le but de l'Art est d'exprimer la vérité et pas d'être la vérité en soi....... " Au retour de la guerre Teddy et son épouse Nancy marquent leur désaccord lorsqu'il s'agit de l'achat d'un article fabriqué hors d'Angleterre " Alors tu as acheté un moulin à café Philips ? Et tu vas me dire qu'ils ne se sont pas salis les mains eux ? Tout le monde se salit les mains dans une guerre. - Pas Philips. Frits Philips a été déclaré " Juste parmi les Nations " après la guerre...... " Teddy a des souvenirs pleins la tête " A quatre cents pieds les jauges de carburant indiquaient zéro...... Teddy ordonna à tout le monde de prendre la position amerrisage...... Ils touchèrent l'eau à une vitesse de 95 Noeuds......... " Viola est-elle enfin prête à écouter la voie de la sagesse qu'enseigne le professeur de yoga son fils " Dharma... D'après une légende hindoue, autrefois tous les hommes étaient des dieux mais ils abusèrent de leur divinité............ Je sais où nous allons cacher la divinité de l'homme. Nous allons la cacher en lui. Il fouillera le monde entier mais il ne regardera pas au fond de lui......... " 

Une vie après l'autre Kate Atkinson ( Roman Grande Bretagne )

Une vie après l'autre
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                                                               Une vie après l'autre

            Sylvie Todd enfouie dans ses coussins bordés de dentelles souffre. Près d'elle seule un petite servante trop jeune pour la circonstance, Bridget, s'affole, apporte l'eau chaude, les linges que sa maîtresse lui commande entre des douleurs de plus en plus aigües. C'est un 11 février 1910, bien qu'assez proche de Londres le futur père ne peut rentrer assez tôt, bloqué par la neige, de même le médecin. L'auteur a deux alternatives, Ursula naît et meurt étranglée par le cordon ombilical, où sauver celle qui sera l'une des héroïnes du roman et que découlerait-il, quel serait le destin des autres personnages tous bien vivants. Ursula vit, Maurice, l'aîné n'a pas cessé de jouer aux Indiens, et le Dr Fellowes se fait servir un solide petit déjeuner par la gouvernante habituellement assez médiocre cuisinière, pour ses côtes de veau à la russe entre autres. Trois enfants suivront la naissance d'Ursula. Ursula qui développe une intuition très forte assez longtemps. Arrive 1914 et la guerre, Hugh est mobilisé, à Fox House les femmes tricotent. Beaucoup d'hommes sont morts, ceux qui reviennent sont blessés, défigurés. Bridget annonce à son entourage que son fiancé est sauvé, ils vont fêter la victoire à Paris. Sylvie et Mrs Glover s'inquiètent à juste raison. 24 heures après leur retour à la propriété le jeune homme meurt, victime de la grippe espagnole. Hugh garde secrets ses souvenirs de guerre. La vie reprend son cours, il retourne à la banque, sa soeur attend un enfant. Izzie est éloignée, l'enfant adopté par un couple allemand. La vie sentimentale d'Ursula est entâchée, sa mère ne l'aide guère. L'auteur décrit un milieu très puritain. Entre celle que l'on appela la Grande Guerre 14/18 et la seconde du siècle dernier la famille Todd voit s'éloigner les enfants. Mais Paméla revient, mariée à un médecin à Leeds, mère d'enfants jeunes elle trouve un abri dans la maison familiale lorsque commencent les bombardements sur l'Angleterre. Et là Kate Atkinson atteint son but. Elle dit avoir voulu décrire la guerre, et c'est réussi. Des dizaines de bombes tombent chaque nuit sur le sud du pays. Londres en ruines. Ursula travaille le jour et le soir devient bénévole, apprend son rôle :
" Patrouiller et surveiller, telle était la devise de Miss Wolf  ".Les garçons survivront-ils militaires engagés ? Chapitres courts, il faut entrer dans le jeu de l'auteur, avancer, reculer, et retrouver les personnages nombreux, les jacinthes, les prés et les landes et l'habileté de Sylvie dans la suite
" L'homme est un Dieu en ruine ".









   

            


            

samedi 26 août 2017

Journal secret Alexandre Pouchkine extraits ( Roman Russie )

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                                                                         JOURNAL SECRET
                                                                            (1836 / 1837 )

                                                                                                                A ma femme

            La prédiction se réalise. J'ai provoqué d'Anthès en duel. L'Allemande ne m'avait-elle pas annoncé une mort violente par la main d'un homme blond ? Je sens la puissance du destin, je vois comment il commence à se réaliser, mais je ne peux pas l'éviter car le déshonneur est plus terrible que la mort.
            Le déshonneur est une graine que j'ai plantée moi-même. A présent ses branches m'étranglent. D'Anthès est devenu la punition du destin pour ma faiblesse de caractère. Défiant d'Anthès je deviens comme Jacob aux prises avec l'Ange.
            Si je triomphe je réfuterai les lois de Dieu......
             Mes contemporains ne doivent pas me connaître aussi intimement que je le permettrai aux futures générations. Je devrai veiller sur l'honneur de N. et sur celui de mes enfants tant qu'ils seront en vie. Mais je ne peux pas m'empêcher de coucher mon âme sur le papier. .
            C'est la maladie incurable de l'écrivain.
             Cette maladie est souvent fatale. Mes contemporains me tueraient pour ces révélations à coeur ouvert, ces vraies révélations,  s'ils les apprenaient. Mais les générations futures ne pourront rien nous faire, ni à moi ni à mes arrières petits-enfants........
            À l'inverse du présent, l'histoire n'est ni dangereuse,  ni offensante, seulement amusante et didactique.
            Je ne veux pas emporter dans le tombeau mes péchés, erreurs et tourments.
            Ils sont trop considérables pour ne pas être intégrés à mon monument.
            Dans environ deux cents ans, quand en Russie la censure sera sûrement abolie, on publiera d'abord Barkov et ensuite ces notes, bien que je ne puisse imaginer la Russie sans la censure. Cela signifie que ces textes seront publiés en Europe, mais plus probablement dans la lointaine Amérique.
            C'est affreux de penser qu'à ce moment-là je ne serai plus vivant, et que même mes os seront tombés en poussière.
             Je regarde ma main tandis qu'elle écrit ces lignes et j'essaie de l'imaginer morte..... J'ai de la peine à croire ce destin, pourtant irréfutable...... La mort est la réalité la plus difficile à comprendre, alors que nous acceptons sans sourciller et sans réfléchir les mensonges les plus divers.
          
   Anton Tchekov -by Levitan                                     ************************           
            
            L'ultime volet de la prédiction de la voyante allemande s'accomplissant, la mort de Delvig était un signe effrayant. À l'époque je n'en étais pas conscient,  mais aujourd'hui tout m'apparaît tellement évident et rempli de signification. La chute de la bague lors de la cérémonie nuptiale, la flamme vacillante de la bougie qui s'est éteinte toute seule, m'ont irrévocablement convaincu qu'il ne pouvait rien advenir d'heureux dans ce mariage. En fait nous prédisons nous-mêmes notre avenir.
             Pour ne pas perdre le reste de courage, je me suis consolé en songeant à la nuit de noces qui m'attendait : la joie de posséder enfin N. prié Dieu pour que cette joie perdure ma vie entière d'homme marié. 
             Une soif de bonheur absolu me poussa à me marier. Oui le mariage me paraissait le remède magique à ma débauché et à mon ennui. Il s'agissait de tenter de me fuir moi-même, étant incapable de changer et de devenir un autre. 
Résultat de recherche d'images pour "peintres russes 1900"             N. fut ma chance fatale. Dans ma négociation pour soustraire N. à sa mère j'ai sacrifié toute dot et je me suis beaucoup endetté pour payer les festivités des épousailles. En attendant le jour du mariage, après les fiançailles, j'ai pensé..... comment ma vie allait être bouleversé après mon serment de fidélité, car je comptais sincèrement le respecter.
            Auparavant il m'arrivait fréquemment de posséder cinq femmes par jour. Je me suis habitué à une grande variété.... de tempéraments féminins et à tout ce qui différencie une femme d'une autre. Un tel renouvellement ne permettait pas à mes passions de s'engourdir et la poursuite constante de cette diversité était la substance même de ma vie.
            Quand j'ai vu N. pour la première fois j'ai compris qu'il se produisait quelque chose d'irréversible. Le désir de la posséder fut immédiatement si puissant qu'il s'est instantanément transformé en désir de l'épouser. Cela m'était déjà arrivé mais jamais avec une telle force. Je n'avais jamais ressenti une telle admiration pour l'élue de mon coeur.
            Lorsque ma proposition fut finalement acceptée, je me suis arrangé, profitant de ma position de futur gendre, pour rester seul avec elle. Je l'ai attirée à moi et embrassée et, laissant ma main remonter jusqu'à son sein, j'ai commencé à gratter avec l'ongle l'endroit où était supposé se trouver le téton. Très vite mon ongle a trébuché dessus. N. rougit mais ne me repoussa pas et chuchota seulement :
            - Arrêtez, maman pourrait vous voir.
             Sa mère est une vraie salope.......... Elle opprimait ses filles de mille et une manière et les cloîtrait comme au couvent. J'ai regardé les soeurs de N. et songé à faire de ce couvent mon harem.
            En bon futur marié je me reprochais ces pensées pécheresses, bien qu'il me fût impossible de m'en débarrasser.
            J'adorais ma novice et envisageais de la métamorphoser pas à pas en amante experte. Mais il était écrit que mes plans ne se réaliseraient pas, et voilà sans doute pourquoi je suis toujours amoureux d'elle.
            Je ne vis pas passer la lune de miel tant son éducation m'était agréable. J'appris la langue que parlait son corps et N.apprit à réagir à ma langue,  et pas seulement à elle. Mon obstination et son adresse la conduisaient de plus en plus souvent à des hurlements déchirants qui, à mes oreilles sonnaient comme de la musique.
            Posséder une telle beauté idéale, et de surcroît vierge, est le plus grand bonheur de l'homme.
            L'intensité qui s'en dégage est si forte qu'elle ne peut pas durer. Quand je m'enfouissais dans mon épouse fraîchement cueillie, l'enlaçant avec passion, sentant ses mouvements timides réprimés par sa honte et son immaturité, sentant sa respiration chaude au creux de mon oreille, mon état d'exaltation était comparable à celui de la création artistique.

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Résultat de recherche d'images pour "peintres russes 1900"               Quelle joie de conduire N. dans les allées sinueuses du jardin des plaisirs..........
                ........... Malheureusement,  elle n'est pas douée au lit....... Elle n'a qu'un orgasme par nuit et après avoir joui ne veut plus en entendre parler. Chez une épouse c'est une qualité de grande valeur,  elle ne vous importune pas avec son désir lorsque vous voulez dormir. Mais au début je la chatouillais beaucoup.                                                                                                   

            J'avais tout le temps la sensation de tricher avec la nature. Moi, un nain avec le visage d'un singe, possédant une déesse. Et elle n'est pas apte à apprécier mes qualités d'amant parce que pour ce faire il lui faudrait un point de comparaison,  Dieu l'en préserve.
            Au cours de ces premières journées nous avions décidé de ne nous cacher aucune de nos pensées,  d'un commun accord,  si intime fût-elle. Je me rendais compte que je serais bien incapable de respecter cet accord mais voulais faire naître en N. l'impression de vouloir partager ses pensées et désirs avec moi. Le plus important était de ne pas s'énerver quoi qu'elle pût me raconter. Obéissant à cette règle je faisais de mon mieux pour ne pas lui laisser voir la tempête d'indignation ou de jalousie à l'écoute de ses histoires.
            N. avait pris notre accord au sérieux. Je lui ai demandé si elle avait déjà eu, de quelque manière, une affaire de coeur,  et elle s'est confessée.
            Lorsqu'elle avait dans les quatorze ans, elle avait été invitée, avec sa mère et ses soeurs au palais du Tsar. A un moment elle s'est trouvée perdue parmi les invités. Une très belle demoiselle d'honneur s'est avancée vers elle et a dit que Sa Majesté voulait qu'on la lui présentât. Ma petite fille a tremblé de peur et a humblement suivi la demoiselle d'honneur. Celle ci a conduit N. au petit salon. Le Tsar était là, assis dans un fauteuil. La demoiselle a annoncé N. et l'a laissée debout au milieu de la pièce lugubre. Le Tsar s'est levé, est allé jusqu'au sofa et l'a fait asseoir près de lui. Il l'a questionnée tout en remontant sa jupe de plus en plus haut. N. n'osait pas bouger et essayait de répondre de manière détaillée. Quand l'impérial a écarté ses jambes N. a senti " des vagues de chaleur la balayer ". C'est ainsi qu'elle m'a décrit ce qu'elle avait ressenti.
            Soudan quelqu'un a frappé à la porte. Le Tsar s'est levé,  a rajusté sa robe, et a quitté le petit salon. Dans la minute la demoiselle d'honneur est revenue et a raccompagnée N. jusqu'à la salle de bal où dansaient les autres invités.
            La mère de N. commençait à s'inquiéter de sa disparition, mais quand la demoiselle d'honneur lui a dit qu'elle avait été présentée au Tsar, elle s'est calmée et s'est contentée de regarder N. avec suspicion.
            N. semblait si excitée par cette aventure qu'à leur retour à la maison sa mère l'a convoquée dans ses appartements et lui a demandé si elle était restée seule avec le Tsar. N. a répondu qu'il n'y avait personne dans le petit salon, à part eux, qu'on était venu chercher le Tsar et qu'ils n'avaient pas eu le temps de beaucoup parler.
            - Espèce de... menteuse ! ai-je dit aussi calmement que possible, effrayé à l'idée qu'elle pourrait entendre grincer mes dents.
             Ma femme a répondu qu'elle n'aimait pas mentir, que tout ce qu'elle avait dit à sa mère était vrai et que celle-ci n'avait pas posé d'autres questions.
Image associée            Quand Koko est devenue demoiselle d'honneur je lui ai interdit d'habiter le palais, ce qui a rendu le Tsar encore plus furieux contre moi.
            N. se montra fort gênée de l'argent que le Tsar lui a donné en cadeau de mariage. Je l'ai bien remarqué. Lorsque nous avons déménagé à Tsarskoie Selo, elle a tenté par tous les moyens d'éviter le chemin du Tsar, choisissant des endroits isolés pour nos promenades. Mais un jour,  lors d'une sortie paisible autour du lac, nous avons rencontré le couple impérial, et l'impératrice a confié N. au palais.
             De retour à la maison N. s'est lamentée, elle ne voulait plus se montrer en société. Cela m'a paru suspect,  et je lui ai soutiré la confession que je viens de rapporter.
            J'avais appris, il y a bien longtemps,  de la bouche d'une demoiselle d'honneur que  j'ai guérie de ses crises de nerfs en la baisant, la passion que nourrissait l'empereur pour ses petits pêchés innocents. Ainsi donc la confession de N. ne m'étonna pas. Je savais d'avance ce qu'elle allait me raconter. Je ne voulais simplement pas découvrir que ma femme était une de ces " images vivantes ". Le Tsar a fait un grand serment de fidélité à l'impératrice et, en conséquence ne baise personne à part elle. Cependant pour profiter de l'essaim de jeunes filles qui l'entoure il leur ordonne de se déshabiller....... Ses yeux se délectent....... s'en va sans les toucher.
            L'Impératrice sait tout cela,  mais estime qu'il ne rompt pas son serment en agissant de la sorte.
            De nombreuses demoiselles d'honneur souffrent de ces rapports bénins avec le Tsar, mais N. était contente que pour elle ils fussent restés de nature innocente.
            Que le Tsar essayât à nouveau de l'approcher l'inquiétait. Je l'ai consolée et lui ai conseillé, au cas où le Tsar tenterait encore de badiner ainsi, de me décrire comme un mari jaloux au point de promettre la mort à quiconque essaierait de seulement regarder son minon. Plus tard elle m'a appris que peu après cette conversation, un jour qu'il tentait de la retenir elle avait eu l'occasion de le lui dire. Depuis il n'a plus osé recommencer. Je sais qu'il a peur de moi.
            Comme il sera heureux si je meurs. Enfant de putain !
            Je regrettais déjà à ce moment - là d'avoir imposé à N. un accord de sincérité, mais je me suis préparé à accepter toutes les conséquences agréables et désagréables qu'entraînait son adhésion. Un mari qui ignore les pensées de son épouse risque de devenir cocu. Et être cocu est dégoûtant et insupportable.  Nul n'a autant tiré parti que moi de l'inconsciente ignorance des maris, et combien j'ai pris plaisir à regarder leurs cornes grandir, invisibles à tous sauf à moi.



                                                                             à suivre...............


vendredi 25 août 2017

Poil de Carotte 1 Les poules Les perdrix Jules Renard ( roman France )

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                                              Poil de Carotte

                                                         " Les poules "

            - Je parie, dit Mme Lepic, qu'Honorine a encore oublié de fermer les poules.
            C'est vrai. On peut s'en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de sa porte ouverte.
            - Félix, si tu allais fermer ? dit Mme Lepic à l'aîné de ses trois enfants.
            - Je ne suis pas ici pour m'occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.
            - Et toi Ernestine ?
            - Oh ! moi, maman, j'aurais trop peur !
            Grand frère Félix et soeur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.
            - Dieu, que je suis bête ! dit Mme Lepic. Je n'y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules !
            Elle donne ce petit nom d'amour à son dernier-né, parce qu'il a les cheveux roux et la peau tâchée. Poil de Carotte, qui joue à rien sous la table, se dresse et dit avec timidité :
            - Mais maman, j'ai peur aussi, moi.
            - Comment ? répond Mme Lepic, un grand gars comme toi ! c'est pour rire. Dépêchez-vous, s'il te plaît.
            - On le connaît ; il est hardi comme un bouc, dit sa soeur Ernestine.
            - Il ne craint rien ni personne, dit Félix, son grand frère.
            Ces compliments enorgueillissent Poil de Carotte, et, honteux d'en être indigne, il lutte déjà contre sa couardise. Pour l'encourager définitivement, sa mère lui promet une gifle.
            - Au moins, éclairez-moi, dit-il.
            Mme Lepic hausse les épaules, Félix sourit avec mépris. Seule pitoyable, Ernestine prend une bougie et accompagne petit frère jusqu'au bout du corridor.
            - Je t'attendrai là, dit-elle.
            Mais elle s'enfuit tout de suite, terrifiée, parce qu'un fort coup de vent fait vaciller la lumière et l'éteint.
Résultat de recherche d'images pour "poules dessin couleur"            Poil de Carotte, les fesses collées, les talons plantés, se met à trembler dans les ténèbres. Elles sont si épaisses qu'il se croit aveugle. Parfois une rafale l'enveloppe, comme un drap glacé, pour l'emporter. Des renards, des loups même, ne lui soufflent-ils pas dans les doigts, sur sa joue ? Le mieux est de se précipiter, au juger, vers les poules, la tête en avant afin de trouer l'ombre. Tâtonnant, il saisit le crochet de la porte. Au bruit de ses pas, les poules effarées s'agitent en gloussant sur leur perchoir. Poil de Carotte leur crie :
            - Taisez-vous donc, c'est moi !
            Ferme la porte et se sauve, les jambes, les bras comme ailés. Quand il rentre, haletant, fier de lui, dans la chaleur et la lumière, il lui semble qu'il échange des loques pesantes de boue et de pluie contre un vêtement neuf et léger. Il sourit, se tient droit, dans son orgueil, attend les félicitations, et maintenant hors de danger, cherche sur le visage de ses parents la trace des inquiétudes qu'ils ont eues
            Mais grand frère Félix et soeur Ernestine continuent tranquillement leur lecture, et Mme Lepic lui dit, de sa voix naturelle :
            - Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.


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                                                      " Les perdrix "                                   gpeppas.gr
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            Comme à l'ordinaire, M. Lepic vide sur la table sa carnassière. Elle contient deux perdrix. Grand frère Félix les inscrits sur une ardoise pendue au mur. C'est sa fonction. Chacun des enfants a la sienne. Soeur Ernestine dépouille et plume le gibier. Quant à Poil de Carotte, il est spécialement chargé d'achever les pièces blessées. Il doit ce privilège à la dureté bien connue de son coeur.
            Les deux perdrix s'agitent, remuent le col.
            Madame Lepic
            - Qu'est-ce que tu attends pour les tuer ?
            Poil de Carotte
            - Maman, j'aimerais autant les marquer sur l'ardoise à mon tour.
           Madame Lepic
           - L'ardoise est trop haute pour toi.
           Poil de Carotte
           - Alors, j'aimerais autant les plumer.
           Madame Lepic
           - Ce n'est pas l'affaire des hommes.
           Poil de Carotte prend les deux perdrix. On lui donne obligeamment les indications d'usage :
           - Sers-les, là, tu sais bien, au cou, à rebrousse - plume.
           Une pièce dans chaque main derrière son dos, il commence.
           Monsieur Lepic
           - Deux à la fois, mâtin !
           Poil de Carotte
           - C'est pour aller plus vite.
           Madame Lepic
           - Ne fais donc pas ta sensitive ; en-dedans, tu savoures ta joie.
           Les perdrix se défendent, convulsives, et, les ailes battantes, éparpillent leurs plumes. Jamais elles ne voudront mourir. Il étranglerait plus aisément, d'une main, un camarade. Il les met entre ses deux genoux, pour les contenir, et, tantôt rouge, tantôt blanc, en sueur la tête haute afin de ne rien voir, il serre plus fort.
   marmiton.org                                                               Elles s'obstinent.
Résultat de recherche d'images pour "perdrix plumer"            Pris de rage d'en finir, il les saisit par les pattes et leur cogne la tête sur le bout de son soulier.
            - Oh ! le bourreau ! le bourreau ! s'écrient grand frère Félix et soeur Ernestine.

            - Le fait est qu'il raffine, dit Mme Lepic. Les pauvres bêtes ! Je ne voudrais pas être à leur place, entre ses griffes.
            M. Lepic, un vieux chasseur pourtant, sort écoeuré.
            - Voilà ! dit Poil de Carotte, en jetant les perdrix mortes sur la table.
            Mme Lepic les tourne, les retourne. Des petits crânes brisés du sang coule, un peu de cervelle.
            - Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné ?
            Grand frère Félix dit :
            C'est positif qu'il ne les a pas réussies comme les autres fois.


                                                                                     à suivre.........

                                                                              " C'est le chien "
                            
                                                                  Jules Renard
   

vendredi 4 août 2017

Françoise Dolto Marie Pierre Farkas Marianne Ratier ( BD France )



                                                  Françoise Dolto

                                                     L'heure juste 

            Françoise née Marette ne devait pas devenir médecin, et dû même lutter pour se présenter au bac. En 1908, année de naissance à Paris dans le l6è arrondissement, les jeunes filles se préparent à devenir de bonnes épouses. Sa mère préférait sa soeur aînée, et le drame qui frappe la famille creuse le fossé entre Françoise et madame Marette. Elle s'obstine et passe tous les examens avec l'appui de son père " ....... Papa..... il aime jouer aux échecs avec maman, matin et soir. Le reste du temps il calcule, par exemple quelle serait la courbe dessinée par la cuillère accrochée à la queue du chat...... " Enfant curieuse elle pose des questions "......  Au ciel c'est quoi, c'est comment, c'est où au ciel ?...... " Elle apprend à lire, mais déçue, veut " désapprendre ". Elle préfère les histoires qu'elle se raconte. Elle s'occupe toujours, mademoiselle l'a compris, " ....... un vieux carton pour que je confectionne un lit pour ma poupée..... " et elle tricote. Sa mère ne lui fait guère de compliments. Et les années de guerre, 14/18, crainte pour les proches. Et Françoise a des idées précises sur Judas mais Madame Marette semonce la fillette " .....  Françoise, Françoise..... demande donc au Bon Dieu de t'empêcher de penser...... " Après le drame, cette maladie inguérissable, Madame Marette s'attache à déjouer les projets de Françoise. Elle dissimule l'enveloppe qui convoque la jeune fille au bac. Et Françoise obstinée, obligée de quitter le domicile familiale tant la tension entre sa mère et elle est forte, pousse les portes et pratique le métier qu'elle s'était choisi, elle est pédiatre et s'est attachée à soigner les conflits entre mère et enfants, entre autres. Elle-même a, plusieurs années, suivi une analyse. Texte et dessins agréables, joli roman-biographie graphique. Une approche pour poursuivre la lecture des ouvrages de Dolto.