samedi 30 septembre 2017

Une voix dans l'ombre Andrea Camilleri ( Roman policier Italie )

Une voix dans l'ombre
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                                                  Une voix dans l'ombre

            " - Comment ça se fait que vous veniez si tard, demanda Enzo le restaurateur........ Le coeur du commissaire se serra : - Il ne reste plus rien ?....... - Soyez tranquille, dottore........ Hors d'oeuvre    ( double portion ), pâtes aux oursins ( une portion et demie ), rougets de roche au sel ( six rougets plutôt gros ). " La suite chacun la connaît, petite marche jusqu'au môle, café, et l'enquête reprend son cours. Et Montalbano qui fête ces jours ses cinquante-huit ans, s'énerve devant la vivacité de Fazio, impressionné par sa moindre réactivité. Cambriolage dans un supermarché propriété en sous-main de la mafia, assassinats, agression verbale avec un jeune automobiliste hyper-nerveux qui, hasard, se retrouve dans son bureau pour lui signaler un meurtre. Les événements ont lieu en Sicile sous le mandat de Berlusconi, et Camilleri ne manque pas de signaler les occlusions entre médias et gouvernements, mais le commissaire Montalbano bien qu'il ait le sentiment d'être assez vieux, connaît toujours bien le métier. La colère du Questeur, les mensonges du député, Montalbano et ses équipiers, Fazio, Mimi, l'inimitable Catarella et son langage particulier piégeront les suspects. Durant les quelques jours que durera l'enquête le commissaire ne se reposera guère dans sa maison de Marinella. Il se disputera au téléphone avec Livia, connue des lecteurs, nourri par Adelina de pâtes, de poissons, plats divers et copieux, quoique alourdi par un poulpe fraîchement pêché.  " ........ Il lui revint à l'esprit un passage du livre d'un scientifique spécialiste en animaux et dénommé Alleva qui disait que les poulpes étaient très 'ntelliigents. Un instant il resta fourchette en l'air. Puis il aréfléchi que le destin des intelligents était toujours et en tous les cas d'être mangés par des crétins plus fourbes qu'eux. Il areconnut sans difficulté être un crétin et recommença à manger. " En fin de volume une note de l'auteur signale avoir écrit cette histoire il y a quelques années, des problèmes d'édition.

            

            

mercredi 27 septembre 2017

Apparition Victor Hugo ( poème France )

fée clochette

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                                                    Apparition

            Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;
            Son vol éblouissant apaisait la tempête,
            Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
            - Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
            Lui dis-je. Il répondit : - Je viens prendre ton âme.
            Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme ;
            Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
            - Que me restera-t-il ? car tu t'envoleras.
            Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège
            S'éteignait... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je,                                  
            Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
            Il se taisait toujours. - Ô passant du ciel bleu,                               fansshare.com
Image associée            Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ?
            Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
            Et l'ange devint noir, et dit : - Je suis l'amour.
            Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
            Et je voyais, dans l'ombre où brûlaient ses prunelles,
            Les astres à travers les plumes de ses ailes.


                                                                                             Jersey, septembre 1855
                                                                    Victor Hugo
         
         

mardi 26 septembre 2017

Celle qui fuit et celle qui reste Elena Ferrante ( Roman Italie )

Celle qui fuit et celle qui reste
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                                                         L'amie prodigieuse 3

                                                 Celle qui fuit et Celle qui reste

            Amies de toujours, Lila et Lenù évoluent à leur rythme. Amitié féroce. Lila abandonne son mari Stéphano dans le deuxième volume et travaille dans une usine de salaisons dans la périphérie de Naples. Dans " Le nouveau nom " donc elle emmène Gennaro, son enfant qu'elle pense, souhaite on ne sait trop à ce moment, être le fils de Nino. Travail difficile, désossage, ambiance. Mais son ami d'enfance Enzo la recueille. Il est doux avec l'enfant, passif avec elle. Ils sont jeunes et nous sommes en 1968. Ils saisissent l'opportunité qui s'annonce, l'arrivée des ordinateurs, alors gros meuble qu'installe IBM dans les entreprises. Mais la rue s'agite, en France c'est mai 68, et Linù encore quelques semaines à Naples avant de s'installer à Florence avec Pietro Airota nommé, malgré son jeune âge, professeur de latin à l'université. De très bonne famille et aux excellentes relations, il est surtout chercheur, sa soeur est féministe. Et Lenù de réussite en réussite, devient Eléna Greco grâce à la publication de son premier livre. L'histoire de la non moins grande réussite des volumes d'Elena Ferrante tient sans doute au fait qu'elle détricote chaque événement, chaque sentiment, la jalousie de sa mère puis sa relative fierté, les terrifiantes sautes d'humeur des femmes, les luttes entre fascistes et extrême gauche, meurtres et meurtrissures d'amour-propre. " J'eus du mal à me concentrer sur la leçon qui nous venait de la France........ "Les nouvelles libertés, des féministes entre autres, inquiètent à Naples plus qu'ailleurs. Lors de discussions "....... En gros, j'affirmai être perplexe quant au degré de maturation de la lutte des classes en France........ " Mariée, mère de famille, Lenù petite bourgeoise se contentera-t-elle d'une vie un peu terne, son goût pour l'écriture serait-il tari, ou prendra-t-elle modèle sur Emma Bovary ? Et Lila, elle, évolue, munie d'un salaire, agit comme dans leur enfance, volontaire, elle impose sa vie, ses réflexions à Linù, et même son fils, petit napolitain au dialecte vif. Rebondissements et belle écriture. Femmes volcaniques, camoristes fils d'une mère usurière qui fête ses soixante ans essoufflés, et la mort rôde, et l'amour disent deux personnages a tous les droits, même celui de détruire les familles. Et donc, le tome IV est attendu avec impatience.
            

            

                                                 

samedi 23 septembre 2017

Journal secret 3 Alexandre Pouchkine ( Roman Russie )

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                                                   Journal secret 3
                                                                                 ( extraits suite )

            J'observe mes réactions et l'influence qu'exerce sur elles l'habitude........
            Toutefois, au bout d'un mois, la routine m'avait déprimé et, une nuit qu'elle avait lâché un pet au lit, j'ai préféré me tourner dans l'autre sens, en silence, plutôt que de lui sauter dessus. Mes sentiments émoussés par l'habitude étaient en sommeil.
            Je me souviens de la première nuit où nous sommes restés allongés au lit et où nous nous sommes endormis sans faire l'amour. Auparavant, nous n'avions pas manqué une seule nuit. A partir de là, ce fut de plus en plus fréquent.
 
            ............. Le déménagement à Tsarskoïé Sélo a été un grand soulagement pour N. et pour moi. Nous nous sommes accordés un répit nécessaire, à l'écart des parents ennuyeux et des connaissances importunes.
            La visite du Lycée a réveillé en moi des souvenirs qui auraient provoqué sa jalousie si elle en avait eu vent. Alors, encore fidèle à N., je me suis demandé si l'adultère mental était un véritable adultère. J'en suis arrivé à la conclusion que mes souvenirs poignants n'étaient pas de l'adultère, car mon expérience de l'amour rend mes rêves négligeables en comparaison. Avec N. c'est le contraire. Si elle rêve à quelqu'un d'autre elle me devient infidèle parce qu'elle n'a connu que moi. En un mot, mes rêves sont provoqués par des souvenirs que je ne donne pas, et ses rêves s'inspirent de basses pensées nées du présent qu'elle invoque délibérément.
            Bientôt, quand j'aurai franchi le Rubicon et recommencé à baiser à droite et à gauche, ce sujet cessera de me faire souffrir et je lui pardonnerai tous ses fantasmes, demandant simplement à Dieu que, moi vivant, elle ne me soit pas infidèle. Mais le plus effrayant c'est que rien ne nous permet de savoir si nos femmes sont fidèles. Je ne saurai jamais ce que fait N. lorsque je ne la vois pas. On ne peut être fidèle qu'à la fidélité. Quand ma fidélité faiblit apparaît un Diable jaloux et les preuves de fidélité n'y peuvent rien car chaque signe du contraire, dans mon esprit, devient irréfutable. Et seul le retour de la fidélité dans mon propre coeur en chasse la jalousie. Hélas pas pour longtemps.

            Je me fais penser à Othello : lui aussi était Noir et lui non plus n'était pas jaloux, il était confiant.

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            ............................                                                                          bibo.kz
Image associée            Je suis jaloux de chaque jolie femme parce que j'aime chaque jolie femme. Et n'importe quelle femme est jolie après la jouissance en elle, cela signifie qu'elle est vraiment jolie. N. est vraiment très très jolie car, bien qu'ayant depuis longtemps cessé de la désirer, je n'ai jamais cessé de l'admirer.

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            La fidélité est une lutte contre la tentation d'être infidèle. J'ai épuisé mes forces au cours de cette longue bataille. Quand j'ai senti que cette faiblesse à laquelle je m'abandonnais me menait droit aux ennuis, j'ai essayé de persuader N. d'aller passer quelque temps au village. Je savais que je serais incapable de résister à la tentation et que l'isolement me maintiendrait à mon bureau. Quand le désir s'allumerait en moi, il n'y aurait que N. à mes côtés. Je n'avais pas compté avec les filles des serfs du manoir.
            Son tempérament serein, que j'ai toujours eu quelque peine à perturber, trouvait son plus vif plaisir lorsqu'elle aguichait les hommes, ce qui est absolument sans risque, c'est en tout cas ce qu'elle m'a assuré. Elle s'enivrait du pouvoir de sa propre beauté qui mettait à ses pieds les hommes les plus influents de Pétersbourg, dont le Tsar. Grâce à sa décence et à sa gentillesse elle ne prenait pas avantage de sa beauté dans un esprit de conquête, mais se contenter d'en jouer, comme le ferait une enfant.
            Si on la frustrait d'une vénération constante, la vie perdrait toute signification à ses yeux. Rien, pas même les enfants, ne revêt tant d'importance pour elle. Non, c'est trop de dire cela. Les enfants ont encore sa préférence. Après la naissance de Mashka elle s'est tellement épanouie qu'elle espérait accroître encore son charme après chaque nouvelle naissance. Mais non, je ne veux pas être caustique envers ma femme, je l'aime. Seules mes propres faiblesses me poussent à vouloir l'atteindre dans sa dignité.
            La première fois que je lui ai été infidèle je savais que je rompais des liens impossibles à rétablir. J'ai pensé " Quand on baise une putain on ne trompe pas sa femme ". Mais au même moment j'avais compris que j'avais brisé mes voeux de mariage et qu'à partir de ce jour notre vie serait irrévocablement changée, même si elle ne le découvrait jamais. Je n'ai cessé de me répéter qu'un poète ne peut vivre sans fièvre et n'est pas fait pour le monde du mariage. Il me fallait accepter que tombe cette fièvre, parce que c'est la loi. Dieu ne nous empêche pas d'apprendre ses lois, mais il punit toute tentative qui les changerait. J'aurais dû être croyant, mais j'ai osé les enfreindre, et cela ne peut se faire qu'en tournant le dos à Dieu
  *        Après cette première transgression je ne pouvais plus m'arrêter. N. l'a deviné avant même de l'apprendre de ma bouche, et de celles des autres. J'ai plongé dans la luxure avec avidité, et si l'on veut appeler cela des saletés, alors du miel étalé partout sur un corps c'est aussi de la saleté. Elle n'en paraîtra pas moins douce.            
                                                                **********************

            .........................

            Le rendez-vous fatal s'est déroulé dans un bordel Il n'y a pas de meilleur endroit pour assouvir ma passion d'observer le plaisir des autres. Quel exemple frappant n'a-t-on pas de l'amour d'un homme pour l'humanité quand le plaisir d'un homme en éveille un semblable chez lui !........... Ma passion pour ce genre de spectacle m'a conduit à faire une connaissance qui pourrait bientôt entraîner ma mort.
            Chez Sofya Astafievna............... C'était d'Anthès qui avait récemment été admis dans la Garde et dont toutes les femmes raffolaient. Nous n'avions pas été présentés mais quelqu'un me l'avait un jour fait remarquer, dans une demeure où se réunissaient les plus belles femmes de Saint-Pétersbours. J'étais debout avec N. qui, elle aussi, le voyait pour la première fois.
            - " Il est vraiment remarquablement beau ! " furent les mots qui s'échappèrent de ses lèvres.                Le sang m'est monté à la tête. Dans l'instant où je m'en suis souvenu..........
           Repartant pour la maison je suis passé par le salon et j'ai vu d'Anthès soûl....... Il parlait français et son compagnon traduisait. Il s'est tourné vers moi et m'a gratifié d'un large sourire.
            - Je parie que vous êtes Pouchkine !
            - Désolé, je ne vous connais pas, ai-je dit avec froideur sans m'arrêter.
            - Eh bien, permettez que je me présente. Il a élégamment sauté du sofa et m'a emboîté le pas, m'a dépassé en quelques enjambées rapides, s'est courbé et s'est nommé. Je l'ai salué avant de poursuivre mon chemin dans l'antichambre. Tenant à peine sur ses jambes il me suivait de très près.
            - Je viens d'arriver à Pétersbourg et j'aimerais faire votre connaissance, dit-il.
            - Ce n'est pas l'endroit idéal pour faire connaissance, ai-je répondu comme je pouvais.
            - Pourquoi ? C'est exactement le contraire ! Cette maison pousse les gens à l'intimité.
            Je me suis arrêté et l'ai regardé avec curiosité. Je ne savais pas à ce moment-là combien de ses inepties il me faudrait encore entendre à l'avenir.
            Entre temps il a continué :
            - Eh bien, vous êtes un poète célèbre, mais avez-vous vraiment réfléchi au plus poétique des phénomènes naturels ?
            Ce qu'il allait dire m'intéresserait peut-être, je décidai donc de rester un peu.
            - Quand je regarde les femmes je sais avec une certitude absolue que chacune a une intimité. Oui, oui, c'est un fait simple, cependant tant de poésie repose sur cette certitude inébranlable qui peut donner un but aux manoeuvres que nous employons pour approcher une femme quelle qu'elle soit. Si nous n'avions pas une telle certitude nous serions angoissés, car dans la société les femmes se comportent comme si elles n'avaient pas d'intimité du tout.                       richardunord6.skynetblogs.be
Image associée            Je n'ai pu m'empêcher de sourire à l'idée de la similitude qui existe entre nos façons de penser.........
            Je ne tardai pas à le saluer afin de couper court à cette conversation désagréable avec le jeune homme. Dans d'autres circonstances et avec quelqu'un de différent une telle discussion aurait été la bienvenue, mais je n'aimais pas d'Anthès et cela depuis la première fois où je le vis. Par ailleurs peu après mon mariage j'étais beaucoup moins disposé à parler de ma fascination pour les affaires de sexe, pourtant mon sujet favori de conversation, même avec des amis proches. J'ai compris que si un homme marié parlait de cela il impliquait inévitablement sa femme à qui chacun de ses commentaires serait attribué. Et la réputation d'une épouse doit être immaculée.
            Quand je suis devenu infidèle j'ai également cessé de me retenir verbalement, ne me privant pas de mentionner d'autres femmes. Mais mes interlocuteurs, comme toujours, lui ont attribué tout ce que je disais. Aujourd'hui cela m'apparaît clairement. Trop tard, hélas !
            Depuis l'incident au bordel, chaque fois que je voyais d'Anthès en société, je croisais son regard malicieux. Une fois il a même osé me faire un clin d'oeil, mais en voyant la fureur mettre le feu à mon visage, il ne sait plus jamais hasardé à une telle familiarité.
            Chaque fois qu'il danse avec N. je le soupçonne de la baiser. Il est trop certain de la présence de son intime. Il est libre de toute interprétation romantique. Cette pensée ne me laisse pas tranquille, me met hors de moi. Alors je quitte la salle et fait taire ma jalousie dans la fièvre d'un jeu de cartes, ou dans la poursuite de quelque jupon.    

                                                                *******************

            A regarder d'Anthès faire la cour, je me souviens du temps où j'étais célibataire et de ma passion à rendre les maris cocus. " Voici venu ton tour ", me dis-je. Le cercle se referme, le passé se reproduit, mais cette fois j'y joue le rôle du mari devant défendre sa femme contre des brigands affamés par sa moniche. Que lui disent-ils, comment s'y prennent-ils pour la séduire ?
 **        Personnellement, ma méthode consistait à raconter aux rares femmes intelligentes qu'il n'y  avait rien de mieux que la variété, et qu'en se soumettant à moi elles aimeraient davantage leur mari, grâce à des sentiments rafraîchis par mes soins. Aux femmes stupides je déclarais un amour si passionné que jamais leur mari ne pourrait rivaliser. Et j'étais totalement sincère avec chacune d'entre elles.
            J'ai confiance en N., et le fait que d'autres aient des doutes me rend encore plus insupportable sa coquetterie sans bornes. Je suis forcé de m'avouer que les rumeurs, l'honneur et l'opinion de la société ont plus d'importance pour moi que la véritable nature des choses. Je préférerais qu'elle se fît reluire avec quelqu'un, secrètement - mais une fois seulement - et que personne ne le découvre, plutôt que de me trouver face à un flot de racontars et de rumeurs au sujet de son infidélité, et cela malgré son innocence absolue. Voilà pourquoi je me contente de sourire du coin de la bouche si Vyazemsky courtise N. La société ne pourrait jamais croire qu'elle fût attirée par un homme si commun et si peu raffiné. Mais d'Anthès est dangereux avec sa beauté, son impudence........ Je hais l'impertinence de ces bruits de couloir qui me stigmatisent derrière mon dos. Je me sens pousser des cornes alors même que je suis persuadé qu'elles n'ont rien à faire sur ma tête. Les ragots insinuent le doute dans ma certitude. Combien d'innombrables occasions N. peut-elle avoir eu de commettre l'adultère avec tous ces hommes à ses pieds ? Qu'est-ce qui la retient de se servir ?

*      bibo.kz    
**     .carnetnature.com
                                                                                              ( à suivre )








            


mercredi 20 septembre 2017

Les Fleurs Rares Fable poème à Lou Guillaume Apollinaire ( poésie France )

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                              Les Fleurs Rares
                                                  Fable

            Entreprenant un long voyage
            Ptit Lou hantée par l'histoire de Jussieu
Au lieu d'un petit cèdre prit Quoi donc Je gage
Qu'on ne devinera pas ce que Dieu
Fit prendre à mon ptit Lou une fleur rare
Dont elle ferait don aux serres de Paris
                La fleur était sans prix
Et Dame Lou voyant qu'elle en valait la peine
Froissa pour la cueillir sa jupe de futaine
            Mais en passant dans la forêt
Allant prendre son train à la ville prochaine
            Ptit Lou vit sous un chêne
Une autre fleur Plus belle encore elle paraît                                            
            La première fleur tombe
            Et la forêt devient sa tombe                                                                     fineartamerica.com
Image associée     Tandis que mon ptit Lou d'un air rêveur
            A cueilli la seconde fleur
      Et l'entoure de sa sollicitude
            Arrivant à la station
      Après une montée un peu rude
            Pour s'y reposer de sa lassitude
                    Avec satisfaction
       Ptit Lou s'assied dans le jardin du chef de gare
Tiens dit-elle une fleur Elle est encore plus rare
            Et sans précaution
                     Ma bergère
Abandonna la timide fleur bocagère
            Et cueillit la troisième fleur
            Cheu Cheu Pheu Pheu Cheu Cheu Pheu Pheu
                 Le train arrive
Et puis repart pour regagner l'Intérieur
Mais dans le train la fleur se fane et Lou pensive
            S'en va chez la fleuriste en arrivant
        Ces rares fleurs j'en vais rêvant
            Elles sont si rares Madame
        Que je n'en tiens plus mon âme
                   La fleuriste s'exprime ainsi
Et Lou dut se contenter d'un souci
                          Que lui refuse
                   Sans lui donner d'excuse
              Le directeur ( un personnage réussi )
                   Des serres de la ville
                           De Paris
              Mais tous les pleurs et les cris
     De Lou qui dut jeter cette fleur inutile
                               Et Lou du                                                                         pretapousser.fr  
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                 Quittant le bureau dut
Entreprendre à rebours l'horticole voyage

                 Je crois qu'il est sage
                      De nous arrêter
             A la morale suivante sans insister

Des Lous et de leurs fleurs il ne faut discuter
             Et je n'en dis pas davantage


                                                                       Apollinaire

dimanche 17 septembre 2017

Poil de Carotte 6 Le bain - Honorine - La Marmite - Réticence Jules Renard ( Roman France )

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                                                                 Poil de Carotte

                                                                             " Le bain "

            Comme 4 heures vont bientôt sonner, Poil de Carotte, fébrile, réveille M. Lepic et grand frère Félix qui dorment sous les noisetiers du jardin.
            - Partons-nous ? dit-il.
            Grand frère Félix
            - Allons-y, porte les caleçons !
            Monsieur Lepic
            - Il doit faire encore trop chaud.
            Grand frère Félix
            - Moi, j'aime quand il y a du soleil.
            Poil de Carotte
            - Et tu seras mieux, papa, au bord de l'eau qu'ici. Tu te coucheras sur l'herbe.
            Marchez devant et, doucement, de peur d'attraper la mort.

            Mais Poil de Carotte modère son allure à grand-peine et se sent des fourmis dans les pieds. Il porte sur l'épaule son caleçon sévère et sans dessin et le caleçon rouge et bleu de grand frère Félix. La figure animée, il bavarde, il chante pour lui seul et il saute après les branches. Il nage dans l'air et il dit à grand frère Félix :
            - Crois-tu qu'elle sera bonne, hein ? Ce qu'on va gigoter !
            - Un malin ! répond grand frère Félix, dédaigneux et fixé.
            En effet, Poil de Carotte se calme tout à coup.
            Il vient d'enjamber, le premier, avec légèreté, un petit mur de pierres sèches, et la rivière brusquement apparue coule devant lui. L'instant est passé de rire.
            Des reflets glacés miroitent sur l'eau enchantée.
            Elle clapote comme des dents claquent et exhale une odeur fade.
            Il s'agit d'entrer là-dedans, d'y séjourner et de s'y occuper, tandis que M. Lepic comptera sur sa montre le nombre de minutes réglementaires. Poil de Carotte frissonne. Une fois de plus son courage, qu'il excitait pour le faire durer, lui manque au bon moment, et la vue de l'eau, attirante de loin, le met en détresse.
            Poil de Carotte commence de se déshabiller, à l'écart. Il veut moins cacher sa maigreur et ses pieds, que trembler seul, sans honte.
            Il ôte ses vêtements un à un et les plie avec soin sur l'herbe. Il noue ses cordons de souliers et n'en finit plus de les dénouer.
            Il met son caleçon, enlève sa chemise courte et, comme il transpire, pareil au sucre de pomme qui poisse dans sa ceinture de papier, il attend encore un peu.
            Déjà grand frère Félix a pris possession de la rivière et la saccage en maître. Il la bat à tour de bras, la frappe, du talon, la fait écumer, et, terrible au milieu chasse vers les bords le troupeau des vagues courroucées.
            - Tu n'y penses plus, Poil de Carotte ? demande M. Lepic.
            - Je me séchais, dit Poil de Carotte.
            Enfin, il se décide, il s'assied par terre, et tâte l'eau d'un orteil que ses chaussures trop étroites ont écrasé. En même temps, il se frotte l'estomac qui peut-être n'a pas fini de digérer. Puis il se laisse glisser le long des racines.
            Elles lui égratignent les mollets, les cuisses, les fesses. Quand il a de l'eau jusqu'au ventre, il va remonter et se sauver. Il lui semble qu'une ficelle mouillée s'enroule peu à peu autour de son corps, comme autour d'une toupie. Mais la motte où il s'appuie cède, et Poil de Carotte tombe, disparaît, barbote et se redresse, toussant, crachant, suffoqué, aveuglé, étourdi.
            - Tu plonges bien, mon garçon, lui dit M. Lepic.
            - Oui, dit Poil de Carotte, quoique je n'aime pas beaucoup ça. L'eau reste dans mes oreilles, et j'aurai mal à la tête.
Bonhomme roux            Il cherche un endroit où il puisse apprendre à nager, c'est-à-dire faire aller ses bras, tandis que ses genoux marcheront sur le sable.
            - Tu te presses trop, lui dit M. Lepic. N'agite donc pas tes poings fermés, comme si tu t'arrachais les cheveux. Remue tes jambes qui ne font rien.
            - C'est plus difficile de nager sans se servir des jambes, dit Poil de Carotte.
            Mais grand frère Félix l'empêche de s'appliquer et le dérange toujours.
           - Poil de Carotte, viens ici. Il y en a plus creux. Je perds pied, j'enfonce. Regarde donc. Tiens : tu me vois. Attention : tu ne me vois plus. A présent, mets-toi là vers le saule. Ne bouge pas. Je parie de te rejoindre en dix brassées.
            - Je compte, dit Poil de Carotte grelottant, les épaules hors de l'eau, immobile comme une vraie borne.
            De nouveau, il s'accroupit pour nager. Mais grand frère Félix lui grimpe sur le dos, pique une tête et dit :
            - A ton tour, si tu veux, grimpe sur le mien.
           - Laisse-moi prendre ma leçon tranquille, dit Poil de Carotte.
           - C'est bon, crie M. Lepic, sortez. Venez boire chacun une goutte de rhum.
           - Déjà, dit Poil de Carotte.
           Maintenant il ne voudrait plus sortir. Il n'a pas assez profité de son bain. L'eau qu'il faut quitter cesse de lui faire peur. De plomb tout à l'heure, à présent de plume, il s'y débat avec une sorte de vaillance frénétique, défiant le danger, prêt à risquer sa vie pour sauver quelqu'un, et il disparaît même volontairement sous l'eau, afin de goûter l'angoisse de ceux qui se noient.
            - Dépêche-toi, s'écrie M. Lepic, ou grand frère Félix boira tout le rhum.
            Bien que Poil de Carotte n'aime pas le rhum, il dit :
            - Je ne donne ma part à personne.
            Et il la boit comme un vieux soldat.
            Monsieur Lepic
            - Tu t'es mal lavé, il reste de la crasse à tes chevilles.
            Poil de Carotte
           - C'est de la terre, papa.
           Monsieur Lepic
           - Non, c'est de la crasse.
           Poil de Carotte
           - Veux-tu que je retourne, papa ?
           Monsieur Lepic
           - Tu ôteras ça demain, nous reviendrons.
           Poil de Carotte
          - Veine ! Pourvu qu'il fasse beau !
           Il s'essuie du bout du doigt, avec les coins secs de la serviette que grand frère Félix n'a pas mouillés, et la tête lourde, la gorge raclée, il rit aux éclats, tant son frère et M. Lepic plaisantent drôlement ses orteils boudinés.


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                                                            " Honorine "

             Madame Lepic                                                                                    la-boite-a-mascotte.com
Résultat de recherche d'images pour "poil de carotte dessin animé"            - Quel âge avez-vous donc, déjà, Honorine ?
             Honorine
             - Soixante-sept ans depuis la Toussaint, madame Lepic.
             Madame Lepic
            - Vous voilà vieille, ma pauvre vieille !
            Honorine
             - Ca ne prouve rien, quand on peut travailler. Jamais je n'ai été malade. Je crois les chevaux moins durs que moi.
            Madame Lepic
            - Voulez-vous que je vous dise une chose, Honorine ? Vous mourrez tout d'un coup, Quelque soir, en revenant de la rivière, vous sentirez votre hotte plus écrasante, votre brouette plus lourde à pousser que les autres soirs ; vous tomberez à genoux entre les brancards, le nez sur votre linge mouillé, et vous serez perdue. On vous relèvera morte.
            Honorine
             - Vous me faites rire, Madame Lepic ; n'ayez crainte ; la jambe et le bras vont encore.
            Madame Lepic
            - Vous vous courbez un peu, il est vrai, mais quand le dos s'arrondit, on lave avec moins de fatigue dans les reins. Quel dommage que votre vue baisse ! Ne dîtes pas non, Honorine ! Depuis quelque temps, je le remarque.
            Honorine
            - Oh ! j'y vois clair comme à mon mariage.
            Madame Lepic
            - Bon ! ouvrez le placard, et donnez-moi une assiette, n'importe laquelle. Si vous essuyez comme il faut votre vaisselle, pourquoi cette buée ?
            Honorine
             - Il y a de l'humidité dans le placard.
             Madame Lepic
             - Y a-t-il aussi, dans le placard, des doigts qui se promènent sur les assiettes ? Regardez cette trace.
            Honorine
            - Où donc, s'il vous plaît, madame ? je ne vois rien.
            Madame Lepic
            - C'est ce que je vous reproche, Honorine. Entendez-moi. Je ne dis pas que vous vous relâchez, j'aurais tort ; je ne connais point de femme au pays qui vous vaille par l'énergie ; seulement vous vieillissez. Moi aussi, je vieillis ; nous vieillissons tout, et il arrive que la bonne volonté ne suffit pas. Je parie que des fois vous vous sentez une espèce de toile sur vos yeux. Et vous avez beau les frotter, elle reste.
            Honorine
             - Pourtant je les écarquille bien et je ne vois pas trouble comme si j'avais la tête dans un seau d'eau.
            Madame Lepic
            - Si, si, Honorine, vous pouvez me croire. Hier encore, vous avez donné à M. Lepic un verre sale. Je n'ai rien dit, par peur de vous chagriner en provoquant une histoire. M. Lepic, non plus, n'a rien dit. Il ne dit jamais rien, mais rien ne lui échappe. On s'imagine qu'il est indifférent : erreur ! Il observe, et tout se grave derrière son front. Il a simplement repoussé du doigt votre verre, et il a eu le courage de déjeuner sans boire. Je souffrais pour vous et lui.
            Honorine
            - Diable que M. Lepic se gêne avec sa domestique ! Il n'avait qu'à parler et je lui changeais son verre.
            Madame Lepic
            - Possible, Honorine, mais de plus malignes que vous ne font pas parler M. Lepic décidé à se taire. J'y ai renoncé moi-même. D'ailleurs la question n'est pas là. Je me résume : votre vue faiblit chaque jour un peu. S'il n'y a que demi-mal, quand il s'agit d'un gros ouvrage, d'une lessive, les ouvrages de finesse ne sont plus votre affaire. Malgré le surcroît de dépense, je chercherais volontiers quelqu'un pour vous aider...
            Honorine
            - Je ne m'accorderais jamais avec une autre femme dans mes jambes, Madame Lepic.
            Madame Lepic
             - J'allais le dire. Alors quoi ? Franchement, que me conseillez-vous ?
Mascotte Anémone rose            Honorine
            - Ca marchera bien ainsi jusqu'à ma mort.
            Madame Lepic
            - Votre mort ! Y songez-vous, Honorine ? Capable de nous enterrez tous, comme je le souhaite, supposez-vous que je compte sur votre mort ?
            Honorine
            - Vous n'avez peut-être pas l'intention de me renvoyer à cause d'un coup de torchon de travers. D'abord je ne quitte votre maison que si vous me jetez à la porte. Et une fois dehors, il faudra donc crever ?
            Madame Lepic
             - Qui parle de vous renvoyer, Honorine ? Vous voilà toute rouge. Nous causons l'une avec l'autre, amicalement, et puis vous vous fâchez, vous dîtes des bêtises plus grosses que l'église.
            Honorine
            - Dame ! est-ce que je sais, moi ?
                                                                        Madame Lepic
            - Et moi ? Vous ne perdez la vue ni par votre faute, ni par la mienne. J'espère que le médecin vous guérira. Ca arrive. En attendant, laquelle de nous deux est le plus embarrassée. Vous ne soupçonnez même pas que vos yeux prennent la maladie. Le ménage en souffre. Je vous avertis par charité, pour prévenir des accidents, et aussi parce que j'ai le droit, il me semble, de faire, avec douceur, une observation.
            Honorine
             - Tant que vous voudrez. Faites à votre aise, Madame Lepic. Un moment je me voyais dans la rue ; vous me rassurez. De mon côté, je surveillerai mes assiettes, je le garantis.
            Madame Lepic
            - Est-ce que je demande autre chose ? Je vaux mieux que ma réputation, Honorine, et je ne me priverai de vos services que si vous m'y obligez absolument.
            Honorine
            - Dans ce cas-là, Madame Lepic, ne soufflez mot. Maintenant je me crois utile et je crierais à l'injustice si vous me chassiez. Mais le jour où je m'apercevrai que je deviens à charge et que je ne sais même plus faire chauffer une marmite d'eau sur le feu, je m'en irai tout de suite, toute seule, sans qu'on me pousse.
            Madame Lepic
             - Et sans oublier, Honorine, que vous trouverez toujours un restant de soupe à la maison.
            Honorine
            - Non, Madame Lepic, point de soupe ; seulement du pain. Depuis que la mère Maïtte ne mange que du pain, elle ne veut pas mourir.
            Madame Lepic
             - Et savez-vous qu'elle a au moins cent ans ? et savez-vous encore une chose, Honorine ? Les mendiants sont plus heureux que nous, c'est moi qui vous le dit.
            Honorine
             - Puisque vous le dites, je dis comme vous, Madame Lepic.


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                                                          " La marmite "                                 innover.eu
Résultat de recherche d'images pour "marmite cheminée"                                Elles sont rares pour Poil de Carotte les occasions de se rendre utile à sa famille. Tapi dans un coin, il les attend au passage. Il peut écouter, sans opinion préconçue, et, le moment venu, sortir de l'ombre, et, comme une personne réfléchie, qui seule garde toute sa tête au milieu de gens que les passions troublent, prendre en mains la direction des affaires.
            Or il devine que Mme Lepic a besoin d'un aide intelligent et sûr. Certes, elle ne l'avouera pas, trop fière. L'accord se fera tacitement, et Poil de Carotte devra agir sans être encouragé, sans espérer une récompense.
            Il s'y décide.
            Du matin au soir, une marmite pend à la crémaillère de la cheminée. L'hiver, où il faut beaucoup d'eau chaude, on la remplit et on la vide souvent, et elle bouillonne sur un grand feu.
            L'été, on n'use de son eau qu'après chaque repas, pour laver la vaisselle, et le reste du temps, elle bout sans utilité, avec un petit sifflement continu, tandis que sous son ventre fendillé, deux bûches fument, presque éteintes.
            Parfois Honorine n'entend plus siffler. Elle se penche et prête l'oreille.
            - Tout s'est évaporé, dit-elle.
            Elle verse un seau d'au dans la marmite, rapproche les deux bûches et remue la cendre. bientôt le doux chantonnement recommence et Honorine tranquillisée va s'occuper ailleurs.
            On lui dirait :
            - Honorine, pourquoi faites-vous chauffer de l'eau qui ne vous sert plus ? Enlevez donc votre marmite ; éteignez le feu. Vous brûlez du bois comme s'il ne coûtait rien. Tant de pauvres gèlent, dès qu'arrive le froid. Vous êtes pourtant une femme économe.
            Elle secouerait la tête.
            Elle a toujours vu une marmite pendre au bout de la crémaillère...
            Elle a toujours entendu de l'eau bouillir et, la marmite vidée, qu'il pleuve, qu'il vente ou que le soleil tape ; elle l'a toujours remplie.
            Et maintenant, il n'est même plus nécessaire qu'elle touche la marmite, ni qu'elle la voie ; elle la connaît par coeur. Il lui suffit de l'écouter, et si la marmite se tait, elle y jette un seau d'eau, comme elle enfilerait une perle, tellement habituée que jusqu'ici elle n'a jamais manqué son coup.
            Elle le manque aujourd'hui pour la première fois.
            Toute l'eau tombe dans le feu et un nuage de cendre, comme une bête dérangée qui se fâche, saute sur Honorine l'enveloppe, l'étouffe et la brûle.
            Elle pousse un cri, éternue et crache en reculant.
            - Châcre ! dit-elle, j'ai cru que le diable sortait de dessous terre.
            Les yeux collés et luisants, elle tâtonne avec ses mains noircies dans la nuit de la cheminée.
            - Ah ! je m'explique, dit-elle stupéfaite. La marmite n'y est plus.
            - Ma foi non, dit-elle, je ne m'explique pas. La marmite y était encore tout à l'heure. Sûrement, puisqu'elle sifflait comme un flûteau.
            On a dû l'enlever quand Honorine tournait le dos pour secouer par la fenêtre un plein tablier d'épluchures.
            Mais qui donc ?
            Mme Lepic paraît sévère et calme sur le paillasson de la chambre à coucher.
            - Quel bruit, Honorine !                                                                                 pinterest.fr
Résultat de recherche d'images pour "madame lepic"            - Du bruit, du bruit  s'écrie Honorine. Le beau malheur que je fasse du bruit ! un peu plus je me rôtissais. Regardez mes sabots, mon jupon, mes mains. J'ai de la boue sur mon caraco et des morceaux de charbon dans mes poches.
            Madame Lepic
            - Je regarde cette mare qui dégouline de la cheminée, Honorine. Elle va faire du propre.
            Honorine
            - Pourquoi qu'on me vole ma marmite sans me prévenir ? C'est peut-être vous seulement qui l'avez prise ?                                                                                                             
            Madame Lepic   
            - Cette marmite appartient à tout le monde ici, Honorine. Faut-il, par hasard, que moi ou
M. Lepic; ou mes enfants, nous vous demandions la permission de nous en servir ?
            Honorine
            - Je dirais des sottises, tant je me sens en colère.
            Madame Lepic
            - Contre nous ou contre vous, ma brave Honorine ? Oui, contre qui ? Sans être curieuse, je voudrais le savoir. Vous me démontez. Sous prétexte que la marmite a disparu, vous jetez gaillardement un seau d'eau dans le feu, et têtue, loin d'avouer votre maladresse, vous vous en prenez aux autres, à moi-même. Je la trouve raide, ma parole !
            Honorine
            - Mon petit Poil de Carotte, sais-tu où est ma marmite ?
            Madame Lepic
            - Comment le saurait-il, lui, un enfant irresponsable ? Laissez donc votre marmite. Rappelez-vous plutôt votre mot d'hier : " Le jour où je m'apercevrai que je ne peux même plus faire chauffer de l'eau, je m'en irai toute seule, sans qu'on me pousse. " Certes, je trouvais vos yeux malades, mais je ne croyais pas votre état désespéré. Je n'ajoute rien, Honorine ; mettez-vous à ma place. Vous êtes au courant, comme moi, de la situation ; jugez et concluez. Oh ! ne vous gênez point, pleurez. Il y a de quoi.


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            - Maman ! Honorine !...
            Qu'est-ce qu'il veut encore, Poil de Carotte ? Il va tout gâter. Par bonheur, sous le regard froid
de Mme Lepic, il s'arrête court.
            Pourquoi dire à Honorine :
            - C'est moi, Honorine !
            Rien ne peut sauver la vieille. Elle n'y voit plus, elle n'y voit plus.Tant pis pour elle. Tôt ou tard elle devait céder. Un aveu de lui ne la peinerait que davantage. Qu'elle parte et que, loin de soupçonner Poil de Carotte, elle s'imagine frappée par l'inévitable coup du sort.
            Et pourquoi dire à Mme Lepic :
            - Maman, c'est moi !
            A quoi bon se vanter d'une action méritoire, mendier un sourire d'honneur ? Outre qu'il courrait quelque danger, car il sait Mme Lepic capable de le désavouer en public, qu'il se mêle donc de ses affaires, ou mieux, qu'il fasse mine d'aider sa mère et Honorine à chercher la marmite.
            Et lorsqu'un instant, tous trois s'unissent pour la trouver, c'est lui qui montre le plus d'ardeur.
            Mme Lepic, désintéressée, y renonce la première.
            Honorine se résigne et s'éloigne, marmotteuse, et bientôt Poil de Carotte, qu'un scrupule faillit perdre, rentre en lui-même, comme dans une gaine, comme un instrument de justice dont on n'a plus besoin.


                                                                        à suivre........
                                                                       
                                                                           " Agathe "

            C'est Agathe.........


         




             






        

jeudi 14 septembre 2017

Journal secret 2 ( extraits ) Alexandre Pouchkine ( Roman Russie )


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                                                      Journal secret 2 ( suite extraits )

            Une fois nous avons fait le pari qu'elle serait satisfaite même si elle n'était pas d'humeur à cela. Je connais trop bien la façon dont l'indifférence chez une femme se transforme en désir quand un homme sait ce qu'il fait. Dans le cas de N. son indifférence à ce moment précis était si évidente qu'il était impossible d'imaginer la facilité avec laquelle elle pouvait disparaître sans une trace !
            Je lui ai fait boire deux verres de champagne, me réservai une demi-heure ce qui fut suffisant.......
           Comme je l'aimais dans ces moments fulgurants !....... Je ne la lâchais pas d'un pouce....... J'étais encore abasourdi par la métamorphose d'une déesse en simple mortelle...... mais dans les moments de trop grande intimité l'enchantement s'évanouit, et je me suis débarrassé de ma vénération excessive qui souvent peut contrecarrer la soumission féminine.
            Le pouvoir des belles femmes dans la haute société réside dans l'illusion entretenue autour de leur divinité, celle-là même qui se dissipe si agréablement dans l'intimité. O connaissance grandiose et charmante ! Un regard sur la beauté la plus inapprochable et vous savez sans erreur possible ce qu'elle sent, où elle se rend en quittant un salon et le pourquoi de son départ. la vision de ces genoux fermés et de la courbe de ces hanches véritablement divines. L'admiration me faisait tourner la tête. Mais simultanément je sentais clairement que l'on me dissimulait quelque chose d'extrêmement important........... Quand la première fois......... j'ai vu le visage de la Vérité, j'ai au même instant pris conscience de ma destinée, servir cette divinité blottie....... et chanter les sensations produites par elle.........

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                                                                                                                            pinterest.com 
Résultat de recherche d'images pour "portrait d'une tres belle femme peinture"            Quand j'étais célibataire rien de particulier ne me hantait, sauf, peut-être, le désir d'un bonheur que je recherchais vainement, et cela me rendait malheureux. Il me semblait que le mariage avec une fille jeune, jolie, au grand coeur, m'apporterait la paix et la liberté, les deux éléments consécutifs du bonheur. Hélas, la vie donne soit la paix, soit la liberté, mais jamais les deux. La paix vient d'une résignation débilitante, et une telle paix ne laisse aucune place à la liberté/ La liberté m'entraîne dans des aventures sans fin, au sein desquels aucune paix ne peut exister.
            En dépit de mon bon sens, des projets de mariage brûlaient en moi et s'enflammaient chaque fois que je croisais une jeune beauté. J'étais prêt à épouser n'importe quelle femme, sans délai, du moment que je pouvais me montrer avec elle, en société, sans avoir honte. Olénina et Sof. ne voulaient pas d'un mari fou. N. n'avait pas le choix. Voilà comment Dieu m'a mis à l'épreuve.

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            Je me suis marié avec placidité, convaincu d'être protégé par mon expérience des espoirs inutiles et des naïves illusions. Mais ma conception du mariage n'était qu'une sèche théorie. Il est impossible de comprendre les émotions sans les ressentir intensément. C'est ainsi que le coeur peut être atteint, et seul le coeur peut enrichir l'esprit. Toute mon expérience était celle d'un amant, non celle d'un mari.
            Ma passion pour N. ne dura pas même deux mois. J'étais conscient de la fuite de cette passion mais, découragé par cette évidence, parce que pour la première fois il s'agissait de ma propre femme.
            Au bout du premier mois je ne tremblais déjà plus par anticipation joyeuse lorsque N. se déshabillait devant moi. Au bout de deux mois, la maîtresse en elle n'avait plus de secrets pour moi. Elle ne pouvait plus me surprendre avec quoi que ce soit. Je savais par avance les mouvements qu'elle ferait, les gémissements que j'entendrais, comment elle s'accrocherait à moi et comment elle soupirerait de contentement.
            Ses odeurs ne m'incitaient plus à me ruer sur elle comme avant. Je ne les remarquais pas, comme s'il s'agissait des miennes. L'arôme du fromage allemand m'excitait plus que les lourdes senteurs de sa peau.
            Parce que cela me faisait penser à d'autres femmes.

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            J'avais tort de penser que je pouvais modeler N. comme bon me semblait. Non, le talent n'est pas quelque chose que l'on apprend. On naît avec. De la même manière il faut être né pour l'amour, et N. était née pour la coquetterie. Ce que moi j'appelle excellence, elle le nomme bassesse. La capacité de ressentir les convulsions de l'amour n'est absolument pas un talent amoureux. Le talent de l'amour implique un désir si puissant et si vite inflammable que toute minauderie, toute honte disparaissent complètement. Les femmes douées pour l'amour en deviennent les esclaves. Elles font des maîtresses merveilleuses mais des épouses.... Encore une fois il faut faire un choix entre une merveilleuse maîtresse et une épouse merveilleuse. Mon mariage se trouve être l'un des meilleurs car, si j'avais
une femme douée pour l'amour, en d'autres termes une mauvaise femme, il serait impossible de compenser son inaptitude à être une bonne épouse par des à-côtés, alors qu'il n'est pas difficile de trouver ailleurs une maîtresse talentueuse.
Image associée  *          J'ai compris que le tempérament de N. est celui qui convient le mieux au mariage. Elle me tuerait si elle avait une faim omnivore semblable à celle de Z. ou R. Ce qui m'offensait n'était pas son manque d'entrain mais mon indifférence devant son corps. Mon coeur ne parvenait pas à se résigner. Quoi ! pouvoir m'allonger nu aux côtés de N. et m'endormir sans le désir de la prendre ? C'était, pour moi, absolument impensable avec n'importe quelle autre femme, et N., la plus belle d'entre toutes, m'a émasculé. Je la regardais, impassible, et pensais que si, à cet instant, n'importe quelle femme étrangère, même peu séduisante, prenait sa place, je la défoncerais avec le désir que N. ne sera plus jamais capable de provoquer en moi. Je sentais en moi la colère brûler à petit feu.
            Mon désir de corps nouveaux devint plus puissant que l'amour, plus puissant que la beauté, mais je ne voulais pas que cela devienne plus puissant que ma fidélité envers ma femme.

                                                               *******************

            J'ai essayé de rendre N. enceinte. Durant les premiers mois de notre mariage, avant que la haute société ne tombe amoureuse d'elle, N. s'ennuyait à ses heures de loisir. Je lui ai appris à jouer aux échecs, lui ai donné à lire " Histoire de Karamzine ", mais cela l'a davantage ennuyée. Elle pouvait lire des romans français insipides, l'un après l'autre, avec une exaltation enfantine. Une fois je lui ai lu quelques-uns de mes poèmes. Elle les a écoutés avec une telle expression de nonchalance que je n'ai plus jamais osé l'importuner avec mes compositions, et elle ne m'en a plus réclamées...
            Les nouveaux habits et les compliments relatifs à sa beauté étaient ses plus grands plaisirs Cela ne me fâchait pas du tout. Je savais qu'une fois les enfants arrivés elle serait occupée par des choses réelles. Entre-temps elle brodait et je regardais son joli visage, mais le plaisir que j'en retirais était plus esthétique qu'érotique.
            N. avait rejeté la bonne moitié de ma vie liée à la poésie. L'autre moitié c'était l'amour, où la tendresse remplace les sensations poignantes. Mais nous ne sommes pas capables de trouver l'extase autrement que par la stimulation des sens

                                                              *******************

            Moi qui me glorifiais autant de mon prestige d'amant que de ma célébrité de poète, je ne trouvais pas de place pour ce genre d'activité dans ma vie familiale. N. entretenait ma vanité avec sa
beauté, sa gentillesse et son innocence. Mais son innocence a fini par devenir de la coquetterie, sa gentillesse du sentimentalisme, et je suis tellement habitué à sa beauté qu'elle m'est devenue imperceptible. Je ne me sentais fier que lorsque tous admiraient la beauté de N., malheureusement , cette sensation dégénérait de plus en plus souvent en jalousie.
            Pour la première fois dans mon existence de sauvage je m'endormais et me réveillais chaque jour avec la même femme. Auparavant aussi je perdais vite la fascination qu'exerçait sur moi la douceur de la nouveauté, si bien que je changeais de maîtresse ou ajoutais l'une à l'autre. Je me rends compte avec chagrin qu'en ce qui concerne l'homme marié un tel comportement est inacceptable.
            La différence entre une épouse et une maîtresse, c'est qu'avec une épouse on se couche sans désir. Voilà la raison pour laquelle le mariage est sacré. Le désir s'en trouve graduellement exclu et les rapports deviennent simplement amicaux, indifférents même et souvent hostiles. Alors le corps nu n'est plus considéré comme péché, parce qu'il n'est plus tentant.

            ..........
                                                                                                                        br.pinterest.com
Image associée            Parfois je ressentais le calme, une joie tranquille, en regardant innocemment ma Madone ( existe-t-il une autre façon de regarder la Madone ? ). Le désir devenait une partie minime de notre vie. La majeure partie consistait en une angoisse des petites choses, le châtiment de la passion. De manière inexcusable, et sans retour possible, je commençai à croire à mon droit irrévocable au corps de N.

                                                                       ******************

            Les fantasmes commencèrent à me hanter, et c'était l'oeuvre du Diable.........
            Depuis ma jeunesse je me connaissais un goût prononcé pour le voyeurisme............
            J'avais cette espèce de vision quand je prenais N. dans mes bras........
            Parfois, je m'asseyais dans mon bureau et je tentais d'écrire, mais mes pensées s'envolaient vers des femmes inconnues, des intimités........ et le désir me prenait d'un coup........
            Lorsque N. entrait dans mon bureau pendant ces chauds moments de rêverie, mon désir disparaissait sans une trace........ La regarder est toujours un plaisir et une joie, mais elle ne m'excite ni ne m'inspire. Je la regarde comme une oeuvre d'art, vraiment comme une Madone ( dont la seule imperfection serait un oeil-de-perdrix à l'orteil ).
            N. est devenue pour moi un moyen de me débarrasser de mes hantises charnelles. En d'autres mots, je baisais ma femme non pour le plaisir mais pour lui rester fidèle.
            Cependant je me suis révélé incapable d'oublier mes fantasmes, si courte que fût la période que je m'assignais. Ils finissaient par s'agiter d'eux-mêmes au fond de moi et se redressaient comme l'herbe après la pluie...........

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            A une époque je pensais que les spasmes divins étaient le but de l'amour. Eh bien, non ! Car s'il en était ainsi la fidélité ne représenterait pas un tel fardeau et une épouse pourrait complètement satisfaire mes désirs. La finalité ne réside pas dans les convulsions.......... mais dans la révélation du mystère de l'intime féminin. Ce mystère qui cesse de vous exciter à cause de contacts répétés chaque nuit avec la même femme, ne disparaît pas et ne se résout pas entièrement mais s'envole vers d'autres femmes..........
            La seule chose qui remet le mystère à sa place légitime est la séparation. Alors une épouse devient à nouveau désirable, mais pour une nuit seulement, ensuite la satiété reprend sa place, tout aussi légitime.

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Résultat de recherche d'images pour "portrait d'une tres belle femme peinture"            En décembre je ne pouvais plus le supporter et j'ai fui Moscou. J'ai pensé que la séparation ranimerait ma passion pour N. Mais la séparation doit s'effectuer dans l'isolement, et non au milieu d'une foule de Tsiganes invités par Naschokine. La distance n'a pas seulement rallumé ma passion, elle m'a aussi fait oublier mes voeux de fidélité. Quand Olenka est venue à moi, toute ma passion renaissante pour ma femme s'est reportée sur la femme la plus proche. Il m'a semblé qu'elle était la première femme de ma vie, tant mes sensations étaient fraîches. L'intime était redevenu divinité.
            Mais, repu d'elle, je me suis mis à rêver de N. comme assoiffé. Si elle était apparue à côté de moi je me serais précipité sur elle avec une passion toute neuve. N. était lointaine, une étrangère et en conséquence excessivement désirable. Ce n'était pas une de mes inventions. Je ressentais la même chose à l'endroit des autres femmes, mais pour je ne sais quelle raison je m'étais convaincu que les lois habituelles ne s'appliquaient pas à mon épouse. Ainsi donc, lorsqu'une nouvelle fois tout s'est répété avec elle, j'ai compris que mon désir pouvait se porter sur la première femme venue.
            Et ventre à terre je suis retourné aux p... Celles qui avaient entendu parler de la grande beauté de ma femme me reprochaient de leur rendre visite et de laisser une telle merveille à la maison. Comment pouvaient-elles comprendre que la beauté ne protège pas de la satiété et que la variété est la seule chose qui maintienne en vie ? Des soupirants amoureux de N. me regardaient avec colère ou étonnement., comment pouvais-je oser désirer une autre femme que ma sublime épouse ? De nombreux admirateurs lui écrivaient, lui promettaient leur vie en échange de ses faveurs. Leur lecture nous faisait rire. Si seulement les personnes amoureuses savaient à quel point l'admiration s'estompe rapidement et combien on en vient à la regretter ! Car, une fois que l'on s'en rend compte il devient impossible de s'habituer à sa disparition.
            Le sacrifice de sa propre vie dans l'unique dessein de posséder une beauté trouve une signification profonde : on évite ainsi d'être ignoré, situation offensante entre toutes quand il s'agit d'une passion naissante. La mort est la façon la plus sûre de rester fidèle à celle qui habite vos pensées. Je comprends la raison du suicide de Roméo et Juliette. Ils ont agi intuitivement, sans comprendre, mais dans la même perspective, rester fidèles à leur amant même après la mort, ce qui est impossible pour un corps jeune, beau et vivant.

*        fineartlib.info
                                                                             ( à suivre .........)
            

mercredi 13 septembre 2017

LesFleurs ne saignent Pas Alexis Ravelo ( Roman policier Espagne )

Les fleurs ne saignent pas
               fnac.com


                                                                 Les Fleurs ne saignent Pas

            A Las Palmas de Grande Canarie, la vie s'écoule entre nuages et soleil pour Diego, dit le Marquis, et Lola sa jolie compagne, arnaqueurs de petite envergure, mais des arnaques répétées leur ont permis d'être propriétaires d'une maison, La Maison rouge, où Lola cultive un petit potager et des fleurs.Leurs amis se nomment Paco, le Sauvage, Fito, Pâquerette et Ruth. " Lola venait d'avoir trente ans et son tempérament de feu cédait la place à d'autres envies.........  Leur spécialité c'était les petites arnaques rapides........ sans se faire repérer..... " Une île n'est pas le continent. Tout se sait et à part l'eau nul endroit où se fondre dans la foule. Aussi hésitèrent-ils tous beaucoup avant d'accepter le plan, un kidnapping, que l'un des leurs propose et qui n'apparaissait pas dans leurs petits vols, mais était parfaitement renseigné sur le père de la jeune fille. Une des grosses entreprises de l'île est dirigée par deux associés, Perera et Isidro Padron. Tous deux, outre des affaires confortables et diverses, trempent dans des projets immobiliers qui les forcent depuis des années à jouer un jeu d'argent dangereux. Les arnaqueurs hésitent mais rêvent d'un gros coup qui permettra à l'un de se libérer de ses dettes, l'autre de voler Ruth à un mari brutal, ou encore profiter de quelque répit entre deux arnaques. Mais un kidnapping c'est sauter dans une autre catégorie. Leur plan élaboré minutieusement pourrait aboutir sans l'Argentin et ses acolytes, employés par Perera au Service Sécurité. De plus les ordinateurs offrent de précieux renseignements à qui sait un peu décripter les pages. Ils lurent, suivirent des traces, et le carnage commença. Ce fut saignant, haineux, et ce qui resta vivant se trouva l'un grandi par le courage solitaire d'un tueur, d'autres pour avoir gagné le titre de grand arnaqueur.
C'est écrit dans l'esprit des personnages, vivant, sympathique, dépaysant.

samedi 9 septembre 2017

Poil de Carotte 5 La Timbale - La Mie de pain - La Trompette - La Mèche Jules Renard ( Roman France )

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                                                     Poil de Carotte   

                                                                         " La Timbale "

            Poil de Carotte ne boira plus à table. Il perd l'habitude de boire, en quelques jours, avec une facilité qui surprend sa famille et ses amis. D'abord, il dit un matin à Mme Lepic qui lui verse du vin comme d'ordinaire :
            - Merci, maman, je n'ai pas soif.
            Au repas du soir, il dit encore :
           - Merci, maman, je n'ai pas soif.
           - Tu deviens économique, dit Mme Lepic. Tant mieux pour les autres.
           Ainsi il reste toute cette première journée sans boire, parce que la température est douce et que simplement il n'a pas soif.
            Le lendemain, Mme Lepic, qui met le couvert, lui demande :
            - Boiras-tu aujourd'hui, Poil de Carotte ?
            - Ma foi, dit-il, je n'en sais rien.
            - Comme il te plaira, dit Mme Lepic ; si tu veux ta timbale, tu iras la chercher dans le placard.
            Il ne va pas la chercher. Est-ce caprice, oubli ou peur de se servir soi-même ?
            On s'étonne déjà :
            - Tu te perfectionnes, dit Mme Lepic ; te voilà une faculté de plus.
            - Une rare, dit M. Lepic. Elle te servira surtout plus tard, si tu te trouves seul, égaré dans un désert sans chameau.
            Grand frère Félix et soeur Ernestine parient :
            Soeur Ernestine
            - Il restera une semaine sans boire.
            Grand frère Félix
            - Allons donc, s'il tient trois jours, jusqu'à dimanche, ce sera beau.
            - Mais, dit Poil de Carotte qui sourit finement, je ne boirai plus jamais, si je n'ai jamais soif.  Voyez les lapins et les cochons d'Inde, leur trouvez-vous du mérite ?
            - Un cochon d'Inde et toi, ça fait deux, dit grand frère Félix.
            Poil de Carotte, piqué, leur montrera ce dont il est capable. Mme Lepic continue d'oublier sa timbale. Il se défend de la réclamer. Il accepte avec une égale indifférence les ironiques compliments et les témoignages d'admiration sincère.
            - Il est malade ou fou, disent les uns.
            Les autres disent :
            Il boit en cachette.
            - Mais tout nouveau, tout beau. Le nombre de fois que Poil de Carotte tire la langue, pour prouver qu'elle n'est point sèche, diminue peu à peu.
            Parents et voisins se blasent. Seuls quelques étrangers lèvent encore les bras au ciel, quand on les met au courant :
            - Vous exagérez : nul n'échappe aux exigences de la nature.        boutique-etain.com 
Résultat de recherche d'images pour "timbale"            Le médecin consulté déclare que le cas lui semble bizarre mais qu'en somme rien n'est impossible.
            Et Poil de Carotte surpris, qui craignait de souffrir, reconnaît qu'avec un entêtement régulier, on fait ce qu'on veut. Il avait cru s'imposer une privation douloureuse, accomplir un tout de force, et il ne se sent même pas incommodé. Il se porte mieux qu'avant. Que ne peut-il vaincre sa faim comme sa soif ! Il jeûnerait, il vivrait d'air !
            Il ne se souvient même plus de sa timbale. Longtemps elle est inutile. Puis la servante Honorine a l'idée de le remplir de tripoli rouge pour nettoyer les chandeliers.     


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      ptitchef.com                                                         " La mie de pain "
Image associée
            M. Lepic, s'il est d'humeur gaie, ne dédaigne pas d'amuser lui-même ses enfants. Il leur raconte des histoires dans les allées du jardin, et il arrive que grand frère Félix et Poil de Carotte se roulent par terre tant ils rient. Ce matin, ils n'en peuvent plus. Mais soeur Ernestine vient leur dire que le déjeuner est servi, et les voilà calmés. A chaque réunion de famille, les visages se renfrognent.
            On déjeune comme d'habitude, vite et sans souffler, et déjà rien n'empêcherait de passer la table à d'autres, si elle était louée, quand Mme Lepic dit :
            - Veux-tu me donner une mie de pain, s'il te plaît, pour finir ma compote ?
            A qui s'adresse-t-elle ?
            Le plus souvent, Mme Lepic se sert seule, et elle ne parle qu'au chien. Elle le renseigne sur le prix des légumes, et lui explique la difficulté, par le temps qui court, de nourrir avec peu d'argent six personnes et une bête.
            - Non, dit-elle à Pyrame qui grogne d'amitié et bat le paillasson de sa queue, tu ne sais pas le mal que j'ai à tenir cette maison. Tu te figures, comme les hommes, qu'une cuisinière a tout pour rien. Ça t'est bien égal que le beurre augmente et que les oeufs soient inabordables.
            Or, cette fois, Mme Lepic fait événement  Par exception, elle s'adresse à M. Lepic d'une manière directe. C'est à lui, bien à lui qu'elle demande une mie de pain pour finir sa compote. Nul ne peut en douter. D'abord, elle le regarde. Ensuite, M. Lepic a le pain près de lui. Étonné, il hésite, puis, du bout des doigts, il prend au creux de son assiette une mie de pain et, sérieux, noir, il la jette à Mme Lepic.
            Farce ou drame ? Qui le sait ?
            Soeur Ernestine, humiliée pour sa mère, a vaguement le trac.
            - Papa est dans un de ses bons jours, se dit grand frère Félix qui galope, effréné, sur les bâtons de sa chaise.
            Quant à Poil de Carotte, hermétique, des bousilles aux lèvres, l'oreille pleine de rumeurs et les joues gonflées de pommes cuites, il se contient, mais il va péter, si Mme Lepic ne quitte à l'instant la table, parce qu'au nez de ses fils et de sa fille on la traite comme la dernière des dernières !


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                                                           " La trompette "                          harryknipschild.nl
72 Armstrong Louis
            M. Lepic arrive de Paris ce matin même. Il ouvre sa malle. Des cadeaux en sortent pour grand frère Félix et soeur Ernestine, de beaux cadeaux, dont précisément ( comme c'est drôle ! ) ils ont rêvé toute la nuit. Ensuite, M. Lepic , les mains derrière son dos, regarde malignement Poil de Carotte et lui dit :
            - Et toi, qu'est-ce que tu aimes le mieux : une trompette ou un pistolet ?
            En vérité, Poil de Carotte est plutôt prudent que téméraire. Il préférerait une trompette, parce que ça ne part pas dans les mains ; mais il a toujours entendu dire qu'un garçon de sa taille ne peut jouer sérieusement qu'avec des armes, des sabres, des engins de guerre. L'âge lui est venu de renifler de la poudre et d'exterminer des choses. Son père connaît les enfants : il a apporté ce qu'il faut.
            - J'aime mieux un pistolet, dit-il hardiment, sûr de deviner.
            Il va même un peu loin et ajoute :
            - Ce n'est plus la peine de le cacher, je le vois !
            - Ah ? dit M. Lepic embarrassé, tu aimes mieux un pistolet ! Tu as donc bien changé ?
            Tout de suite, Poil de Carotte se reprend :
             - Mais non, va, mon papa, c'était pour rire. Sois tranquille, je les déteste, les pistolets. Donne-moi vite ma trompette, que je te montre comme ça m'amuse de souffler dedans.
            Mme Lepic
            Alors, pourquoi mens-tu ? Pour faire de la peine à ton père, n'est-ce pas ? Quand on aime les trompettes, on ne dit pas qu'on aime les pistolets, et surtout on ne dit pas qu'on voit des pistolets, quand on ne voit rien. Aussi, pour t'apprendre, tu n'auras ni pistolet ni trompette. Regarde-la bien : elle a trois pompons rouges et un drapeau à franges d'or. Tu l'as assez regardée. Maintenant, va voir à la cuisine si j'y suis ; déguerpis, trotte et flûte dans tes doigts.
            Tout en haut de l'armoire, sur une pile de linge blanc, roulée dans ses trois pompons rouges et son drapeau à franges d'or, la trompette de Poil de Carotte attend qui souffle, imprenable, invisible, muette, comme celle du jugement dernier.


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    affichepub.fr                                                       " La mèche "
GOMINA ARGENTINE - Cire coiffante
            Le dimanche, Mme Lepic exige que ses fils aillent à la messe. On les fait beaux et soeur Ernestine préside elle-même à leur toilette, au risque d'être en retard pour la sienne. Elle choisit les cravates, lime les ongles, distribue les paroissiens et donne le plus gros à Poil de Carotte. Mais surtout elle pommade ses frères.
            C'est une rage qu'elle a.
            Si Poil de Carotte, comme un Jean Fillou, se laisse faire, grand frère Félix prévient sa soeur qu'il finira par se fâcher : aussi elle triche :
            - Cette fois, dit-elle, je me suis oubliée, je ne l'ai pas fait exprès, et je te jure qu'à partir de dimanche prochain, tu n'en auras plus.
            Et toujours elle réussit à lui en mettre un doigt.
            - Il arrivera malheur, dit grand frère Félix.
            Ce matin, roulé dans sa serviette, la tête basse, comme soeur Ernestine ruse encore, il ne s'aperçoit de rien.
            - Là, dit-elle, je t'obéis, tu ne bougonneras point, regarde le pot fermé sur la cheminée. Suis-je gentille ? D'ailleurs, je n'ai aucun mérite. Il faudrait du ciment pour Poil de Carotte, mais avec toi, la pommade est inutile. Tes cheveux frisent et bouffent tout seuls. Ta tête ressemble à un choux-fleur et cette raie durera jusqu'à la nuit.
            - Je te remercie, dit grand frère Félix.
            Il se lève sans défiance. Il néglige de vérifier comme d'ordinaire, en passant sa main sur ses cheveux.
            Soeur Ernestine achève de l'habiller, le pomponne et lui met des gants de filoselle blanche.
            - Ça y est ? dit grand frère Félix.
            - Tu brilles comme un prince, dit soeur Ernestine, il ne te manque que ta casquette. Va la chercher dans l'armoire.
.            Mais grand frère Félix se trompe. Il passe devant l'armoire. Il court au buffet, l'ouvre, empoigne une carafe pleine d'eau et la vide sur sa tête, avec tranquillité.
            - Je t'avais prévenue, ma soeur, dit-il. Je n'aime pas qu'on se moque de moi. Tu es encore trop petite pour rouler un vieux de la vieille. Si jamais tu recommences, j'irai noyer ta pommade dans la rivière.                                                                                                        al-fifties-store.com
Résultat de recherche d'images pour "la gomina"            Ses cheveux aplatis, son costume du dimanche ruissellent, et tout trempé, il attend qu'on le change ou que le soleil le sèche, au choix : ça lui est égal.
            - Quel type ! se dit Poil de Carotte, immobile d'admiration. Il ne craint personne, et si j'essayais de l'imiter, on rirait bien. Mieux vaut laisser croire que je ne déteste pas la pommade.
            Mais tandis que Poil de Carotte se résigne d'un coeur habitué, ses cheveux le vengent à son insu.
            Couchés de force, quelque temps, sous la pommade, ils font les morts ; puis ils se dégourdissent, et par une invisible poussée, bossellent leur léger moule luisant, le fendillent, le crèvent.
            On dirait un chaume qui dégèle.
            Et bientôt la première mèche se dresse en l'air, droite, libre.


                                                            à suivre.........

                                                                       " Le bain "

            Comme 4 heures...........